Bassin de la Rusizi: les données climatiques au cœur de la planification du développement

Politique, environnement, société

Les autorités des ministères sectoriels, experts climatiques et partenaires au développement ont pris part, ce mardi 31 mars 2026  à Bujumbura, à un atelier de restitution des résultats d’une étude consacrée à l’évolution des précipitations dans le bassin versant de la rivière Rusizi. L’initiative vise à renforcer la compréhension des dynamiques climatiques, afin d’améliorer la planification du développement et la gestion des risques liés au changement climatique.

Organisé par l’Institut Géographique du Burundi (IGEBU), l’atelier s’inscrit dans le cadre des efforts du gouvernement visant à produire des données climatiques fiables  pour orienter les politiques publiques, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, de la gestion de l’eau et de la prévention des catastrophes naturelles.

Une meilleure connaissance du climat pour anticiper les risques

Dans son mot d’accueil, le Directeur général de l’IGEBU, Augustin Ngenzirabona, a indiqué que la compréhension de l’évolution des précipitations constitue un outil essentiel pour anticiper les aléas climatiques et soutenir une planification durable du développement.

Selon lui, l’étude présentée permet d’analyser les caractéristiques du bassin versant de la Rusizi, l’évolution de la pluviométrie ainsi que la corrélation entre les précipitations et les débits des rivières, notamment celui de la Nyamagana. Les résultats devraient contribuer à améliorer la planification des activités agricoles et la gestion des risques liés aux inondations, aux glissements de terrain et aux périodes de sécheresse.

Il a également salué l’appui du programme Dukingire Ibidukikije, qui a soutenu la réalisation de cette étude et le renforcement des capacités techniques et matérielles de l’IGEBU.

L’appui de l’Union européenne à la résilience climatique

Prenant la parole au nom de la délégation de l’Union européenne, Didier Carton, Premier Conseiller, a rappelé que l’étude s’inscrit dans le cadre du Programme Dukingire Ibidukikije, financé par l’Union européenne à hauteur de 20 millions d’euros.

Il a souligné l’importance stratégique des informations météorologiques dans la région du lac Tanganyika, où elles contribuent directement à la sécurité alimentaire, à la production énergétique et à la gestion durable des ressources naturelles. Les prévisions climatiques permettent notamment aux agriculteurs d’adapter les périodes de plantation et de récolte en fonction des conditions météorologiques attendues.

Dans le secteur énergétique, ces données facilitent la gestion de l’alimentation en eau des barrages hydroélectriques de la Ruzizi, essentiels à l’approvisionnement régional en électricité. Elles participent également à la planification des ressources hydriques pour les communautés locales et à la sécurisation des transports lacustres grâce à l’anticipation des conditions météorologiques défavorables.

Selon lui, le suivi climatique constitue également un outil clé pour prévenir les catastrophes naturelles, en permettant aux autorités de prendre des mesures préventives face aux fortes pluies susceptibles de provoquer des inondations ou des glissements de terrain. Il a ajouté que cette étude complète d’autres initiatives régionales soutenues par l’Union européenne en matière de gestion transfrontalière des ressources en eau et de résilience climatique.

Le changement climatique, un enjeu majeur pour le Burundi

Ouvrant officiellement l’atelier, Clément Ndikumasabo, Directeur général du Programme Environnement et Gestion durable des terres, a rappelé que le changement climatique représente aujourd’hui une menace croissante pour le développement socio-économique, y compris au Burundi.

Il a souligné que le pays fait face à une variabilité climatique accrue marquée par des précipitations irrégulières, une hausse des températures et une perturbation des saisons agricoles, avec des impacts significatifs sur l’agriculture, les infrastructures, la santé, l’eau et l’énergie.

L’étude, couvrant la période 1995–2024, analyse l’évolution spatio-temporelle de la pluviométrie dans le bassin de la Rusizi, afin de fournir aux décideurs des informations essentielles pour une gestion durable des ressources en eau et une meilleure anticipation des risques climatiques.

Les résultats mettent en évidence un contraste important entre les zones de haute altitude, recevant des précipitations annuelles dépassant 2 500 mm, et la plaine de l’Imbo, plus exposée au stress hydrique et aux inondations. L’analyse révèle également des perturbations fréquentes dans le calendrier des saisons pluvieuses, compliquant la planification des activités agricoles.

Vers une planification résiliente au climat

Face à ces défis, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’intégrer les risques climatiques dans tous les processus de planification du développement, afin de renforcer la sécurité alimentaire, protéger les infrastructures et améliorer la résilience des populations.

Le gouvernement burundais a déjà engagé plusieurs initiatives, notamment des programmes de restauration des paysages naturels, d’aménagement des bassins versants, de protection des ressources en eau et de mise en place de systèmes d’alerte précoce.

Clément Ndikumasabo a toutefois souligné l’importance de renforcer les services de surveillance climatique et hydrologique à travers des équipements modernes et des technologies innovantes, appelant les partenaires au développement à poursuivre leur appui dans ce secteur stratégique.

Un outil d’aide à la décision pour le développement durable

Au-delà de la restitution scientifique, l’atelier a offert un cadre d’échange permettant aux participants de formuler des recommandations destinées à améliorer la gestion des ressources naturelles et la prévention des risques climatiques.

Les résultats de l’étude devraient ainsi servir d’outil d’aide à la décision pour les autorités publiques et les acteurs du développement, contribuant à une meilleure adaptation au changement climatique et à un développement durable du bassin de la Rusizi.

 
Par Nkurunziza Dieudonné