L’empereur nu de la CFCIB : crédits toxiques, paradis fiscaux et forfaiture — Olivier Suguru, l’homme qui se graciait lui-même

Député, patron des industriels, ex‑PCA de l’ADB et de l’OBR, secrétaire général de SAVONOR, vice-Président du comité de pilotage du Projet pour l’Emploi et la Transformation Économique (PRETE-NYUNGANIRA) : Olivier Suguru a longtemps joué les caméléons du pouvoir. Mais les masques tombent. Crédit impayé de 120 milliards, inscription sur la liste noire de la BRB, bras droit incarcéré, et désormais une révélation qui tue : à la tête de l’Office burundais des recettes, il s’accordait à lui‑même des exonérations fiscales abusives pour sa propre société SAVONOR. Quiscustodietipsos custodes ? Burundi Forum passe à l’acte suivant et conseille : arrêtez l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.

Gradatimvincimus. C’est pas à pas que l’on gagne. Depuis plusieurs mois, notre rédaction applique cette maxime latine en démontant, pierre par pierre, l’édifice tentaculaire de l’Honorable Olivier Suguru. Ce parlementaire au CV hors norme, cumulard invétéré dont nous avons maintes fois décrit la soif d’influence, voit enfin ses certitudes vaciller. L’heure n’est plus aux supputations ; elle est au bilan.

Après une longue période de silence stratégique que nous avons volontairement observée (reculer pour mieux sauter)Burundi Forum rouvre le dossier Suguru. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’hydre aux mille têtes a fini par recevoir ses premiers coups de boutoir.

Un homme aux mille casquettes, ou le parfait exemple du « trop, c’est trop »

Avant d’entrer dans le vif du sujet, arrêtons-nous un instant sur ce paradoxe qui ferait bondir n’importe quel manuel de bonne gouvernance. Rappelons au lecteur le CV ahurissant de celui qui se rêvait en homme-orchestre du Burundi : parlementaire réélu pour la législature 2025‑2030, président du Conseil d’administration de la Chambre fédérale du commerce et de l’industrie du Burundi (CFCIB), patron de l’Association des industriels du Burundi (AIB), vice-président du comité de pilotage du projet PRETE‑NYUNGANIRA (un projet de 100 millions de dollars de la Banque mondiale), et secrétaire général de la société privée SAVONOR depuis 2012. Jusqu’à il y a quelques mois, l’Honorable Suguru cumulait encore deux autres postes vitaux : la présidence du Conseil d’administration de l’Agence de développement du Burundi (ADB) et celle, déjà historiquement sensible, de l’Office burundais des recettes (OBR).

Mais posons la question qui fâche : comment un parlementaire, dont la fonction première inscrite dans la Constitution et dans l’éthique républicaine est de contrôler l’action du gouvernement et les deniers publics, peut-il en même temps siéger à l’intérieur même des organes de pilotage des projets qu’il est censé surveiller ? En clair : qui contrôle le contrôleur ? Judex in propria causa – juge et partie. Voilà exactement ce qu’est devenu Olivier Suguru. Il vote les lois budgétaires à l’Assemblée, puis il s’assoit autour de la table où l’on distribue les subventions et les marchés. Il est censé assurer le contrôle de l’action gouvernementale, mais il fait partie de l’action gouvernementale. C’est comme si le gardien de la prison choisissait lui-même les permissions de sortie. Quiscustodietipsos custodes ? Personne, et c’est bien là tout le problème.

Nous ne faisons pas ici de procès d’intention : nous constatons un fait institutionnel gravissime. Un cumul aussi vertigineux n’est pas une preuve de compétence ; c’est un aveu de confusion des genres. Et quand on ajoute à ce tableau les crédits toxiques, les exonérations fiscales abusives chez SAVONOR, la liste noire de la BRB et les paradis fiscaux, on ne peut plus parler d’une simple maladresse.

Le projet PRETE‑NYUNGANIRA, censé créer 22 000 emplois et sortir des milliers de MPME de la précarité, mérite mieux qu’un vice-président de comité de pilotage dont l’intégrité financière est mise en doute jusque dans les chancelleries occidentales et africaines. Errare humanum est, sedperseverarediabolicum. Nous en appelons donc aux autorités de tutelle et aux partenaires internationaux : exigez la démission ou le retrait pur et simple de l’Honorable Suguru de tout comité de pilotage de projet public. Non par haine, mais par amour de la transparence, cette denrée rare qui, une fois épuisée, ne se négocie plus.

Mais c’est précisément ce dernier mandat qui révèle aujourd’hui le degré absolu de la forfaiture. Nos enquêtes complémentaires, recoupées avec des sources internes à l’administration fiscale, établissent un fait aussi simple qu’accablant : durant son mandat de PCA de l’OBR, Olivier Suguru a fait bénéficier la société SAVONOR dont il est, ne l’oublions pas, le secrétaire général d’exonérations fiscales massives et manifestement abusives. Judex in propria causa : il était à la fois juge et partie. L’homme qui présidait aux destinées de la régie fiscale burundaise s’accordait à lui‑même des cadeaux déguisés, rognant ainsi les recettes publiques pour mieux engraisser sa propre entreprise. Une pratique que nos confrères du fisc qualifient, en privé, de « conflit d’intérêts vertical ». Nous, nous l’appelons par son nom : un détournement institutionnel. Quand le gardien du trousseau se transforme en voleur, ce n’est plus un scandale, c’est un cataclysme.

C’est précisément ce cumul que nous avions dénoncé dès l’Acte I de notre série. Dans un article du 24 mai 2022, nous mettions déjà en garde contre « une multitude de fonctions, créant des conflits d’intérêts ». Ce qui n’était alors qu’un avertissement est devenu, au fil des actes suivants, une certitude : Olivier Suguru n’a jamais été un simple député-entrepreneur. Il est l’archétype de « l’élite délinquante » qui, sous le masque de la respectabilité, sape les fondations de la confiance publique.

Acte VIII : le crédit toxique de 120 milliards et la « liste noire » de la BRB

Dans l’Acte VIII, intitulé « SUGURU et la BANCOBU : Un crédit de 120 milliards de francs burundais sans garanties fait tache d’huile », nous avions révélé l’existence d’un montage financier aussi audacieux que prédateur. Un prêt colossal, accordé sans garanties substantielles à des sociétés liées à Suguru, avec la complaisance d’une gouvernance bancaire népotiste. Nous écrivions alors : « Une collusion entre pouvoir politique, finance et entreprise qui risque, si rien n’est fait en urgence, de saigner l’économie nationale. »

Ces lignes, certains les ont lues avec attention, notamment au sommet de l’État. Selon des informations concordantes recueillies par notre rédaction, les plus hautes autorités ont saisi la Banque de la République du Burundi (BRB) d’une demande d’investigation approfondie sur ce dossier. La BRB aurait dès lors établi une liste des commerçants et opérateurs économiques défaillants vis-à-vis du système bancaire — une blacklist dont les dix premiers noms incluraient celui d’Olivier Suguru.

Nous tenons ici à saluer la réactivité des autorités burundaises : prendre au sérieux cette menace n’était pas une option, c’était une nécessité. Salus populi supremalex : le salut du peuple est la loi suprême. Nous demandons que cette liste de défaillants soit rendue publique pour que l’État envoie un signal clair : nul n’est au-dessus des règles.

Le mystère des actifs introuvables et le bras droit interpellé

Nos investigations révèlent un autre paradoxe, plus troublant encore. Malgré des crédits qui se comptent en centaines de milliards et des postes à responsabilité censés générer revenus et visibilité, Olivier Suguru posséderait très peu d’actif immobilier conséquent au Burundi. Un analyste financier, que nous avons interrogé sous le sceau de l’anonymat, avance une hypothèse : « M. Suguru a très probablement logé ses avoirs dans des paradis fiscaux. Dubaï, Maldives, Singapour. Des juridictions où il est malaisé, voire impossible, de remonter la trace de l’argent. »

Ce silence patrimonial interroge d’autant plus que son bras droit, un certain Wakenya, a récemment été interpellé et placé sous mandat de dépôt. Cet homme, également président de la Fédération de basket-ball du Burundi, était l’un des rouages essentiels du dispositif Suguru. Beaucoup espèrent désormais que l’interpellation de Wakenya n’est que la première pierre d’un édifice judiciaire qui finira par atteindre le commanditaire. « C’est une question de temps avant que Suguru ne rende des comptes à son tour », nous confie un proche du dossier. Nous partageons cet espoir, mais nous appelons les autorités à accélérer le tempo. Tempus fugit, aeternitas manet. Le temps fuit, l’éternité demeure.

L’incompréhension des diplomates et le poison de l’image

Sur le plan diplomatique, l’incompréhension est désormais à son comble. Un diplomate africain en poste à Bujumbura nous a confié, non sans une certaine émotion : « La communauté diplomatique ne comprend toujours pas d’où M. Suguru tire son pouvoir. Avoir un défaillant à la tête de la CFCIB, c’est incompréhensible. Votre pays mérite mieux. Cet individu est en train de saigner votre économie. Il faut agir vite pour arrêter l’hémorragie. »

Même son de cloche du côté des délégations européennes. Un diplomate européen, sous couvert d’anonymat, s’étonne qu’Olivier Suguru continue de fréquenter les cercles du pouvoir alors même que ces révélations scandaleuses s’accumulent. Il nous a glissé : « Les autorités burundaises devraient prendre leurs distances. La Bible est claire à ce sujet. » Et de citer spontanément le verset de la Première Épître aux Corinthiens : « Ne vous y trompez pas : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Corinthiens 15, 33). L’admonestation est cinglante : à force de frayer avec un homme empêtré dans des scandales financiers, le pouvoir finit par se brûler les ailes et par ternir irrémédiablement sa réputation.

Le Think Tank du CNDD‑FDD : une erreur à rectifier d’urgence

Nous en venons à un point qui nous glace le sang. Alors que notre parti, le CNDD‑FDD, mettait en place un Think Tank chargé de définir les objectifs de développement quinquennaux et d’en assurer le suivi-évaluation à l’aune de la Vision Burundi 2040‑2060, quel nom avons-nous découvert parmi ces « penseurs et scientifiques » ? Celui d’Olivier Suguru, le même Olivier Suguru dont nous dénonçons depuis des mois la prédation économique. On se demande alors si l’Honorable député a été convié à cette enceinte de réflexion pour y apporter l’expertise de la défaillance, à moins qu’il ne s’agisse d’un oubli administratif, d’une coquille dans la liste ?

Errare humanum est, sedperseverarediabolicum. Se tromper est humain, persévérer dans l’erreur est diabolique. Nous en appelons solennellement à direction de notre cher parti : retirez d’urgence M. Suguru de ce groupe de réflexion. Sa présence seule y jette le discrédit. Un homme qui ne rembourse pas ses dettes, un président d’institution radié de ses mandats pour défaut de transparence, ne saurait incarner la rigueur intellectuelle et morale nécessaire à la construction du Burundi de demain.

De l’Acte I à l’Acte XVI : une chute annoncée sous nos yeux

Retraçons brièvement le chemin parcouru. Dès l’Acte I : ce « Qui est Suguru Olivier ? Au pays des aveugles, le borgne est roi », nous levions un coin du voile. L’Acte VII montrait l’homme d’affaires se muer en communicant numérique pour tenter de démentir l’indéniable. L’Acte VIII établissait la cartographie du crédit toxique de 120 milliards. L’Acte IX « La charité empoisonnée » démontait la stratégie de captation morale par des dons philanthropiques fallacieux. L’Acte X donnait la parole au ministre des Finances, Dr Alain Ndikumana, qui dénonçait les banques au bord de la faillite à cause de crédits sans garanties.

Aujourd’hui, alors que nous écrivons ces lignes, Olivier Suguru a été démis de ses fonctions de PCA de l’ADB et de l’OBR. Sa chute n’est plus hypothétique : elle est en marche. Mais elle n’est pas encore achevée. Car le réseau, cette toile d’influence tentaculaire, continue de respirer. Et cela est inacceptable. Nemo est supra legem : personne n’est au-dessus de la loi. Si la loi n’atteint pas les prédateurs économiques, c’est tout l’édifice de confiance qui s’effondre.

Appel aux autorités : sauvez ce qui peut encore l’être

Les voyants sont au rouge. L’économie burundaise a déjà perdu des centaines de milliards en raison de ces pratiques. Chaque jour qui passe sans que la justice ne frappe un grand coup, c’est un peu plus de l’avenir du pays qui hypothèque.

Nous demandons donc solennellement :

  1. L’ouverture d’une information judiciaire contre Olivier Suguru pour faux, usage de faux, escroquerie, abus de confiance, fraude fiscale et corruption ;
  2. L’audit complet de la BANCOBU et de tous les crédits accordés sans garanties aux sociétés du réseau Suguru ;
  3. La transparence totale sur les avoirs extérieurs présumés de M. Suguru et de ses proches collaborateurs, y compris dans les paradis fiscaux ;
  4. L’exclusion immédiate de M. Suguru du ThinkTank  du CNDD‑FDD appeler à réfléchir sur les questions économiques, afin de préserver la crédibilité intellectuelle et morale de cette instance.
  5. Une enquête parlementaire sur les exonérations fiscales abusives accordées à SAVONOR sous son mandat à l’OBR, avec publication des montants et des bénéficiaires.

Le temps presse. Le dicton burundais le rappelle : « Ikirometerogitangura n’intambweimwe » ou le plus long voyage commence par un premier pas. Les premiers pas ont été faits. Les autorités ont écouté, enquêté, et même dressé une liste de défaillants. C’est bien. Mais l’étape suivante, l’arrestation et le jugement, ne peut plus tarder.

Dum spiro, spero. Tant que je respire, j’espère. Et c’est cet espoir têtu et indéfectible qui nous anime. Espoir qu’enfin, après des années de prédation silencieuse, Olivier Suguru réponde de ses actes. Espoir que la République se montre plus forte que les clans. Espoir que, peut-être, demain, un enfant du pays pourra etre soigné avec des médicaments achetés avec des fonds récupérés des prédateurs financiers.

 

Par Jean Jolès Rurikunzira