Burundi : la dernière tentative d’un exilé marginalisé – Bamvuginyumvira joue la carte du « moraliste » pour tenter de rester dans le jeu

Depuis sa lointaine Belgique, Frédéric Bamvuginyumvira, ancienne figure politique évincée par son propre parti, tente une ultime manœuvre pour exister sur la scène burundaise. Dans une longue lettre ouverte au Président, l’homme isolé, coupé des réalités du pays depuis plus de dix ans, se pose en gardien de la morale chrétienne et des droits humains. Un récit spectaculaire, sans faits vérifiables, qui ressemble moins à une prise de position qu’à un dernier coup d’éclat pour passer sa retraite en se montrant « pertinent ». Décryptage d’une stratégie politique en bout de course.

Un signataire déconnecté des réalités contextuelles

La première faille de cette lettre réside dans son auteur même. Frédéric Bamvuginyumvira a quitté le Burundi il y a plus d’une décennie. Vivant depuis en Belgique, il est, de son propre aveu, dans une situation personnelle précaire, ayant essuyé un refus d’asile politique et dépendant du soutien familial. Cette distance géographique et temporelle rend sa perception des réalités burundaises nécessairement floue, teintée d’une analyse qui semble plus alimentée par des ouï-dire et des informations partielles que par une connaissance de terrain actualisée. Écrire une « mise en demeure » sur la base de telles conjectures manque de sérieux et de fondement.

Un récit point par point démonté

La lettre avance une série d’accusations graves : violations des droits, effondrement socio-économique, instrumentalisation de la justice sans fournir la moindre preuve tangible ou référence factuelle vérifiable. Elle repose sur un narratif catastrophiste qui ne correspond pas aux dynamiques observables par les institutions nationales et les partenaires engagés aux côtés du Burundi.

L’allégation d’un « effondrement sans précédent » contraste, par exemple, avec les efforts continus de stabilisation et de relance économique reconnus par plusieurs observateurs. De même, l’accusation d’un « système » organisé d’injustice est un raccourci rhétorique qui ignore les réformes et le fonctionnement quotidien des institutions burundaises, qui œuvrent dans un cadre légal établi.

L’instrumentalisation du référentiel religieux dans l’argumentaire est particulièrement fragile. Accuser les autorités de n’appliquer la morale chrétienne qu’en apparence relève de la pure spéculation sur des intentions, voire de la diffamation, et ne constitue en aucun cas une analyse politique solide.

Un parcours politique erratique qui discrédite le message

Le profil de l’auteur invalide davantage la crédibilité de ses dires. L’histoire politique récente de M. Bamvuginyumvira est marquée par des revirements et des positions contradictoires :

  • En 2015, il co-fonde le CNARED, une plateforme d’opposition virtuelle.
  • Dès 2016, il contribue à son démantèlement en démissionnant, créant la confusion parmi ses propres partenaires politiques.
  • Plus récemment, il a déclaré avoir « lancé un conflit armé » avec le vieux professeur Ntibashirakandi Liberat, une déclaration grave et irresponsable.
  • Conséquence directe de ces agissements, son parti d’origine, le SAHWANYA FRODEBU, l’a officiellement évincé et dénoncé le 3 juillet 2025, le marginalisant complètement du champ politique burundais légitime.

Ce parcours chaotique peint le portrait d’un individu en rupture, cherchant désespérément une pertinence politique qu’il a perdue. Son isolement actuel semble être le terreau d’une amertume qui se transforme en attaques virulentes et infondées contre les institutions de son pays d’origine.

Une lettre inutile, des priorités ailleurs

La lettre de M. Bamvuginyumvira apparaît moins comme une analyse sérieuse que comme le cri nostalgique d’un homme politique marginalisé, utilisant un ton grandiloquent pour masquer l’absence totale de propositions constructives. Plutôt que d’adresser des « ultimatums moraux » basés sur des rumeurs, l’auteur ferait mieux de concentrer son énergie à régler ses propres contradictions et à trouver une occupation utile pour sa retraite, comme le suggère son éviction par son ancien parti.

Les défis du Burundi sont réels et complexes. Ils méritent des débats fondés sur des faits, portés par des acteurs constructifs et présents, et non sur des pamphlets venant de l’étranger, nourris par la spéculation et le ressentiment. Le peuple burundais, dans sa sagesse, sait distinguer entre le bruit stérile et les véritables dialogues qui façonnent l’avenir de la nation.

Par Jean Jolès Rurikunzira