L’embellie économique africaine questionnée par la Cnuced
(Le Point 07/07/14)

Pour la Cnuced, la croissance économique du continent va ralentir. Explication : elle est essentiellement “portée par la consommation”.

Si ce n’est pas un coup de tonnerre dans le ciel de l’émerveillement devant les taux de croissance relativement élevés des économies africaines, ça y ressemble. S’exprimant ce jeudi lors du lancement du rapport sur le développement économique en Afrique 2014, le directeur de la division Afrique de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), M. Taffere Tesfachew, a déclaré que ceux-ci n’ont pas eu un effet positif. Pourquoi ? Parce qu’ils sont portés par la consommation de biens et services. Et de préciser : “Nous ne prétendons pas que la croissance tirée par la consommation est mauvaise, mais la répartition largement répandue des revenus devrait encourager la production locale.” A l’appui de son analyse, Taffere Tesfachew met en avant d’abord l’argument selon lequel le secteur manufacturier est en déclin sur le continent, ensuite “le fait que la consommation comptabilise 60 % du produit intérieur brut (PIB)”.
Il faut élargir la base de la croissance aux investissements

Alors que les experts voient dans la forte population du continent une source de croissance économique et un moteur pour les investissements futurs, la Cnuced prévient que s’appuyer sur ​​les consommateurs pour stimuler la croissance pourrait avoir des conséquences plus désastreuses en cas de hausse des cours des matières premières. Ce qui, pour beaucoup d’autres observateurs, pourrait apparaître comme un point positif pour les économies africaines encore largement tributaires des matières premières pour la plupart. “Nous devons élargir la base de la croissance en ajoutant à la consommation une augmentation des investissements, notamment du secteur privé qu’il s”’agit de séduire par des mesures incitatives”, a déclaré en substance Taffere Tesfachew. Et d’ajouter, cité par la Pana, agence panafricaine de presse installée à Dakar : “Pour que les pays favorisent une croissance économique durable et créatrice de davantage d’emplois, il faut lever les principaux obstacles au commerce.” Aux yeux de la Cnuced et de son directeur, il faut jouer sur deux leviers pour une croissance durable et plus pérenne. D’abord, améliorer l’infrastructure publique, les routes, les voies ferrées et les ports. Ensuite, faciliter l’accès au financement pour les entreprises privées.

Cette démarche va dans le sens même du titre du rapport que la Cnuced a intitulé ”Dynamiser l’investissement pour la croissance transformatrice de l’Afrique”. Au-delà des infrastructures et des financements, il exhorte les autorités africaines à investir dans l’amélioration des ressources humaines et dans des entreprises privées avec en toile de fond une plus grande capacité à nouer des relations avec des entreprises étrangères. ”Ce rapport offre un aperçu utile que des pays comme l’Éthiopie peuvent utiliser”, a ainsi déclaré le ministre éthiopien, M. Mekonnen Manyazewal. ”Ce rapport nous a offert des connaissances intellectuelles pour relever les défis actuels”, a-t-il poursuivi. En tout état de cause, aux yeux de la Cnuced, les investissements publics dans les infrastructures mais aussi dans d’autres domaines sont nécessaires pour créer un espace suffisant pour les investissements du secteur privé. Une approche qui remet l’État dans son rôle de “conditionneur” de l’environnement économique. De quoi comprendre que l’organisme onusien recommande que les pays équilibrent les contributions de la consommation et des investissements dans les secteurs de croissance, “car la croissance tirée par la consommation n’est pas durable”.

Malick Diawara