ABEF : Digitalisation, une résilience à l’inclusion financière
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L’Association des Banques et établissements financiers du Burundi (ABEF) et l’Association des diplômés de l’Institut Technique des Banques (AITB) ont organisé une célébration de la journée internationale des banques, première édition, ce 13 décembre 2022. Une première au Burundi qui se veut franchir le pas vers la transformation digitale de l’économie.
De gauche à droite le vice-président de l’ABEF, le premier vice-gouverneur de la BRB et le président du club des dirigeants des banques et établissements de crédits d’Afrique.
 
Avoir un compte bancaire, pour certains, c’est un luxe. Ce sont des coûts qu’ils ne peuvent pas s’offrir. Par contre si l’on possède un téléphone mobile  » un petit téléphone ou un smart phone » les transactions bancaires (les virements, les transferts d’argents, les retraits), des services basiques et classiques, deviennent accessibles et faciles grâce à la digitalisation des produits et services financiers.

Sous le thème : « La digitalisation au service de la finance durable » L’Association des Banques et établissements financiers du Burundi (ABEF) en partenariat avec l’Association des diplômés de l’Institut Technique des Banques (AITB) ont organisé pour la première fois au Burundi, la célébration de la journée internationale des banques adoptée par les Nations Unies par la résolution A/RES/74/245 du 19 décembre 2019 proclamant le 4 décembre, la journée dédiée aux banques.

Joe Dassin Rukundo : « La digitalisation des opérations bancaires a été d’une grande utilité lors des crises, notamment comme celle de la Covid-19. »

Selon Joe Dassin Rukundo, Vice-Président de l’ABEF, la célébration de cette journée est une occasion pour reconnaître les opportunités que peut apporter la transformation digitale : « Cette journée est une occasion de réfléchir et de trouver des réponses appropriées aux défis auxquels font face les banques et leurs clients. Un souhait pour l’association est que le secteur bancaire burundais soit compétitif, efficace et offre des services de qualité pour qu’il puisse rayonner sur le marché national, régional et international. »

Des transactions abordables, instantanées et fiables

La digitalisation est le futur de l’inclusion financière en Afrique. Elle permet l’accès aux services financiers à un plus grand nombre par le truchement du développement de la banque mobile : « Avec le développement de la banque mobile, on a constaté que beaucoup de gens qui n’avaient pas accès, au départ, aux services bancaires classiques l’ont maintenant, car même avec un petit téléphone mobile, on peut effectuer des transactions qui auparavant étaient destinées à une certaine élite qui pouvait avoir accès à des comptes bancaires ou qui utilisent des smartphones», a indiqué Emma Sylvie Kadawa, Présidente de l’AITB.

La connectivité et la technologie ont permis de donner une autre image au secteur bancaire burundais. Les clients peuvent faire une gamme d’opérations bancaire en toute flexibilité et fluidité, de façon instantanée et à un tarif globalement abordable.

Elle a souligné le rôle de la digitalisation dans l’impulsion de l’inclusion financière qui peut être comprise comme une possibilité donnée à la population d’accéder aux services financiers afin d’intégrer le circuit économique.

La digitalisation a déjà prouvé ses mérites dans la contribution à l’inclusion financière au Burundi. L’évolution des comptes mobiles en témoigne : « On est passé de 695 726 comptes mobiles en 2017 à 3 176 700 comptes en 2021. Sur la même période, on enregistre un taux d’inclusion financière qui passe de 25,55% en 2017 à 47,85% en 2020 et le volume des dépôts sur comptes mobiles passe de BIF 58 milliards en 2017 à BIF 1 557 milliards en 2021. C’est à la communauté bancaire de développer des services et des produits financiers qui permettent de garder le cap et de participer davantage à l’inclusion financière », a expliqué Madame Kadawa lors de son exposé, reconnaissant le rôle des établissements de crédits et autres prestataires de services de paiement qui ont initié dans leurs produits et services financiers le numérique.

Elle n’a pas manqué de souligner la corrélation entre la digitalisation des opérations bancaires et la finance durable qui fait référence notamment aux pratiques prenant en compte non seulement les critères financiers classiques mais également des critères extra financiers tels que l’impact social, l’impact environnemental et la gouvernance dans l’offre et la fourniture des produits et services financiers.

La digitalisation constitue un levier important de la finance durable principalement sur objectifs du millénaire pour le développement en rapport avec l’égalité entre les sexes ; l’industrie, innovation et infrastructures ; la réduction des inégalités et la consommation et production responsable.
S’agissant des impacts directs, il a été cité l’impact social matérialisé par l’inclusion financière, l’autonomisation des jeunes et des femmes et la transition du secteur informel au secteur formel.

L’impact environnemental se manifeste notamment par des financements qui, s’ils ne concourent pas à la protection de l’environnement tout au moins ne contribuent pas à sa détérioration. Il inclut aussi les petites habitudes louables telles que la réduction des déplacements et de la consommation papier par des imprimés.

La digitalisation des opérations bancaires ne saurait être effective et efficace sans une gouvernance conséquente tant au niveau des banques qu’au niveau des utilisateurs.

Moult défis

Les panélistes convergent, la digitalisation touche positivement la société, l’environnement et la gouvernance.

En dépit des avantages de la digitalisation, cette dernière présente aussi des défis à relever pour garantir le succès de la transformation digitale des opérations bancaires, notamment les infrastructures à installer qui sont coûteuses, l’interopérabilité des établissements de crédit sur la plateforme Bi-Switch. On notera que sur 15 banques et établissements de crédit opérant sur le marché burundais, 9 sont seulement interopérables alors que pour les Institutions de microfinance, seules deux sont connectées au Switch national.

Parmi ces défis, le blanchiment a été également évoqué. Madame Kadawa a mentionné que le risque pouvait être maîtrisé du fait du plafonnement des montants échangés sur les plateformes de paiements tout en soulignant que les prestataires doivent rester vigilants. « La juxtaposition de plusieurs petits montants fait finalement de grands montants.

Un autre défi est le déploiement d’un réseau d’agents efficient de manière à ne pas être plutôt source d’inégalités. « Les réseaux d’agents doivent être répartis de façon à ne pas être une source des inégalités géographiques. Il faut éviter des agglomérations de réseaux d’opérateurs et agents et desservir de façon équitable tout le monde », a suggéré Emma Sylvie Kadawa.

Le public présent s’est inquiété sur une éventuelle disparition de la banque classique, mais le président du club des dirigeants des banques et établissements de crédit d’Afrique M Sylvère Bankimbaga rassure : « La banque digitale ne pourra pas remplacer la banque classique, mais les deux se complètent pour promouvoir l’accès aux produits et services financiers. »

La BRB est aussi au pied d’œuvre

Dans l’objectif d’accompagner les établissements de crédit dans leurs innovations, la Banque de la République du Burundi a mis en place un cadre légal et réglementaire approprié.

Monsieur Désiré Musharitse, 1er Vice-Gouverneur de la BRB, a dans son discours encouragé certains établissements de crédit qui se sont déjà lancés dans la digitalisation et a exhorté d’autres à emboîter ce pas. Il a aussi réitéré l’engagement de la Banque Centrale à prêter une main forte aux innovations du secteur bancaire.

(Iwacu)