Burundi : Charte de l’Unité nationale, 35 ans après

GÉOPOLITIQUE, HISTOIRE, SECURITE

35 ans après son adoption, la Charte de l’Unité nationale continue d’interroger l’histoire politique burundaise.

Bujumbura, 05/02/2026 (BdiAgnews) – Le Burundi a célébré le 35ᵉ anniversaire de la Journée dédiée à la Charte de l’Unité nationale sous le thème : « Ne relâchons pas le bien que nous avons acquis, l’unité nationale est le pilier du développement ». Les cérémonies, tenues au Monument de l’Unité nationale sur la colline Vugizo, ont réuni les plus hautes autorités du pays. En absence de S.E. Ndayishimiye Evariste, Général Major, Président du Burundi,  accompagné de son épouse,  le très apprécié Vice-président du Burundi S.E. Bazombanza Prosper y a déposé une gerbe de fleurs, avant l’exécution collective de l’hymne de l’Unité nationale. À l’issue de l’événement, Ntibantunganya Sylvestre, président de la Commission nationale de promotion de l’unité, a salué les avancées enregistrées tout en appelant à poursuivre les efforts, notamment à travers la CVR, tandis qu’Olivier Nkurunziza, président de l’Uprona, a rappelé le caractère collectif de l’engagement porté par la Charte et exhorté les citoyens à préserver la cohésion sociale.

Sur le plan historico-géopolitique, cette commémoration renvoie au contexte de la fin de la guerre froide, lorsque le monde entrait dans la Globalisation Unipolaire Américaine Néolibérale (GUAN) et que l’URSS se décomposait, ouvrant la voie à une offensive américaine visant à prendre l’Afrique aux Européens, tandis que la France lançait, pour préserver son pré-carré francophone, son programme de démocratisation du continent. Au Burundi, les États-Unis avaient préparé le Palipehutu pendant les années 1970. Mais, à la suite du fiasco de Ntega-Marangara, puis de la mort — pour trahison du plan — de Gahutu Rémy, leader du Palipehutu, dans une prison tanzanienne, ils misaient (sans vraiment miser car « Communiste ») désormais sur Bagaza Jean-Baptiste. La France, quant à elle, soutenait Buyoya Pierre, lequel lança la Charte de l’unité nationale le 5 février 1991 comme porte d’entrée dans ce processus démocratique.

L’objectif de la Charte de l’unité nationale n’était donc pas d’unir les Barundi, désunis depuis la mise en place de l’outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi en 1911 par l’Allemand Hans Meyer, mais bien d’entrer dans le processus français de démocratisation dans lequel le Burundi est, jusqu’à aujourd’hui, plongé (exemple : les noms des partis comme le CNDD-FDD, le FRODEBU, etc., où le mot démocratie est présent).

Après les élections démocratiques de juin 1993, le processus était lancé. Sous injonction française, Buyoya tue le premier président démocratiquement élu, Ndadaye Melchior. Puis le Burundi sera plongé dans la guerre civile burundaise (1993-2003), au cours de laquelle l’outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi sera instrumentalisé par les États-Unis et la France : des camps de concentration contre les Hutu du Burundi auront lieu, ainsi que des camps de regroupement tutsi. À la fin de la guerre, perdue par le camp de la France (Buyoya) à la suite de la déclaration de Saint-Malo, en 1998, où la France stoppe sa guerre contre les Anglo-Saxons en Afrique, un accord politique entre la France et les États-Unis au Burundi sera mis en place : l’Accord d’Arusha de 2000, puis un accord militaire de fin de guerre : l’Accord de cessez-le-feu de 2003. Dans ces deux accords, afin de permettre à la géopolitique occidentale de garder un œil sur les Barundi, des quotas ethniques Hutu-Tutsi seront intégrés, repris dans la Constitution de l’État du Burundi, en vue de préserver son aspect néocolonial, outil géopolitique et géostratégique dans la région des Grands Lacs africains.

Bref, pour les Barundi et le Burundi, seule la sortie du piège de l’outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi permettra de retrouver son unité d’antan, à l’époque d’Ingoma y’Uburundi.

Références :

– Baranyanka Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (La « Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXᵉ siècle.)

– Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Éd. Génération Afrique, 2024 | https://nahimanakarolero.com

– Nahimana Karolero Pascal, La guerre civile du Burundi (1993-2003). Face à la Globalisation Unipolaire Américaine Néolibérale, le CNDD-FDD, Bruxelles, Génération Afrique, 2024.

– Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Bruxelles, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com

– Nahimana Karolero Pascal, Camps de concentration du Burundi (1996 – 2002) : Les oubliés des collines – Mémoires d’un peuple enchaîné, Bruxelles, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com

– Rugurika Mathias, Repères historiques du Burundi : Tome 1 : de la période précoloniale à l’indépendance, le 1 juillet 1962, 2022.

– Harerimana Eric-Innocent, Umurundi, une identité inclusive, Éd. Iwacu, Bruxelles, 2025.

– Ntibantunganya Sylvestre, Burundi. Démocratie piégée, Ed. Iwacu Europe, 2018.

Sources : Nahimana P., http://burundi-agnews.org, Jeudi 05 février 2026 | Photo : RTNB.BI

 

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