Face au Sénat, le ministre des Affaires étrangères a été auditionné sur la précarité des migrants et l’échec de leur intégration. Les sénateurs s’alarment des conditions désastreuses des travailleurs migrants et de l’abandon des jeunes diplômés par un système éducatif inadapté.
Bujumbura, 13 janvier 2026 – Le Sénat du Burundi s’est saisi d’une question touchant à la politique néolibérale de l’État et à ses conséquences sur la jeunesse burundaise. En séance plénière, présidée par l’Hon. Ndirakobuca Gervais, les sénateurs ont auditionné le ministre burundais des Affaires étrangères, Bizimana Édouard, dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale.
Les interventions éclairées, entre autres, de la vice-présidente du Sénat, Ngendanganya Générose, et de l’honorable Ntakarutimana Sabine, ont mis en évidence un véritable drame humain. Par centaines, des jeunes Burundais quittent leur pays via des agences de recrutement privées, pourtant légales et agréées par l’État. Une fois à l’étranger — notamment en Serbie, au Maroc, en Arabie saoudite, au Qatar, à Oman, etc. — ils disparaissent souvent dans la clandestinité ( cf. Réfugiés, Diaspora ) ou subissent exploitation, sévices et conditions de travail indignes.
Les sénateurs s’inquiètent particulièrement du manquement des agences dans le respect des droits des travailleurs migrants, du traitement inhumain infligé aux femmes et aux jeunes filles, ainsi que de l’inadaptation de la formation dispensée aux exigences réelles du marché. Si le gouvernement affirme surveiller le processus de recrutement, les faits témoignent d’une protection bien fragile.
Autre front : celui de l’exode des cerveaux. Des jeunes boursiers effectuent des stages à l’étranger mais, à leur retour au Burundi, aucune structure ne permet leur réintégration. Faute de perspectives, ils repartent définitivement. L’État, dépossédé de ses élites, laisse ainsi ses enfants sans protection ni projet.
Jadis, avant la colonisation et avant la destruction d’Ubungoma — entre 1920 et 1944 —, puis la destruction d’Ingoma y’Uburundi, d’abord en 1929 (fin de l’institution de Karyenda et conversion forcée de Mukakaryenda), puis en 1966 avec l’instauration de la République, ainsi que la destruction d’Ubumu (à la manière de « Mu », Mukakaryenda, la femme-tambour), le Burundi disposait d’un système socio-économique traditionnel cohérent.
Dans ce cadre, le système éducatif burundais formait les individus selon des initiations structurées : devenir Hutu — producteur des ressources nécessaires à la satisfaction des besoins des miryango barundi —, assistant Hutu, puis maître Hutu ; devenir Mushingantahe ou Mufasoni ; devenir un gestionnaire juste Tutsi, c’est-à-dire fonctionnaire de l’État ; ou encore accéder aux initiations des savants ou experts ( planificateurs, régulateurs, législateurs,… ) Banyamabanga, notamment Mupfumu, Twa, Bahanuza, etc.
Ces profils constituaient l’ossature humaine indispensable au fonctionnement et à l’équilibre de l’Ubumu.
Aujourd’hui, le Burundi doit briser ses chaînes. Il est urgent de se décoloniser, de retrouver ses racines et de sortir de ce virage néolibéral qui sacrifie sa jeunesse sur l’autel d’un capitalisme sans visage.
Inyishu z’umushikiranganji mu vyo ajejwe harimwo imigenderanire y’Uburundi n’ayandi makungu :
https://www.youtube.com/watch?v=fQA6N-xt9E8
Références :
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Burundi : CNDD-FDD – Le nouvel immigré économique et la dérive néolibérale | https://burundi-forum.org/110903/burundi-cndd-fdd-le-nouvel-immigre-economique-et-la-derive-neoliberale/
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Nahimana Karolero Pascal, Burundi : La diaspora burundaise : Du monde, de Belgique et d’ailleurs – Histoire, trajectoires et ancrage, Bruxelles, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com
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Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Bruxelles, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com
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Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Éd. Génération Afrique, 2024 | https://nahimanakarolero.com
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Bigirimana Jean, Réinventer le Burundi : L’énergie, l’agriculture, les TIC et l’éducation comme fondements du futur, Bruxelles, Les Éditions du Net, 2025
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Kubwayo Félix, La lente reconnaissance du génocide de 1972 contre les Hutu du Burundi, Bruxelles, 2025
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Ntibantunganya Sylvestre, Histoire d’un génocide occulté : Le génocide des Bahutu du Burundi de 1972-1973, Éd. Sigumugani, 2025
Sources : Nahimana P. , http://burundi-agnews.org, Mercredi 21 janvier 2026 | Photo : Inama Nkenguzamateka