100 ans d’histoire éducative et religieuse au cœur de Gitega.
Gitega, 11/02/2026 (BdiAgnews) – Le petit séminaire de Mugera, fondé le 11 février 1926 par le premier évêque du Burundi, Mgr Julien Gorju, vient de célébrer son centenaire. Situé à Gitora, en commune Bugendana, dans la province de Gitega, capitale politique du Burundi, il est présenté comme la toute première école du pays. La célébration solennelle est prévue le 14 février 2026. En un siècle d’existence, le séminaire a formé plus de 24 700 élèves, dont 400 prêtres, 15 évêques, un président de la République — Ntibantunganya Sylvestre — ainsi que de nombreux ministres et intellectuels. Il demeure aujourd’hui un haut lieu de l’éducation burundaise.
Peuple de l’Ubungoma, les Barundi s’inscrivent historiquement dans une cosmologie fondée sur la pensée à la manière du Tambour sacré, à l’origine de l’Ubuntu, philosophie de l’Humain. Leur État traditionnel, Ingoma y’Uburundi, reposait sur une dyarchie millénaire guidée par le Tambour sacré Karyenda — incarné par la Femme-Tambour Mukakaryenda — et par le Mwami, chef des Bataka (chefs des miryango, ou lignages) et garant de l’unité du pays. Structuré par le calendrier Ikihecijuru et animé par les Banyamabanga, dont les Bahanuza et les Bapfumu b’Ijuru, Ingoma a traversé 35 000 ans avant notre ère à 1966, sous quatre dynasties successives de Bami « Ha » : Abaha, Abalenge, Abega et Abahanza (Bahiza).
Entre 1920 et 1940, dans le contexte de la colonisation belge et de l’expansion missionnaire, une répression systématique frappa les Banyamabanga — détenteurs du savoir, maîtres de confréries, législateurs et régulateurs sociaux — ouvrant la voie à l’implantation du christianisme. Les premiers prêtres burundais, Ntidendereza Patrice et Ngendagende Émile, furent ordonnés le 19 décembre 1925. Toutefois, la rupture symbolique majeure survint en 1929, lorsque les missionnaires Pères Blancs transformèrent Mukakaryenda — divinité suprême associée au Tambour sacré Karyenda et appelée Ruburisoni — en « Maria Ruburisoni ». Ce moment marque l’effondrement d’un pilier institutionnel : la disparition progressive de l’institution de Karyenda et de son palais Buryenda. Ingoma y’Uburundi, dyarchie millénaire, devient alors unijambiste, l’institution du Mwami demeurant seule en place jusqu’en 1966, l’avènement de la République, un état néocolonial.
Références
– Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Éditions Génération Afrique, 2024.
🔗 https://nahimanakarolero.com
– Mbonyingingo Leona, L’Épouse du tambour, Montréal, 2025.
– Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Bruxelles, Génération Afrique, 2025.
🔗 https://nahimanakarolero.com
– Sindayigaya Jean-Marie, Renaissance de l’Afrique par les Valeurs de l’Africanité-Ubuntu, Bruxelles, 2023
– Ntabona Adrien, L’Ubuntu ( Humanité réussie ), ses roses et ses épines au Burundi, Bujumbura, Cirid, 2020
– Baranyanka Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (« La Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France – notamment via les Pères Blancs de Lavigerie –, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXᵉ siècle.)
– En février 2025, l’Union africaine (UA) a qualifié officiellement l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide contre les peuples africains. Cette décision, adoptée le 16 février lors de la 38ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, marque un tournant dans la quête de justice historique pour le continent.
Sources : Nahimana P. , https://burundi-agnews.org, Jeudi 12 février 2026 | Photo : G. Muhoza, Shikiriza Burundi