Pour le Président Kagame rien ne se passe comme prévu ?

Opinion

Kagame à sa propre messe de requiem : les sanctions américaines, dernier clou sur le cercueil d’un règne de sang

Par notre correspondant dans la région des grands lacs

La musique s’arrête à Kigali. Et pour Paul Kagame, qui a dansé pendant trente ans sur les cadavres de l’est du Congo, l’orchestre vient de jouer sa dernière note. Les sanctions historiques imposées lundi par le département du Trésor américain contre la Rwanda Defence Force (RDF) en tant qu’entité criminelle et quatre de ses plus hauts généraux ne sont pas une simple mesure diplomatique. Ce sont les premiers coups de pioche sur un mausolée que le régime s’était construit à coup de mensonges, de pillages et de complicités occidentales. Aujourd’hui, Washington a planté le dernier clou. Et le cercueil de l’ère Kagame commence à sentir le bois.

Le coup de grâce de Trump : quand l’allié historique devient le paria

Il fallait voir la tête des stratèges rwandais, lundi, en lisant le communiqué de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). Après des décennies à se croire intouchables, après avoir manipulé des générations de diplomates américains, les voilà rattrapés par la realpolitik la plus brutale. L’administration Trump, ce « Peace President » qui avait signé les accords de Washington en décembre 2025 en croyant à la bonne foi de son interlocuteur, vient de comprendre qu’on l’avait berné.

Car que s’est-il passé quelques jours seulement après la signature de ces accords censés apporter la paix ? Les troupes rwandaises et leurs supplétifs du M23 ont repris leurs offensives. Uvira est tombée. Les mots de Kagame, une fois de plus, ne valaient pas plus que le papier sur lequel ils étaient écrits.

Mais Donald Trump n’est pas Barack Obama. Et l’histoire, ce cycle infernal que le régime rwandais croyait maîtriser, vient de lui exploser au visage.

Souvenons-nous de 2013. Sous la présidence Obama, le M23, déjà créé, armé et encadré par Kigali, avait été militairement démantelé sous la pression américaine. Le Général Laurent Nkunda, chef de guerre sanguinaire, avait été « évacué » vers Kigali, où il réside encore aujourd’hui dans une confortable villa, protégé par ceux-là mêmes qui juraient avoir rompu avec lui. À l’époque, Kagame avait courbé l’échine, promis, juré, avant de recommencer plus fort quelques années plus tard. Parce qu’il savait qu’avec Obama, la mémoire était courte.

Mais Trump n’oublie pas. Et Trump ne pardonne pas l’humiliation. En sanctionnant la RDF, il ne punit pas seulement une armée ; il exile le régime rwandais du concert des nations civilisées.

Le communiqué de Kigali : une agonie en langue de bois

Face à ce séisme, le bureau du porte-parole du gouvernement rwandais a publié un texte pathétique, intitulé « Rwanda Regrets One-Sided Sanctions » , que l’analyse la plus élémentaire réduit en charpie.

 

Les officiels rwandais osent parler de « violations du cessez-le-feu par la RDC » et brandissent le spectre des FDLR, cette milice fantôme qui sert d’alibi à toutes les prédations depuis 1994. Mais la vérité, c’est que les experts de l’ONU ont documenté depuis des années ce que le monde entier sait : les FDLR ne sont qu’un prétexte. La véritable armée d’occupation au Congo, celle qui contrôle les mines, qui taxe les populations, qui viole et qui tue, c’est la RDF, cette même RDF que Washington vient de désigner comme une entité criminelle.

Et dans ce communiqué, il y a un aveu que les communicants de Kigali n’ont même pas perçu. En déclarant que « le Rwanda est pleinement engagé dans le désengagement de ses forces », le régime admet pour la première fois ce qu’il a toujours nié : ses troupes sont au Congo. Elles y sont en invasion, en occupation, en pillage.

Mais à quoi servira ce « désengagement » si l’histoire nous a appris à ne pas croire un seul mot de Kagame ? Où est Laurent Nkunda aujourd’hui ? À Kigali. Qui prépare la prochaine génération de rebelles ? Les mêmes généraux, dans les mêmes casernes, avec les mêmes financements tirés du coltan volé.

Le « profil bas » de Kagame, c’est la posture du serpent qui fait le mort avant de frapper à nouveau.

 Quelle position que Bruxelles devrait prendre ?

Si les États-Unis viennent de montrer la voie, l’Union européenne, elle, reste muette. Et ce silence est assourdissant.

Car l’Europe n’est pas neutre dans ce crime. Depuis des années, Bruxelles multiplie les accords avec Kigali, notamment dans le secteur des minerais stratégiques. En février 2024, l’UE signait un protocole d’accord avec le Rwanda pour l’approvisionnement en tantale, étain, tungstène, ces minerais indispensables à nos téléphones et à nos voitures électriques.

D’où viennent ces minerais ? Pas des collines rwandaises, pauvres en sous-sol. Ils viennent du Kivu congolais, arrachés aux mines sous la protection des généraux aujourd’hui sanctionnés. Chaque tonne de coltan qui transite par Kigali est couverte du sang congolais. Et l’UE, via ses achats, via ses accords, via ses investissements, finance la machine de guerre qui déchire l’est de la RDC.

Aujourd’hui, le Trésor américain a officiellement désigné la RDF comme entité criminelle. Comment l’Union européenne peut-elle continuer à commercer, à signer des chèques, à verser des aides à un État dont l’armée est blacklistée par son principal allié ?

Les dirigeants européens doivent immédiatement suspendre tout accord sur les minerais stratégiques avec Kigali. Ils doivent geler toute coopération militaire et sécuritaire. Ils doivent cesser d’être les complices silencieux du plus long pillage de l’histoire moderne.

S’ils ne le font pas, ils porteront la responsabilité des prochains massacres.

L’économie rwandaise : le château de cartes s’effondre

 

Car les sanctions de l’OFAC ne sont pas symboliques. En blacklistant la RDF, Washington coupe les vivres à toute l’économie de prédation rwandaise.

L’armée rwandaise, c’est le cœur du système. C’est elle qui contrôle les sociétés minières offshore, les comptes à Dubaï, les circuits de blanchiment, les importations d’armes, les contrats de sécurité privée. C’est elle qui perçoit les millions de dollars des missions de maintien de la paix de l’ONU, cette même ONU que Kigali utilise comme vitrine diplomatique.

Mais comment l’ONU pourra-t-elle continuer à payer des soldats dont l’état-major est officiellement sanctionné ? Comment les banques internationales, sous peine de sanctions secondaires, accepteront-elles de traiter avec des généraux interdits de dollar ? Les codes SWIFT vont se bloquer, les lignes de crédit se tarir, les fournisseurs d’armes et d’équipements militaires se retirer.

L’économie rwandaise, ce miroir aux alouettes vanté par les communicants du régime, repose sur trois piliers : l’aide internationale, le pillage du Congo, et le blanchiment. Les deux premiers viennent de s’effondrer. Le troisième suivra.

Une leçon pour l’opposition : préparez l’après

Pour l’opposition rwandaise, exilée, emprisonnée, réduite au silence pendant trente ans, ce moment est celui de la lucidité et de l’action.

Kagame n’est pas éternel. Le verrouillage total du système, le culte de la personnalité, la terreur d’État ont tenu grâce à un allié américain complice. Cet allié vient de se retourner. Le régime vacille. Ses généraux, coupés du dollar, se retourneront les uns contre les autres. Les querelles de succession, soigneusement enterrées, referont surface.

Il est temps, pour ceux qui veulent un Rwanda différent, de penser l’après. De proposer une alternative crédible, un État de droit qui ne repose pas sur le mensonge international et le pillage du voisin. De préparer une transition qui ramène la vérité sur les crimes commis, qui rende justice aux victimes congolaises et rwandaises.

Car la chute de Kagame, si elle est mal gérée, pourrait plonger toute la région dans un chaos pire encore. Il faut des hommes et des femmes debout, prêts à relever le défi.

La RDC peut enfin espérer

Pour Kinshasa, ces sanctions sont une victoire historique. Après des décennies d’impuissance face à l’agression rwandaise, après des milliers de rapports de l’ONU ignorés, après des millions de morts oubliés, la première puissance mondiale vient de dire : le Rwanda est coupable.

Félix Tshisekedi, souvent critiqué pour sa diplomatie hésitante, doit désormais exploiter cette fenêtre de tir. Exiger, avec l’appui des États-Unis et du Burundi, un retrait effectif et vérifié de toutes les troupes rwandaises. Exiger que les généraux criminels répondent de leurs actes. Exiger que les minerais volés soient restitués.

 

Et surtout, exiger que les seigneurs de guerre, ces fantômes qui rôdent encore dans les villas de Kigali, soient enfin livrés à la justice, pour que cesse à jamais ce cycle infernal de promesses trahies et de guerres recommencées.

 L’heure de vérité a sonné

Le communiqué de Kigali, avec ses regrets de façade et ses menaces à peine voilées, sent la fin de règne. Kagame, qui a bâti son pouvoir sur le mensonge et la violence, se retrouve acculé, seul, face à un président américain qui ne lui pardonnera pas de l’avoir pris pour un naïf.

Les cloches sonnent aujourd’hui à Kigali. Mais ce n’est pas pour célébrer une victoire. C’est pour annoncer que l’heure des comptes a sonné.

Que ceux qui ont cru que le Rwanda pouvait éternellement piller, tuer, mentir sans conséquences écoutent ce glas. Il annonce la fin d’une ère. Et l’espoir, pour des millions de Congolais, de revoir enfin la paix sur leurs terres.

Mais pour que cette paix soit durable, il faudra plus qu’un retrait. Il faudra que le dernier clou soit bien enfoncé. Et que le cercueil de l’ère Kagame soit scellé pour toujours.