Hutu, Tutsi : deux titres sociaux transformés en armes géopolitiques pour la Colonialité par la Colonisation.
Gitega, 5 juin 2026 – La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a appelé les responsables de l’Église de Pentecôte au Burundi à renforcer leur engagement en faveur du pardon, de la réconciliation et de la cohésion sociale, lors d’un atelier tenu le 5 juin 2026 à Gitega à l’intention des dirigeants de cette confession religieuse. Cette rencontre visait à présenter les résultats des enquêtes de la CVR et à échanger sur le rôle des communautés religieuses dans la promotion de la réconciliation et d’une paix durable au Burundi.
Le commissaire de la CVR, Mgr Kimararungu Joseph Aimé, a souligné que la demande et l’octroi du pardon constituent des valeurs essentielles pour guérir les blessures du passé et consolider l’unité nationale.
L’« outil raciste géopolitique colonial du conflit interethnique Hutu-Tutsi », mis en place dès 1911 par Hans Meyer au service de « la Croix et la Bannière », aurait été utilisé en 1972 lors du « génocide contre les Hutu du Burundi », puis durant «la guerre civile burundaise de 1993 à 2003», notamment à travers les «camps de concentration du Burundi de 1996 à 2002» .
Les Hutu étaient les producteurs des ressources nécessaires à la satisfaction des besoins de l’ensemble de tous les miryango des Barundi dans le système socio-économique traditionnel appelé Ubumu — la chose de la femme Tambour « Mu », soit Mukakaryenda — tandis que les Tutsi désignaient les fonctionnaires de l’« État-Tambour » (Ingoma), institution politique des Barundi chargée d’assurer la gestion juste de l’Ubumu. Ces deux titres sociaux, Hutu et Tutsi, ont été transformées par cet outil raciste colonial en identités ethniques, puis inscrites comme telles dans les constitutions burundaises depuis l’Accord d’Arusha de 2000.
C’est de cette transformation coloniale que découle la conflictualité récurrente observée au Burundi depuis la colonisation. Cette situation est l’une des manifestations de la colonialité au Burundi et au Rwanda.
Références :
— Baranyanka, C. (2015). Le Burundi face à la Croix et à la Bannière. Bruxelles. (« La Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment à travers les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXe siècle.)
— En février 2025, l’Union africaine (UA) a officiellement qualifié l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide contre les peuples africains. Cette décision, adoptée le 16 février lors de la 38e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, marque un tournant dans la quête de justice historique pour le continent.
— Nahimana Karolero, P. (2025). Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité. Bruxelles : Génération Afrique.
— Nahimana Karolero, P. (2024). Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain — Ingoma y’Uburundi. Bruxelles : Génération Afrique.
— Nahimana Karolero, P. (2026). Histoire des imiryango : Les Bajiji — Abajiji, Bajiji, Wajiji, Jiji : Du Burundi au Mwene Mwezi : À l’origine de l’Ubungoma, d’Ingoma et de l’Ubumu : Cosmologie, État et système socio-économique du tambour sacré. Bruxelles : Génération Afrique.
— Mbonyingingo, L. (2025). L’Épouse du tambour. Montréal.
— Nahimana Karolero, P. (2024). La Guerre civile du Burundi (1993-2003). Face à la globalisation unipolaire américaine néolibérale. Bruxelles : Génération Afrique.
— Nahimana Karolero, P. (2025). Camps de concentration du Burundi (1996-2002) : Les oubliés des collines — Mémoires d’un peuple enchaîné. Bruxelles : Génération Afrique.
Source : Nahimana P. : burundi-agnews.org | Samedi 6 juin 2026 | Photo : Province de Gitega.