13 membres de la Commission vérité et réconciliation (CVR) ont prêté serment, lundi 26 octobre 2026, devant S.E. le Président Ndayishimiye Evariste et le Parlement burundais réuni en Congrès. Leur nouveau mandat de quatre ans s’inscrit dans la recherche de la vérité historique et la transmission de la mémoire des crises qui ont marqué le Burundi.
Bujumbura, 26/10/2026 (BDIAGNEWS) – Les 13 membres de la Commission vérité et réconciliation (CVR) ont prêté serment, lundi 26 octobre 2026, au Palais des congrès de Kigobe, devant le président de la République, Ndayishimiye Évariste (Général Major), et le Parlement burundais réuni en Congrès. Les membres du Bureau du Sénat et les sénateurs ont participé à la cérémonie.
Leur nouveau mandat de quatre ans s’inscrit dans la recherche de la vérité historique et dans la transmission de la mémoire des crises qui ont marqué le Burundi.
Cette cérémonie fait suite au décret présidentiel n° 100/160 du 20 octobre 2026 portant nomination des membres de la Commission, après l’approbation parlementaire du renouvellement de leur mandat, le 9 octobre.
La CVR demeure présidée par l’ambassadeur Ndayicariye Pierre-Claver , assisté de Mgr KimararunguAimé Joseph , vice-président, et de Nzigamasabo Léa Pascasie , secrétaire. Dix autres commissaires complètent cette institution chargée de contribuer à l’établissement de la vérité et à la réconciliation nationale.
Après la présentation, le 16 juin 2026, de ses conclusions sur le génocide de 1972 contre les Hutu du Burundi, la Commission entend poursuivre ses investigations sur les massacres de 1988, les crises de 1991 et de 1993, ainsi que sur la guerre civile qui s’ensuivit.
Ces travaux invitent également à replacer les violences contemporaines dans l’histoire plus longue d’Ingoma y’Uburundi, l’État traditionnel des Barundi, issu de la civilisation du tambour. Ingoma — l’État-tambour —, Ubungoma — la cosmologie du tambour — et Ubuntu — la philosophie des êtres-tambour ou êtres-sons — constituent des dimensions essentielles de cette civilisation africaine.
La fin du XIXᵉ siècle, marquée par la Conférence de Berlin de 1884-1885 et par l’expansion coloniale européenne, représente une rupture historique. Les ambitions territoriales européennes ne firent toutefois pas immédiatement disparaître les institutions traditionnelles africaines : au Burundi comme au Rwanda, les Bami continuèrent d’exercer leur autorité, dans des rapports de force progressivement transformés par la conquête.
Le rôle des puissances occidentales et des institutions missionnaires dans la destruction de l’ordre traditionnel burundais rejoint les réflexions contemporaines (cfr. Etudes Décolonial ) sur la colonialité, entendue comme la persistance, après les indépendances, de certains rapports de domination hérités de la colonisation.
Cette recherche de justice historique s’inscrit également dans un contexte africain et international renouvelé. Le 16 février 2025, l’Union africaine a adopté une décision consacrée à la qualification de l’esclavage, de la déportation et de la colonisation comme crimes contre l’humanité et génocide contre les peuples africains.
Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution A/RES/80/250, déclarant que la traite des Africains réduits en esclavage et leur esclavage racialisé constituent le crime le plus grave contre l’humanité.
Pour le Burundi, le renouvellement de la CVR soulève ainsi un enjeu fondamental : établir les faits, reconnaître les souffrances des victimes et transmettre aux nouvelles générations une histoire documentée, depuis les transformations coloniales jusqu’aux crises politiques et sociales contemporaines.
La réconciliation nationale suppose non seulement de connaître les tragédies du passé, mais aussi de comprendre les transformations historiques qui ont marqué Ingoma y’Uburundi et les Barundi. La période légalement couverte par les enquêtes de la Commission s’étend du 26 février 1885, date de clôture de la Conférence de Berlin, au 4 décembre 2008 en pleine Globalisation Unipolaire Américaine Néolibérale (GUAN).
Dans le monde multipolaire actuel, les travaux de la CVR doivent également contribuer, pour l’Occident, à l’aider à combattre la colonialité, dont la blanchité et le capitalisme. Celle-ci apparaît aujourd’hui comme l’une des origines du fascisme qui a prospéré en Occident à la première moitié du XXᵉ siècle et qui y réapparaît actuellement.
Références historiques —
– Baranyanka Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (L’expression « la Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXe siècle.)
– Chrétien, Jean-Pierre. Gitega, capitale du Burundi : une ville du Far West en Afrique orientale allemande (1912-1916). Paris : Karthala, 2015.
– Gahama, Joseph. Le Burundi sous administration belge. Paris : Karthala, 1983.
– Nahimana Karolero, Pascal. Histoire du Burundi : les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain — Ingoma y’Uburundi. Bruxelles : Génération Afrique, 2024.
– Nahimana Karolero, Pascal. Ingoma : État-tambour. Cosmocratie de l’Ubungoma. Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
– Nahimana Karolero, Pascal. Outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi. Bruxelles : Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
– Nahimana Karolero, Pascal. Ubungoma — cosmologie du tambour ; Ingoma : cosmologie du son. Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
– Nations unies, Assemblée générale. Déclaration relative à la traite des Africains réduits en esclavage et à l’esclavage racialisé des Africains comme crime le plus grave contre l’humanité. Résolution A/RES/80/250, 25 mars 2026.
– Niyongabo, Philippe. Le Tambour sacré et ses secrets multiples. Mémoire, royauté et transmission de l’ingoma du Burundi. Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
– Ntabona, Adrien. L’Ubuntu (humanité réussie) : ses roses et ses épines au Burundi. Bujumbura : Éditions du CRID, 2020.
– Rugurika, Mathias. Repères historiques du Burundi. Tome 1 : De la période précoloniale à l’indépendance, le 1er juillet 1962. 2022.
– Union africaine. Décision sur la qualification de l’esclavage, de la déportation et de la colonisation comme crimes contre l’humanité et génocide contre les peuples africains. Décision Assembly/AU/Dec.934(XXXVIII), 16 février 2025.
Études décoloniales :
– Mignolo, Walter D. Désobéissance épistémique : rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité. Traduit par a.m. [ou préciser le traducteur si besoin]. Bruxelles : P. Lang, 2015. (Note : Vous pouvez également vous référer à ses essais collectifs comme Quijano, Aníbal, et Walter Mignolo. « Colonialidad del poder, eurocentrisme y América Latina. »
– Quijano, Aníbal. « Colonialidad del poder, eurocentrisme y América Latina ». Dans Cuestiones y horizontes: de la dependencia histórico-estructural a la colonialidad/descolonialidad del poder, édité par Edgardo Lander, 533–573. Buenos Aires : CLACSO, 2014.
– Grosfoguel, Ramón. Las colonialidades del poder y del saber en América Latina: Descolonización del saber y de la vida. Bogotá: Universidad Central, 2007.
– Kentey Pini-Pini Nsasay. Tribunal de l’histoire africaine. Tome 1, Réquisitoire contre l’Europe christianisée, en hommage à E. D. Morel (1873-1924/2024). Collection Historiographie du monde contemporain. Douala : Éditions Cheikh Anta Diop (Edi-CAD), 2024.
———. Tribunal de l’histoire africaine. Tome 2, L’hérésie d’être noir ; la papauté, son Europe et l’hécatombe Bato/Ba-Indo. Paris : Renaissance Nubienne Éditions / Éditions Dagan, 2025.
– Kapoor, Dip, dir. Contesting Colonial Capitalism in the Americas, Africa, and Asia. Abingdon : Routledge, 2025.
– Sala-Molins, Louis. Le Code noir ou le calvaire de Canaan. Paris : Presses Universitaires de France, 1987.
– Françoise Vergès, Le Ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme, Albin Michel, 2017.
– Ajari, Norman. Technofascisme : le nouveau rêve de la suprématie blanche. Bruxelles : Météores éditions, 2026
Sources : Nahimana P. , BDIAGNEWS | burundi-agnews.org | 26/10/2026 | Photo : Sénat du Burundi / Inama Nkenguzamateka | Actualité : Sénat du Burundi, communication officielle du 26 octobre 2026 ; présidence de la République du Burundi, décret n° 100/160 du 20 octobre 2026 ; loi n° 1/11 du 28 mai 2024.