Burundi : Marchandisation du citoyen burundais sous le néolibéralisme

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Un nouveau type de migrants Barundi dans la diaspora : une politique migratoire néolibérale fondée sur des accords bilatéraux, critiquée pour ses atteintes à la dignité humaine et aux valeurs traditionnelles d’Ubuntu. De nombreux jeunes burundais, envoyés par l’État, vivent aujourd’hui dans des conditions inhumaines, loin de leur pays d’origine.

Bujumbura, 03/01/2026 – Le 22 décembre 2025, le Ministère burundais des Affaires étrangères publiait un communiqué sans équivoque : « Tout demandeur d’emploi à l’étranger doit remplir une fiche individuelle d’identification, à présenter à l’aéroport, en tant qu’outil administratif fondamental. » Derrière cette mesure administrative, une restriction  : les agences d’emploi ne sont plus autorisées à recruter ni à envoyer des travailleurs migrants vers des pays n’ayant pas encore conclu d’accords bilatéraux d’échange de main-d’œuvre avec le Burundi.

L’Overseas Recruitment Agencies Association of Burundi (ORAAB) [1], qui regroupe soixante sociétés agréées par l’État burundais et ayant déjà envoyé plus de 17 000 travailleurs migrants vers les pays arabes, dément catégoriquement les accusations selon lesquelles chaque travailleuse verrait la moitié de son salaire confisquée pendant un an.   Nzambimana Révocat, secrétaire permanent de l’ORAAB, répond fermement : « Les contrats signés avec les candidats respectent la législation du travail du Royaume d’Arabie Saoudite, les conventions internationales ainsi que les accords bilatéraux entre le Burundi et ce pays. Toute rémunération est intégralement versée sur le compte bancaire du travailleur migrant, conformément aux dispositions légales. »  Mais au-delà des justifications officielles, un malaise profond s’installe.

Depuis 2020, sous la présidence du Général-Major S.E. Ndayishimiye Evariste, le Burundi s’est engagé dans la voie de la Globalisation unipolaire américaine néolibérale [2], notamment en appliquant le Pacte mondial pour des migrations, adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies le 19 décembre 2018 (dit Pacte de Marrakech). Dans ce nouveau cadre globalisé, le citoyen burundais est désormais traité comme une marchandise, une ressource humaine à « valoriser », à « exporter », à « négocier » ( cf.  Traite négrière, Esclavage ).  Le Burundi a ainsi renforcé son ancrage idéologique au néolibéralisme. Un virage en contradiction profonde avec les valeurs ancestrales burundaises comme l’Ubungoma [3], l’Ubuntu [4][5] et l’Ubumu [6], fondements d’une société basée sur la dignité, la solidarité et le respect de la vie humaine.

Autrefois, la diaspora burundaise [7] était composée principalement de réfugiés fuyant la guerre ou d’étudiants en quête de savoir [8]. Aujourd’hui, un nouveau profil de migrants économiques apparaît : jeunes, souvent précaires, envoyés par des agences d’emploi en partenariat avec l’État. Ces jeunes ne reviennent plus une fois à destination. Ils choisissent de rester, parfois sans papiers, dans des grandes capitales étrangères.  On les retrouve errants dans les rues glacées de Bruxelles, de New York ou d’autres villes, vivant dans des conditions inhumaines, loin de leurs collines natales où  leur dignité restait intacte. Ironie tragique : ceux qui pourraient contribuer au développement socio-économique du Burundi sont envoyés à l’étranger pour alimenter un système qui les broie.

Références :

[1] ORAAB : Vers la mise en place d’un module unique de formation – https://burundi-eco.com/oraab-vers-la-mise-en-place-dun-module-unique-de-formation/

Consulté le 05/01/2026

[2] Bilan : Pourquoi le Burundi, de 2020 à 2023, plonge dans les bras de la Globalisation ? – https://burundi-agnews.org/bilan-pourquoi-le-burundi-de-2020-a-2023-plonge-dans-les-bras-de-la-globalisation/

Consulté le 05/01/2026

[3] Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Génération Afrique, 2024 | https://nahimanakarolero.com

[4] Sindayigaya Jean-Marie, Renaissance de l’Afrique par les Valeurs de l’Africanité-Ubuntu, Bruxelles, 2023

[5] Ntabona Adrien, L’Ubuntu (Humanité réussie), ses roses et ses épines au Burundi, Bujumbura, Cirid, 2020

[6] Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com

[7] Nahimana Karolero Pascal, La diaspora burundaise : Du monde, de Belgique et d’ailleurs – Histoire, trajectoires et ancrage, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com

[8] Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com

Sources : Nahimana P. – http://burundi-agnews.org – Lundi 5 janvier 2026  Photo : Jimbere, Burundi Eco

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