Mpanda : sous le parapluie de Suguru, l’administrateur Léopold Ndayisaba, un intouchable au-dessus de la loi

Société, opinion

Dans la commune de Mpanda, les habitants sont de plus en plus nombreux à dénoncer l’attitude d’un administrateur qui semblerait bénéficier d’une protection politique de haut rang. Selon nos investigations, Léopold Ndayisaba serait le protégé de l’Honorable Olivier Suguru, figure politique native de la même commune. Entre gestion opaque, favoritisme et redevabilité en berne, l’homme fort de Mpanda incarne cette zone grise où l’autorité administrative se confond avec les réseaux d’influence. Quousque tandem abutere, patientianostra ? Jusqu’à quand abuserait-on de la patience des citoyens ? Nous commençons notre nouvelle série sur le réseau Suguru par Ndayisaba.

Il existe des fonctionnaires dont la carrière défie toute logique de performance. Léopold Ndayisaba, administrateur de la commune de Mpanda, appartiendrait à cette catégorie. Selon des sources concordantes, il revient à chaque échéance électorale non pas parce que ses résultats seraient salués par les populations, mais parce qu’une main politique le maintiendrait à flot. Cette main, nos investigations tendraient à l’identifier : celle de l’Honorable Olivier Suguru, député et acteur influent des milieux d’affaires burundais.

Les deux hommes partagent plus qu’une simple proximité politique. Ils sont tous deux originaires de la commune de Mpanda, un terreau où les liens personnels se transforment aisément en réseaux d’influence. Noscitur a sociis : on connaît l’homme à ses fréquentations. Que l’administrateur Ndayisaba soit présenté comme le protégé d’un parlementaire dont Burundi Forum a déjà documenté plusieurs controverses — conflits d’intérêts, mécanismes d’influence et zones d’ombre dans la gestion de ses engagements publics — ne relève donc pas de la coïncidence. Fama cresciteundo : la rumeur grandit en courant, et à Mpanda, elle murmure que sans Suguru, Ndayisaba ne serait plus rien.

Un bilan administratif sous le feu des critiques

Le bilan de l’administrateur Ndayisaba à Mpanda feraient l’objet de multiples griefs. Des habitants évoquent une gestion opaque des ressources communales, des cotisations dont la traçabilité laisserait à désirer, des dossiers administratifs traités selon les allégeances plutôt que selon le droit, et des pressions exercées sur ceux qui osent contester. Cui bono ? À qui profiterait cette opacité ? La question mérite d’être posée, et elle le serait, sans que l’intéressé ne daigne jusqu’ici s’en expliquer publiquement. Son téléphone sonnerait dans le vide, son silence ressemblerait à une réponse.

Selon nos sources, plusieurs dossiers sensibles auraient été enterrés ou traités à la hâte, sans procédure contradictoire, sans transparence, et parfois au mépris des textes les plus élémentaires de la fonction publique. Sic volo, sic jubeo, sit pro rationevoluntas : ainsi je le veux, ainsi je l’ordonne, que ma volonté tienne lieu de raison. La maxime résumerait à elle seule la conception du pouvoir qui serait celle de l’administrateur de Mpanda.

L’ombre encombrante d’Olivier Suguru

Pourquoi un tel comportement resterait-il impuni ? Nos investigations tendent à confirmer que Léopold Ndayisaba bénéficie d’une protection de haut rang. L’Honorable Olivier Suguru, dont Burundi Forum a déjà consacré plusieurs enquêtes à ses activités et à ses controverses, serait le parrain déclaré de l’administrateur. Député, homme d’affaires et figure d’influence, Suguru incarne ce que le journalisme politique appelle une « zone grise » : un espace où la frontière entre l’intérêt public et l’intérêt privé s’efface au profit d’un réseau d’allégeances personnelles.

Il ne serait donc pas étonnant qu’un tel responsable communal soit protégé. Les deux hommes partagent un réseau et, vraisemblablement, des intérêts. Arcades ambo : deux Arcadiens, deux complices. L’un légifère, l’autre administre ; mais tous deux semblent avoir fait du service public une affaire de famille. Le parapluie politique est si large qu’il couvrirait jusqu’aux dérapages les plus visibles. Le blindage serait tel que les critiques glisseraient comme sur un toit de tôle.

Un personnage insaisissable

Léopold Ndayisaba serait devenu un personnage mystérieux. Il réapparaît à chaque échéance électorale, non pas grâce à un palmarès administratif brillant, mais grâce à un appui politique qui lui serait régulièrement renouvelé. Sa longévité ne reposerait ni sur la compétence, ni sur les résultats, ni sur la confiance des administrés, mais sur un cordon sanitaire tissé autour de lui. Verba volant, scripta manent : les mots s’envolent, les écrits restent. Et les écrits, précisément, commencent à s’accumuler.

Les habitants de Mpanda seraient fatigués. Fatigués des promesses non tenues, des décisions arbitraires, des silences complices et de l’arrogance d’un homme qui se saurait intouchable. Ils seraient nombreux à réclamer une enquête indépendante, une véritable redevabilité et la fin de l’impunité administrative. Fiat justitia, ruatcaelum : que la justice se fasse, même si le ciel doit tomber.

Un appel à la nouvelle commission présidentielle sur la lutte contre la corruption

La nouvelle commission présidentielle sur la lutte contre la corruption, mise en place pour examiner les cas de corruption et de malversations économiques ainsi que de mauvaise gestion, devrait se saisir du dossier Ndayisaba. Une enquête indépendante sur son bilan à Mpanda et dans ses précédentes affectations s’impose. Les autorités devraient vérifier si les accusations de favoritisme, de gestion opaque et de protections politiques sont fondées. Si les faits étaient confirmés, ils constitueraient une atteinte grave à la confiance publique et à l’image de l’administration.

Fama, quaeclamosa est, saepefalsa est : la rumeur bruyante est souvent fausse, dit-on. Mais lorsque les témoignages se multiplient, que les dossiers s’empilent et que les responsables refusent de s’expliquer, le doute n’est plus seulement permis : il devient un devoir journalistique. Quousque tandem ? Jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour que la lumière soit faite ?

Par Jean Jolès Rurikunzira