SAVONOR, le paravent d’un empire gangréneux : Suguru ne nie rien, paye des amendes, arrose Gihanga… et la justice burundaise se rapproche

Société

Alors que notre rédaction a révélé en quinze actes l’édifice tentaculaire de corruption, de fraude fiscale et de trafic d’influence monté par l’honorable député Olivier Suguru – ex-patron de l’OBR, de l’ADB, président de la CFCIB, Secrétaire général de SAVONOR et actionnaire occulte de la BGF, Vice-président du comité de pilotage du PRETE-NYUNGANIRA (Banque mondiale), patron des industriels du Burundi, et surtout bras droit de l’inculpé Wakenya, il a choisi de répondre non pas devant la justice, mais par un communiqué lisse sur Facebook. Décryptage d’un non-plaidoyer qui avoue tout par son silence, et d’une ironie du sort : ses propres manœuvres pour acheter l’immunité lui imposent aujourd’hui de bitumer les routes de Gihanga. La population, sans le savoir, touche sa part du butin. Mais dura lex, sedlex.

Le communiqué qui ne dit rien… mais reconnaît tout

Le 18 mai 2026, sur la page Facebook officielle de SAVONOR S.A (société dont Suguru est l’actionnaire et SG), un communiqué sobrement intitulé « Communiqué au public » est apparu. En apparence, une mise au point technique sur les droits de douane de l’huile de palme brute. En réalité, une réponse maladroite à nos révélations en série : fraude à la loi, saignée fiscale à l’OBR, blanchiment via les Maldives, Suisse, France, Luxembourg, Kenya, etc., trafic d’influence, et tentative d’achat de 50 jeeps pour la campagne de 2027.

« Dans l’ultime but de satisfaire sa clientèle, SAVONOR S.A ne ménage aucun effort »

Ce faisant, l’honorable député ne conteste aucun des faits que nous avons documentés. Il ne dit pas : « Je n’ai pas saigné la BANCOBU. » Il ne dit pas : « Je n’ai jamais détourné de recettes fiscales. » Il ne dit pas : « Je ne suis pas le copropriétaire de SAVONOR. » Il ne dit pas : « Je n’ai pas tenté d’acheter 50 Toyota Land Cruiser pour acheter la conscience en vue de 2027. » Il ne dit pas : « Je ne suis pas impliqué dans la vente du carburant fictif et des groupes électrogènes à la REGIDESO et je n’ai pas empêché des projets de barrages hydroélectriques pour parier à la carence de l’énergie à l’époque afin de continuer de saigner cette régie. », etc.

Il argue sur un taux de 0 % de droits de douane pour l’huile brute, en invoquant le Tarif Extérieur Commun (TEC) de l’EAC. Soit. Mais c’est justement là que le mensonge affleure.

Frauslegis : quand le Kenya et l’Indonésie deviennent des sœurs siamoises fiscales

Monsieur le député écrit : « Indépendamment de l’origine (EAC ou ailleurs), le taux appliqué pour l’huile de palme brute est toujours de 0 %. »

Juridiquement, c’est exact. Mais c’est précisément le substrat de la fraude. SAVONOR importe massivement d’Indonésie de l’huile de palme raffinée, déguisée en brute dans les déclarations, afin de bénéficier du taux 0% réservé à la matière première non transformée. C’est le cœur de l’escroquerie fiscale que nous avons documentée. Le communiqué, en insistant sur la légalité du taux pour le brut, ne souffle mot du déguisement de la marchandise.

Or, selon l’article 475 du Code pénal burundais (sur la fraude fiscale), constitue un délit « le fait d’utiliser des documents inexacts ou incomplets pour éluder tout ou partie de l’impôt ». Et selon l’article 8 de la loi anticorruption n°1/13 du 2 juin 2017, « l’octroi indu d’un avantage fiscal par dissimulation de la nature vraie des biens » est passible de 10 à 20 ans de servitude pénale.

Notre source interne à l’OBR, ayant requis l’anonymat selon l’usage professionnel (« sous le couvert de la protection des sources journalistiques »), nous a confié : « Le service des grandes entreprises a redressé SAVONOR. Les droits éludés se comptent en milliards de BIF. Des amendes sont en cours de paiement discret. Suguru négocie un échelonnement. »

Le communiqué ne nie rien de cela.

Resipsaloquitur : les jeeps, le Kenya, les Maldives et le silence assourdissant

Notre rédaction a eu accès aux preuves (factures pros forma, témoignages de transitaires), que Suguru cherchait à acquérir 50 jeeps double cabine pour « don » à la campagne présidentielle de 2027. Le véhicule juridique : une fondation écran au nom d’un prête-nom. Le but : acheter l’influence locale sans entacher directement son immunité parlementaire.

Le communiqué de SAVONOR n’en souffle pas un mot. Pas plus qu’il ne répond sur le fournisseur kényan condamné par la High Court de Nairobi pour fraude documentaire sur les certificats d’origine des huiles, condamnation que nous avons publiée.

Pas plus qu’il ne s’explique sur ses fonds et avoirs tenus à l’étranger.

Suguru reste muet. Parce qu’il ne peut que mentir ou avouer.

 

L’hypocrisie philanthropique de Gihanga

Mais voilà que la providence éditoriale a son humour. Suite à nos révélations, l’honorable député a soudainement « découvert » sa commune de Gihanga. Il a lancé un projet de pavage des routes locales, en expliquant qu’il tenait enfin ses promesses de campagne électorale.

Un habitant de Gihanga, que nous appellerons « N. » (nom modifié, identité connue de la rédaction), nous a déclaré :

« Depuis quinze ans, Suguru ne faisait presque rien ici. Maintenant, il vient avec des camions de latérite. Il dit qu’il nous aime. Moi je dis : on reçoit des miettes. Mais au moins, on reçoit. Avant, son argent partait aux Maldives, au Kenya, en Suisse, en France, etc. Maintenant, il est obligé de partager un peu. Que Dieu bénisse Burundi Forum. »

Lucus a non lucendo : il donne ce qu’il nous a volé. La philanthropie comme technique de blanchiment réputationnel. Nous l’avions écrit dans notre acte XIII : « Suguru utilise les dons comme une lessiveuse morale. » Il nous donne aujourd’hui raison.

In extremis : la justice burundaise veille et Suguru n’est pas à l’abri

Le gouvernement du Burundi, sous la conduite de Son Excellence le Président Evariste Ndayishimiye, mène une guerre sans merci contre l’impunité. Les destitutions et arrestations récentes de hauts cadresen sont la preuve.

Suguru peut s’agiter. Il peut essayer de faire des dons en cascade ou invoquer ses amitiés. Il peut publier des communiqués lisses sur Facebook. Mais morituri te salutant : ceux qui vont mourir te saluent. Car son bras droit Wakenya, associé dans plusieurs montages offshores, sait déjà sur quelle voie le Burundi s’est lancée depuis la venue au pouvoir du Président NEVA :  tolérance zéro à la corruption et ses ramifications.

Les soupirs d’un malade à l’agonie ne changent rien au diagnostic.

Iustitia est constans et perpetuavoluntas 

Burundi Forum reste aux aguets. Nous remercions la population de Gihanga pour sa perspicacité, et les sources internes à l’OBR, à la douane du Kenya, et aux différents partenaires qui, sous le sceau de l’anonymat professionnel, ont permis ces révélations.

La justice burundaise sait maintenant tout. Les preuves sont publiques. Il ne reste qu’une question de temps. Dies irae, dies illa, le jour de la colère viendra.

En attendant, que les habitants de Gihanga profitent de leurs routes pavées. C’est la seule part du butin qu’ils ne verront jamais. Le reste, la République le récupérera.

Par Jean Jolès Rurikunzira