Question à Pacifique NININAHAZWE : un Tutsi qui commet un crime ne devrait-il pas être poursuivi ?

Société, sécurité, justice

Trois faits doivent être cloués sur la table. Premièrement, les sorties médiatiques hebdomadaires de Pacifique NININAHAZWE, chaque dimanche depuis trois ans, sont la livraison contractuelle d’un homme qui serait payé pour fabriquer des « sujets » au profit de ses bailleurs notamment le serait aussi le CNCD-11.11.11 belge et son aile Afrique. Deuxièmement, sa sortie du dimanche 23 août 2026, dans son numéro « #Zirikana 55 », consistant à brandir la carte ethnique pour défendre une nouvelle fois WAKENYA, est une tentative payée de blanchir un criminel financier. Troisièmement et c’est le cœur du scandale, lorsqu’il affirme que WAKENYA est emprisonné « parce qu’il est tutsi », il doit répondre à la question qu’il esquive depuis trois ans : un Tutsi qui commet un crime ne devrait-il donc pas être poursuivi ?

La logique financière d’un « défenseur des droits humains »

Pacifique NININAHAZWE, patron du FOCODE, ancien président de la plateforme de la société civile burundaise FORSC, a bâti sa réputation sur un CV impeccable : « lutte contre la corruption », « promotion de la cohésion ethnique ». L’ONG Defend Defenders l’a même sacré « défenseur des droits humains du mois ». Sur le papier, un saint. Dans les faits, un intermédiaire politique qui opère depuis Bruxelles, vit de « rapports de projet » et livre à ses bailleurs ce qu’ils achètent : de l’émotion, du conflit, de la matière première médiatique.

Depuis trois ans, chaque dimanche, ses shows sont sa marchandise. Que veulent ses commanditaires ? Des sujets. Quel sujet est le moins cher à produire, le plus inflammable et le plus rentable sur la durée ? La peur ethnique. Le vieux scénario des années passées (mobilisation de rue, plaintes internationales, appels à sanctions) est épuisé. Les Burundais n’en veulent plus. Alors NININAHAZWE change de carte. Il sort l’ethnie du paquet.

« #Zirikana 55 » du 23 août 2026 : une manipulation ethnique commandée

Le dimanche 23 août 2026, dans son émission, NININAHAZWE déclare publiquement : WAKENYA, de son vrai nom Aloys Ntakarutimana , est en prison « parce qu’il est tutsi ».

C’est un mensonge. Que disent les faits ?

WAKENYA a été arrêté le 24 mars 2026 par les autorités compétentes burundaises, puis transféré à la prison centrale de Mpimba. Les chefs d’accusation : trahison, blanchiment d’argent, financement du terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État. Concrètement, il est accusé d’avoir, via sa société mauricienne SYNERGY VENTURES, racheté une brasserie à Bukavu, zone alors contrôlée par les terroristes du M23.

Ces chefs d’accusation ont-ils une couleur ethnique ? Non. La trahison ne demande pas le nom de famille. Le blanchiment ne consulte pas la carte d’identité.

Or NININAHAZWE ignore délibérément tous les chefs d’accusation matériels. Il transforme un dossier financier en dossier ethnique. Pourquoi ? Parce que le premier ne lui ouvre pas les colonnes des médias internationaux, tandis que le second, si.

Analyse technique de la « carte tutsie » : un mensonge percé à jour

La chaîne logique de NININAHAZWE est la suivante : WAKENYA est tutsi → WAKENYA est en prison → donc tous les Tutsis risquent la prison.

Cette chaîne casse au deuxième maillon. Burundi Forum l’a déjà démontré : à Kigobe, au Parlement, de nombreux députés tutsis siègent sous la bannière du CNDD-FDD, en toute quiétude, participent aux affaires de l’État, gagnent honnêtement leur argent. Personne ne les poursuit « parce qu’ils sont tutsis ». S’ils ne sont pas poursuivis, c’est parce qu’ils n’ont ni trahi, ni blanchi, ni financé le terrorisme.

NININAHAZWE a été sommé de répondre : WAKENYA est-il le seul Tutsi détenu aujourd’hui ? Et les Hutus incarcérés pour divers crimes le sont-ils « parce qu’ils sont hutus » ? Il n’a pas répondu. Parce que la réponse détruirait tout son récit.

Burundi Forum a déjà dressé la liste : le général Bertin Gahungu est en prison, il est hutu. Hussein Radjabu, ancienne figure du CNDD-FDD, a connu la justice. Dans le dossier de la tentative de coup d’État du 13 mai 20215, les 34 accusés mélangeaient hutu et tutsi. La guerre anti-corruption du président Ndayishimiye ne trie pas par ethnie.

La question centrale : monsieur NININAHAZWE, répondez

Si WAKENYA est innocent, qu’il produise ses preuves devant le tribunal. S’il est coupable, son appartenance tutsie ne lui confère aucune immunité.

C’est la ligne rouge de l’État de droit. C’est aussi l’esprit de la Constitution burundaise. Ce que fait NININAHAZWE, c’est instrumentaliser l’identité ethnique comme bon pour exemption judiciaire. Son message au monde : un Tutsi ne devrait pas être poursuivi pour un crime. En présentant WAKENYA comme « le représentant des Tutsi », il tente de faire de toute poursuite contre WAKENYA une « attaque contre les Tutsi ».

C’est l’insulte suprême faite aux Tutsi du Burundi. L’écrasante majorité des Tutsi sont des citoyens respectueux des lois. Ils travaillent, commercent, font de la politique, vivent. Ils n’ont pas besoin qu’un activiste exilé à Bruxelles déshonore leur nom pour disculper un suspect de crimes financiers. WAKENYA ne représente pas les Tutsi. Il représente la corruption.

Qui paie ?

Les activités de NININAHAZWE seraient financées par le CNCD-11.11.11 belge et son programme « partenaires du Sud ». La mission officielle de cette organisation : « renforcer les capacités des acteurs sociaux des pays en développement » pour qu’ils jouent un rôle de « contre-pouvoir ». Mais le « contre-pouvoir », dans la pratique, cela signifie quoi ? Fabriquer des sujets, entretenir la légitimité de l’intervention.

Quand les faits d’un dossier desservent le bailleur, on change de cadre narratif. Le crime financier ne se vend pas ; la persécution ethnique, si. Alors WAKENYA passe de « homme d’affaires soupçonné de financer le terrorisme » à « Tutsi opprimé ».

C’est une ingénierie narrative payée. Les shows du dimanche de NININAHAZWE ne sont pas du journalisme. Ce sont des livrables. Le blog King Umurundi Freedom qui défend WAKENYA est piloté par un responsable résidant en Ouganda, mais dont le contact est un numéro français. WAKENYA lui-même et son beau-père sont accusés d’avoir approché ces canaux pour fabriquer une défense sur mesure.

Le crime n’a pas d’ethnie

L’ensemble des articles de Burundi Forum sur le dossier WAKENYA-SUGURU repose sur des chefs d’accusation financiers, juridiques, vérifiables :

  • Un prêt non garanti des centaines de milliards de francs burundais obtenu auprès de la BANCOBU via la société Inter Trade ;
  • Une fraude fiscale systématique consistant à maquiller de l’huile de palme raffinée indonésienne en produit « d’origine kényane » pour échapper à 35 % de droits de douane à l’OBR ;
  • Olivier SUGURU, alors président du conseil d’administration de l’OBR, accordant des exonérations fiscales abusives à la SAVONOR, société dont il était lui-même secrétaire général ;
  • Des investissements dans la zone contrôlée par les terroristes M23.

Ces actes ont-ils une ethnie ? Non. La corruption ne demande pas l’origine. Le blanchiment ne consulte pas le registre des clans. Le financement du terrorisme ne lit pas la case « ethnie » sur la carte d’identité.

NININAHAZWE tente, avec une seule carte ethnique, d’effacer des centaines de pages de preuves. C’est une manipulation cognitive. Sa cible n’est pas le Burundais, il voit la vérité, mais le cercle des bailleurs internationaux. Là-bas, l’étiquette « Tutsi opprimé » se convertit encore en compassion, en attention et en prochain financement.

En définitive, Pacifique NININAHAZWE doit répondre à une question, une seule, qu’il esquive depuis trois ans :

Si WAKENYA est innocent, pourquoi ne pas répondre devant le tribunal aux flux financiers avec le M23 ? S’il est coupable, en quoi son appartenance tutsie constitue-t-elle un bouclier ?

Le crime n’a pas d’ethnie. La justice ne devrait pas en avoir non plus. Quand un homme tente d’échanger sa carte d’identité contre une immunité judiciaire, il a déjà avoué : ce qu’il défend, ce n’est pas les droits de l’homme, c’est le droit de commettre des crimes.

 

Par Jean Jolès Rurikunzira