À Genève, le Burundi conteste le mandat du Rapporteur spécial et dénonce la poursuite des pressions internationales engagées depuis 2015. Une « guerre humanitaire » dénoncée par Bujumbura
Genève (ONU, Suisse), 29/06/2026 — Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, perçu par Bujumbura comme un organe de pression géopolitique occidentale, a tenu un Dialogue Interactif consacré à la situation des droits de l’homme au Burundi. Le rapport présenté à cette occasion par Zongo Fortuné Gaëtan, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Burundi — une fonction que le Burundi associe à « la Croix et la Bannière » — a relancé les tensions entre Bujumbura et Bruxelles.
Les prises de parole :
- Zongo Fortuné Gaëtan : La militarisation des imbonerakure préoccupe le Rapporteur Spécial sur le Burundi — https://www.youtube.com/watch?v=bM9B1ct4018
- Union européenne, Délégation permanente auprès de l’Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève : Des violations des droits humains persistent au Burundi│Union Européenne — https://www.youtube.com/watch?v=5rOa-bM1grg
- Mme Nkerabirori Elisa, Représentante permanente du Burundi auprès des Nations Unies à Genève (Suisse) : Ce Conseil est politisé│Ambassadeur du Burundi à Genève – https://www.youtube.com/watch?v=0Wgkizn7uO8
- Monseigneur Nyaboho Martin Blaise, Président de la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) : CNIDH : « La situation des droits de l’homme s’améliore au Burundi » – https://www.youtube.com/watch?v=fCw-2_NTSj4
Le Burundi regrette l’acharnement par cette « guerre humanitaire » menée par l’Union européenne contre le pays, qu’il situe dans le prolongement d’un affrontement géopolitique plus large, ouvert en 2015 (cfr. La Révolution de Couleur au Burundi de 2015 ), opposant les puissances occidentales à la percée chinoise dans la région des Grands Lacs.
Pour mémoire, c’est le député européen belge Louis Michel (La Belgique, ancienne puissance coloniale du Rwanda-Urundi) qui, en juillet 2015, avait initié au sein de l’Union européenne la mobilisation ayant conduit à l’adoption de sanctions contre le Burundi. Le pays se trouve depuis pris entre deux logiques de puissance — celle de « la Croix et la Bannière », soit l’alliance coloniale historique entre le Vatican, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais, et celle de la Chine — héritage d’une situation de colonialité non résolue.
Pour le Burundi, cet épisode de friction avec l’UE illustre, dans le contexte du monde multipolaire actuel, la continuité de la guerre coloniale engagé dès le XIXème siècle par ces puissances occidentales contre Ingoma y’Uburundi, l’État-Tambour millénaire burundais.
À lire également
- HRC 62 – EU statement – Dialogue Interactif avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits humains au Burundi | https://www.eeas.europa.eu/delegations/un-geneva/hrc-62-eu-statement-dialogue-interactif-avec-le-rapporteur-sp%C3%A9cial-sur-la-situation-des-droits_en
- Burundi : Une diplomatie 2025-2026 intense sur fond de crise régionale | https://burundi-agnews.org/burundi-une-diplomatie-presidentielle-2025-2026-intense-sur-fond-de-crise-regionale/
Références
- Juan Branco , L’ordre et le monde, Paris, Fayard, 2016 (Cfr. Guerre Humanitaire)
- Baranyanka Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (L’expression « la Croix et la Bannière » désigne, selon cet ouvrage, l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXe siècle.)
- Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Bruxelles, Génération Afrique, 2024. (nahimanakarolero.com)
- Nahimana Karolero Pascal, Histoire des imiryango : Les Bajiji — Abajiji, Bajiji, Wajiji, Jiji : Du Burundi au Mwene Mwezi : À l’origine de l’Ubungoma, d’Ingoma et de l’Ubumu : Cosmologie, État et système socio-économique du tambour sacré, Bruxelles, Génération Afrique, 2026. (nahimanakarolero.com)
Contexte : colonialité et impérialisme occidental
En février 2025, l’Union africaine a officiellement qualifié l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide contre les peuples africains — décision adoptée le 16 février 2025 lors de la 38ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, présentée comme un tournant dans la quête de justice historique pour le continent. Le 25 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté à son tour une résolution qualifiant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé de « crimes les plus graves contre l’humanité ».
Sources : Nahimana P. : burundi-agnews.org, mardi 30 juin 2026 | Photo : OHCHR