Burundi : 29 avril 1972 — Régicide, Génocide Hutu : Destruction totale d’Ingoma y’Uburundi et de l’Ubumu

GENOCIDE, REGICIDE

Mémoire historique : génocide, régicide et effacement de la civilisation millénaire du Tambour.

Le 29 avril 1972 marque l’une des pages les plus sombres de l’histoire du Burundi. Ce jour-là, Ingoma y’Uburundi — l’État traditionnel des Barundi — est anéantie. Le jeune Mwami Ntare Ndizeye est assassiné, et la République s’installe sur les ruines d’un ordre millénaire. Avec lui disparaissent également l’Ubumu, le système socio-économique traditionnel des Barundi, remplacé par l’économie de marché capitaliste. Le bilan humain est vertigineux : 500 000 Hutu massacrés, 1 million de réfugiés Hutu — soit près d’un habitant sur deux dans un pays qui ne comptait alors que 2,9 millions d’âmes. C’est toute la Civilisation du Tambour qui disparaît.

Ce bouleversement ne survient pas dans le vide. Il est l’aboutissement d’un long processus colonial entamé dès le 19 ème siècle. Ce que les historiens burundais nomment « la Croix et la Bannière » désigne l’alliance entre le Vatican et les puissances occidentales — France, Belgique, Allemagne, Angleterre, États-Unis — ligués contre l’ordre traditionnel burundais. Dès 1911, Hans Meyer introduit l’un des outils fabriqué les plus destructeurs de la colonialité : l’ « outil racisme géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu – Tutsi ». Au Rwanda comme au Burundi, ces deux termes désignaient à l’origine des statuts sociaux : Hutu pour les travailleurs barundi ( les producteurs de ressources nécessaires à satisfaire les besoins de tous), Tutsi pour les fonctionnaires d’état, soit les gestionnaires justes d’Ingoma . La colonisation en fera des ethnies rivales, semant les graines de futures tragédies. Dès les années 1920, les monocultures imposées provoquent des famines, tandis que les BanyamabangaKanyarufunso, Inamujandi et d’autres — résistent en vain au démantèlement de l’Ubumu.

La destruction ne s’arrête pas à l’économique et au politique. En 1929, le Vatican orchestre la conversion forcée de Ruburisoni, la femme Tambour Sacré Karyenda, âme spirituelle des Barundi. Le Palais de Buryenda tombe en désuétude ; avec lui s’éteignent Karyenda et l’Ubungoma, la cosmologie du Tambour et la spiritualité d’Ubuntu qui fondaient l’identité profonde des Barundi. C’est l’avènement du Christianisme

Ces événements, longtemps relégués aux marges de la mémoire mondiale, font aujourd’hui l’objet d’une reconnaissance institutionnelle croissante. En février 2025, l’Union africaine a officiellement qualifié l’esclavage et la colonisation de crimes contre l’humanité. En mars 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution historique dans le même sens. Fort de ce contexte, les Barundi demandent à l’État du Burundi de reconnaître formellement le régicide et le génocide de 1972 — un pas indispensable sur le chemin d’une justice historique trop longtemps différée.

Références :

Colonialité et impérialisme occidental — En février 2025, l’Union africaine (UA) a officiellement qualifié l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide contre les peuples africains. Cette décision, adoptée le 16 février 2025 lors de la 38e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, marque un tournant décisif dans la quête de justice historique pour le continent. Le 25 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté à son tour une résolution historique, qualifiant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé de « crimes les plus graves contre l’humanité ».

Baranyanka Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (« La Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France – notamment via les Pères Blancs de Lavigerie –, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXᵉ siècle.)
Kentey Pini-Pini Nsasay, – La mission civilisatrice au Congo – Réduire des espaces de vie en prison et en enfer- ,Afric’Avenir, 2012
– Kentey Pini-Pini Nsasay, – Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale, Tome I – Procès du christianisme meurtier-,Afric’Avenir, 2017
– Kentey Pini-Pini Nsasay, – Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale, Tome II – La guerre permanente en Afrique – , Afric’Avenir, 2018
– Kentey Pini-Pini Nsasay, – Enlevez-moi le mental de ces Nègres-là ! Convertissez-les – , Afric’Avenir, 2018
– Kentey Pini-Pini Nsasay, – L’Afrique est en danger. Mobilisons-nous contre la traite et l’esclavage perpétuels ! : suivi du Manifeste de la renaissance africaine – , Afric’Avenir, 2018
– Kentey Pini-Pini Nsasay, – Tribunal de l’Histoire Africaine. Tome 1 : Réquisitoire contre l’Europe christianisée, en hommage à E.D. Morel (1873–1924/2024), Collection Historiographie du Monde Contemporain, Éditions Cheikh Anta Diop (Edi-CAD), Douala, 2024.
Rugurika Mathias, Repères historiques du Burundi : Tome 1 : de la période précoloniale à l’indépendance, le 1er juillet 1962. 2022.
Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Bruxelles, Génération Afrique, 2024.
– Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Bruxelles, Génération Afrique, 2025.
– Nahimana Karolero Pascal, Burundi : La diaspora burundaise – Du monde, de Belgique et d’ailleurs – Histoire, trajectoires et ancrage, Bruxelles, Génération Afrique, 2025.
Kubwayo Félix, La lente reconnaissance du génocide de 1972 contre les Hutu du Burundi, Bruxelles, 2025.
– Kubwayo Félix, Mémorandum sur les massacres répétitifs des Hutu du Burundi de l’indépendance à 1992 : Appel à la conscience mondiale, Bruxelles, 2025.
Ntibantunganya Sylvestre, Histoire d’un génocide occulté : Le génocide des Bahutu du Burundi de 1972-1973, Bruxelles : Sigumugani, 2025.
Niyongabo Philippe, Les phares étouffés dans le brouillard de la haine, Bruxelles, Éd. Sigumugani, 2026.
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– Nzeyimana Frédéric, Burundi : Génocide des Bahutu par la dynastie des Batutsi Bahima Nazis: Une analyse anthropologique des mensonges de l’histoire et des origines rwandaises du génocide contre les Bahutu du Burundi, Montréal, Éd. Sigumugani, 2025
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Harerimana Eric-Innocent, Umurundi, une identité inclusive, Éd. Iwacu, Bruxelles, 2025.

Sources : Nahimana P. , burundi-agnews.org, Mercredi 29 avril 2026| Photo : BdiAgnews

 

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