Colloque sous-régional « Jeunesse pour la paix », un événement salué
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Les organisations, Youth for peace DRC, YELI et YWL, We Got your Back, Life And Peace Instute, AMI… appuyées par le Bureau de Coordination du Projet Paix et Réconciliation et en collaboration avec la Communauté des Pères de Schonstatt à Mont Sion Gikungu, l’Université du Burundi, le diocèse de Bururi, et avec l’appui financier de l’Etat de Baden-Wurttemberg, le diocèse de Rottenburg-Stutgatt et l’archidiocèse de Freiburg, ont organisé, du 28 au 29 novembre 2023, à Bujumbura, la 1e édition sous-régionale du colloque dénommée « Jeunes pour la Paix », en vue de rassembler les jeunes de la sous-région et réfléchir sur les enjeux majeurs de la consolidation de la paix et de l’implication des jeunes dans les processus de paix au Rwanda, au Burundi, et en DRC. Les participants ne tarissent pas d’éloges et recommandent un réseau des jeunes pour la paix et la réconciliation.

Organisé dans le but ultime de créer un espace commun de dialogue, de partage de connaissances et de bonnes pratiques, ce colloque a connu la participation des jeunes en provenance du Burundi, du Rwanda et de la RDC.

« Nous avons choisi de tenir le premier événement à Bujumbura au Burundi considérée comme capitale de la jeunesse, et tenant compte du fait que le président Evariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi, président du Conseil de Paix et Sécurité de l’UA et est nommé Champion de « l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité » par l’UA », ont fait savoir les organisateurs.

Des thèmes enrichissants

Différents orateurs se sont succédés sur l’estrade pour développer des thèmes aussi riches que variés.
Le premier thème développé portait sur les mécanismes de paix et institutions d’intégration sous-régionales, régionales et continentales soulignant par-là que la majorité de la population est jeune et que cette jeunesse constitue une force vive et par conséquent l’espoir de demains.

Par ailleurs, Prof Dr Klaus Bauman est revenu sur la guérison des traumatismes de guerre insistant sur le rôle de la spiritualité dans la réconciliation.
Les participants ont suivi une présentation sur l’approche « Bonne puissance » présentée Professeur Laurien Ntezimana de l’association Modeste-Innocent (AMI) du Rwanda . Il a fait savoir t que la bonne puissance ne travaille pas sur les structures mais plutôt sur les consciences.

Présentant les principes clés de l’agenda Jeunesse, paix et sécurité, Pacifique MUSHUBUSA de la République Démocratique du Congo a axé sa présentation sur les opportunités, les défis et les perspectives tout en faisant ressortir les principes directeurs d’intégration de l’agenda.

Simone Diouf, quant à elle, a parlé des défis et des perspectives de la résolution 2250 et son adaptation dans le cadre continental Jeunesse, Paix et Sécurité.
A propos d’une culture de paix et de la réconciliation, Dr P. Déogratias MARUHUKIRO de l’Université de Freiburg en Allemagne, a fait savoir les facteurs favorisant les conflits sont en l’occurrence la mauvaise gouvernance politique, économique, sociale, la pauvreté et les injustices commises dans le passé.

Les participants ont eu à suivre des présentations sur le leadership et la démocratie, l’apport de la science dans la consolidation de la paix et la réconciliation présentés respectivement par Dr Joseph Sani et Prof Alexis BANUZA de l’Université du Burundi.

Concernant la présentation du cluster, Professeur P. Déogratias MARUHUKIRO a parlé des origines et les objectifs. Il a insisté sur les recherches interuniversitaires, les symposiums, la promotion des recherches et le transfert des connaissances.

Dr Aloys MISAGO, quant à lui, a souligné la nécessité du réseautage tout en faisant remarquer que la paix et le développement sont intimément liés. Pour lui, il n’y a pas de développement sans paix et vice versa. Et de dire qu’il faut réduire l’aide au développement au profit du partenariat.

Des défis ne manquent pas

Les participants au colloque ont fait savoir que les jeunes de la sous-région font face à de nombreux défis.
Ils ont épinglé la problématique liée la liberté d’expression, de circulation et le commerce transfrontalier. Ils ont évoqué une politique de la haine qui s’installe de plus en plus dans certaines localités.

Par ailleurs, ils ont dénoncé la manipulation politique des jeunes, leur enrôlement dans les groupes armés, les conflits intergénérationnels et les stéréotypes.
En outre, ont-ils ajouté, il existe une certaine politisation des professions, le népotisme, l’exclusion, la corruption, la mauvaise gouvernance, le non-accès aux ressources, le chômage et la pauvreté.

Les participants ont également fustigé le fait que les jeunes ne sont pas représentés dans les instances de prise de décision.
Enfin, ils ont épinglé le manque de centres de formation professionnelle et le manque d’un système éducatif adapté aux besoins actuels des jeunes.

Ouverture Officielle du Programme Paix et Réconciliation au Burundi et dans la région des grands-Lacs

Dans son mot de bienvenu, Herménégilde Coyitungiye, Père Supérieur de la Communauté des Péres de Schoenstatt de Mont Sion Gikungu, a indiqué que le centre Mont Sion est un lieu où s’expérimente au quotidien les fruits de la paix et de la réconciliation.

Et de préciser que la Vierge Marie a été couronnée comme Reine de la paix et de la réconciliation le 15 août 2009, tout en ajoutant que Gervais BANSHIMIYUBUSA, archevêque de Bujumbura, a nommé par décret que ce sanctuaire devient le sanctuaire de la paix et de la réconciliation le 19 octobre 2019.

« Nous sentons comme un devoir d’être compté parmi les acteurs incontournables dans la lutte pour et en faveur de la paix et la réconciliation », a-t-il souligné.
De son côté, le représentant du secrétaire d’Etat de Baden-Wurttemberg a insisté sur l’amitié qui existe entre cet Etat et Burundi et qui est né grâce au partenariat.

« Nous n’avons pas eu cette relation avec seulement le Burundi mais aussi avec d’autres acteurs des églises et des universités », a-t-il renchéri.
Il s’est réjoui de constater que le thème de la paix gagne du terrain tout en soulignant que le monde a besoin de la paix.

Parlant au nom de l’évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Freiburg, l’orateur est revenu sur le partenariat qui, selon lui, a permis de découvrir plusieurs opportunités. Et d’annoncer : « Nous voulons travailler pour contribuer au travail de la paix dans la région. Ce n’est pas seulement notre partenariat qui a besoin de ce cluster mais aussi le monde entier en a besoin ». Il a promis de contribuer d’une manière considérable.

Pour lui, le partenariat va permettre de faire des échanges à différents niveaux, au niveau social, économique mais aussi de faire des échanges spirituels.
Le représentant du diocèse de Rottenburg-Stuggatt, quant à lui, a souligné l’engagement de l’église Catholique dans le travail de paix et de réconciliation au Burundi.

« Nous sommes contents d’entendre qu’un nouveau chapitre a commencé », s’est-il réjoui.
La question de la paix et de la réconciliation ainsi que la justice, a-t-il rassuré, continue à être au cœur du débat ici au Burundi et en Europe.
Dans le cadre de notre cluster, a-t-il précisé, nous voulons apprendre les uns des autres ce que signifie la paix et la réconciliation.
Et de recommander : « Il faut que la paix soit le point central de ce travail et que ce point central soit reflété dans tout ce que nous sommes en train de faire ici ».

Un grand événement

Dr Aloys MISAGO : « Il faut commencer à sensibiliser les jeunes pour qu’ils jouent leur rôle de catalyseur de la paix et la réconciliation »

« Nous sommes contents de voir les jeunes de la sous-région se rencontrer au Burundi parce qu’en principe le problème de la paix est un problème partagé entre les différents pays de la région notamment le Rwanda, le Burundi, et la RDC », s’est réjoui Dr Aloys Misago, le Coordinateur du Projet « Paix et Réconciliation », au Burundi et dans la région des grands- lacs.

Pour lui, c’est un grand événement et une occasion pour que les jeunes puissent échanger sur les voies et moyens de consolider la paix dans leurs pays respectifs.
Il a fait savoir qu’on a invité les jeunes parce qu’ils sont souvent considérés comme des provocateurs des troubles. Ce sont les jeunes qui s’engagent dans les différents mouvements de rébellion.

« Si nous voulons la paix dans notre région, il faut commencer à sensibiliser les jeunes pour qu’ils jouent leur rôle de catalyseur de la paix et la réconciliation », a-t-il martelé.

« La paix se construit »

Prenant la parole, Salvator NICITERETSE, Evêque du Diocèse de Bururi, a fait savoir que depuis 2004, l’Eglise Catholique du Burundi a entrepris un projet de culture de paix et de réconciliation. Un projet qui continue jusqu’à nos jours.

Et d’informer que beaucoup d’ateliers de formation ont été organisés à l’endroit des leaders des partis politiques, les administratifs, les consacrés, des prêtres mais aussi des foras des jeunes pour la cohésion sociale.

Pour lui, le choix de la paix s’effectue à partir d’une prise de conscience de l’inutilité politique de la guerre et des coûts humains et moraux de la violence armée.

« Le choix de la paix et de la réconciliation est fondamentalement une option intérieure personnelle inspirée par le souci d’établir et de maintenir des rapports humains et civilisés entre les groupes et nations », a-t-il martelé.

Il a indiqué que le choix de la paix commande fondamentalement un engagement politique. Pour lui, la paix est une œuvre politique. Les autres ne font qu’une contribution parce qu’elle concerne la manière dont les politiciens organisent l’administration du pays », « Il ne suffit pas donc que des individus, des familles, ou de petits groupes optent pour la paix et dénoncent la guerre. Il faut que des appareils politiques, les institutions nationales et internationales fonctionnent selon des règles morales et des normes juridiques qui contribueront au maintien de la paix et de la réconciliation », a-t-il insisté.
Pour être efficace, a-t-il fait remarquer, l’action politique a besoin de structures, d’institutions.

« On construit la paix et la réconciliation comme on construit une cathédrale, ça prend du temps », a-t-il fait observer, tout en ajoutant : « La paix se construit et nous tous nous devons être des responsables ».

Un colloque opportun

Ferdinand BASHIKAKO, Secrétaire Permanent au Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération au Développement, a fait savoir que le colloque sur la paix et la réconciliation dans la région des grands lacs arrive à point nommé.

Il a rappelé que la région des grands lacs est en proie à des conflits perpétuels depuis des décennies et a connu des pires de guerres du continent.
« Il est donc opportun de créer cet espace commun de dialogue, de partage de connaissances et de bonnes pratiques offrant aux participants l’opportunité de discuter les défis majeurs liés aux conflits dans la sous-région et des possibilités d’une paix durable à travers l’implication efficace et active des jeunes dans la prise des décisions et processus de paix à tous les niveaux », a-t-il indiqué.

Pour lui, la recrudescence du terrorisme et de l’extrémisme violent est aujourd’hui un des grands défis sur lesquels l’humanité en générale et la région des grands lacs en particulier devrait attirer leur attention.

L’urgence, a-t-il insisté, se trouve dans la lutte contre les groupes terroristes qui poursuivent leurs attaques et pillages contre les populations innocentes dans certains pays frères.

Et de noter que la conjugaison des efforts dans la lutte contre cette barbarie a permis d’indéniables succès. « Cependant, cette lutte est loin d’être achevée. Nous devons alors continuer à nous impliquer dans ce combat ensemble dans le cadre de notre partenariat positif dynamique et inclusif. », a-t-il nuancé.

Selon lui, c’est un combat pour la liberté et la dignité des peuples, tout en invitant les jeunes, moteurs du développement socio-économique, à ne pas rester derrière.

Il a suggéré un plan régional et continental visant la mise en place d’une plateforme pour faire dialoguer les expériences des uns et des autres car, a-t-il fait remarquer, les jeunes de ces pays partagent en réalité les mêmes préoccupations et les mêmes rêves.

« Nous sommes convaincus que la force transformatrice des jeunes africains est essentielle au relèvement économique de notre continent. Cependant, la paix et la sécurité sont un préalable de toute ambition de développement durable », a-t-il insisté.

Des recommandations

Les participants ont recommandé la mise en place d’une feuille de route sur la circulation des biens et des personnes.
Ils ont suggéré la promotion d’une culture de la non-violence, le dialogue sur les conflits intergénérationnels, la création d’un réseau des jeunes pour la paix et la réconciliation dans région et la promotion d’une culture de la bonne gouvernance.

Par ailleurs, ont-ils proposé, il faut l’harmonisation des systèmes éducatifs dans les universités de la sous-région.
En outre, les participants ont recommandé la création d’emplois et de l’entreprenariat. Ils ont également insisté sur la vulgarisation des textes régissant l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité en Afrique.

Par (Iwacu)