Deux poids, deux mesures : Maduro capturé, Poutine intouchable

Géopolitique

Les événements récents au Venezuela et en Ukraine révèlent une réalité brutale de l’ordre mondial contemporain.

En date du 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire spectaculaire pour capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse afin de les juger sur le sol américain. Au même moment, en Ukraine, Vladimir Poutine poursuit une guerre meurtrière sans qu’aucune opération similaire ne soit envisagée contre lui, malgré un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre.

Ce contraste pose une question centrale : existe-t-il un droit international égal pour tous, ou un monde régi par la puissance brute ?

Au Venezuela, l’opération américaine a mobilisé une force militaire massive. Washington justifie cette intervention par des accusations de narcoterrorisme et par la nécessité de protéger le peuple vénézuélien. Mais cette justification est largement contestée. L’ONU, de nombreux pays d’Amérique latine et plusieurs États européens dénoncent une violation grave de la souveraineté et un précédent dangereux.

La capture de Maduro a plongé le Venezuela dans une profonde incertitude politique. Un vide institutionnel s’est ouvert, tandis que les risques de violences internes et de fragmentation du pouvoir sont bien réels. Loin de stabiliser la région, l’opération pourrait produire l’effet inverse.

En Ukraine, la situation est radicalement différente mais tout aussi dramatique. Les attaques russes se poursuivent quotidiennement : drones, missiles, bombardements d’infrastructures civiles. Les victimes se comptent par milliers. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour crimes de guerre, notamment pour la déportation d’enfants ukrainiens. Pourtant, aucune puissance n’envisage sérieusement de l’arrêter par la force.

Pourquoi ? La réponse tient en un mot : nucléaire.

La Russie est une puissance nucléaire majeure. Toute tentative de capturer Poutine serait perçue comme une déclaration de guerre directe, avec un risque d’escalade mondiale. La dissuasion nucléaire agit ici comme une immunité de fait. Le droit international existe sur le papier, mais il se heurte à la réalité stratégique.

C’est là que le double standard apparaît clairement. Les États-Unis peuvent intervenir militairement contre un État affaibli comme le Venezuela, mais pas contre une puissance nucléaire comme la Russie.

Ce n’est pas la gravité des crimes qui détermine la réponse internationale, mais le rapport de force.Cette logique envoie un message dangereux au monde : la possession de l’arme nucléaire protège contre toute responsabilité réelle. Elle encourage implicitement la prolifération et mine l’universalité du droit international.

Les États-Unis ne sont pas les « maîtres absolus du monde », mais ils demeurent la seule puissance capable d’imposer seuls un fait accompli militaire à l’échelle globale.

La Chine et la Russie peuvent résister, bloquer, dissuader, mais pas empêcher certaines actions américaines hors de leurs zones vitales.

Nous vivons ainsi dans un monde paradoxal : multipolaire dans les discours, mais encore largement unipolaire dans l’action militaire directe. La capture de Maduro et l’intouchabilité de Poutine ne sont pas des anomalies, mais des symptômes d’un ordre international fondé moins sur le droit que sur la puissance.

La question n’est donc pas de savoir si les États-Unis appliquent deux poids deux mesures. Ils le font.
La vraie question est de savoir combien de temps un tel système peut tenir sans s’effondrer sous ses propres contradictions.

Par Bazikwankana Edmond