69 articles analysés : plus de 85 000 élèves attendus au Concours national, 36 000 candidats au recrutement d’enseignants et l’inauguration de l’École Socle du Savoir de Matongo témoignent d’un secteur sous tension.
Gitega, 23/07/2026 (BDIAGNEWS) – Le ministre de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique (MENRS) du Burundi est le Professeur Havyarimana François . Pour dresser le bilan de l’éducation au Burundi sur la période allant de janvier 2025 à juin 2026, BDIAGNEWS s’appuie sur l’analyse de 69 articles. Cette thématique ne représente que 4 % de la communication gouvernementale burundaise analysée, ce qui en fait le domaine le moins médiatisé parmi les principales priorités socio-économiques étudiées. Ce faible taux de couverture contraste avec l’importance structurelle du secteur : plus de 85 000 élèves attendus au Concours national 2026, un déficit chronique d’enseignants et la persistance de l’abandon scolaire.
Les examens nationaux et le calendrier scolaire structurent l’agenda éducatif. L’année académique 2025-2026 a été officiellement ouverte à l’ISCAM en juin 2026, tandis que l’année scolaire 2025-2026 avait débuté en septembre 2025 dans un contexte marqué par des difficultés persistantes. Plus de 85 000 élèves étaient attendus au Concours national de 9ème année en mai 2026. À Kiremba, 905 élèves ont affronté les épreuves. Les lycées de Bubanza et de Bukinga se sont fixé l’objectif ambitieux d’un taux de réussite de 100 % à l’Examen d’État. Gitega a remporté cinq coupes lors du championnat interscolaire 2025-2026. Parallèlement, le test de recrutement des enseignants a mobilisé plus de 36 000 candidats à l’échelle nationale en septembre 2025, témoignant de la volonté de répondre au déficit de personnel qui affecte le système.
L’inauguration de l’École Socle du Savoir de Matongo, en septembre 2025, par S.E. le président Ndayishimiye Évariste , Général-Major, constitue l’un des faits marquants de la période. Ce modèle d’école d’excellence vise à offrir un cadre d’apprentissage de qualité. Par ailleurs, six salles de classe ont été inaugurated par le ministre de l’Éducation nationale en février 2025. Dans d’autres localités, 300 bancs-pupitres ont été réceptionnés à Kiremba en mai 2026 et 100 pupitres ont été offerts à l’ECOFO Buhoro, confrontée à la surpopulation scolaire, en novembre 2025. Plus de 300 élèves ont bénéficié d’une aide en matériel scolaire en septembre 2025, tandis que 127 élèves Batwa de Bukemba ont reçu des kits scolaires offerts par l’association Merankabandi. Sur le plan de la coopération internationale, 30 boursiers burundais ont été préparés avant leur départ pour la Chine en septembre 2025.
L’abandon scolaire demeure un défi majeur : 51 cas ont été enregistrés au cours du premier trimestre 2025, tandis que la persistance du phénomène a suscité des appels répétés à l’implication de tous les acteurs. Les violences sexuelles en milieu scolaire affectent également les conditions d’apprentissage, conduisant les autorités à interpeller les parents et les communautés. Les écoles de la province de Buhumuza font face à un manque important de bancs-pupitres, tandis que la province aurait besoin de plus de 2 600 enseignants supplémentaires. L’Université du Burundi est, quant à elle, confrontée à des difficultés de logement et d’appui financier pour certains étudiants en Master. D’autres événements ont marqué la période : le Petit Séminaire de Mugera a célébré son centenaire en février 2026 et le Grand Séminaire Saint-Pierre-Claver de Burasira son jubilé de diamant. Bujumbura a été désignée Capitale de la jeunesse africaine en décembre 2025, tandis que plus de 900 étudiants étaient annoncés au concours Carrière Boost en juin 2026.
Au terme de ces 18 mois, le bilan éducatif dessine un Burundi où les efforts en faveur de l’accès à l’éducation et de l’amélioration des infrastructures se poursuivent, mais où les acquis restent fragiles. L’inauguration de l’École Socle du Savoir et le recrutement à grande échelle d’enseignants traduisent des engagements importants. Toutefois, l’abandon scolaire, le déficit de personnel, l’insuffisance des infrastructures et les violences sexuelles en milieu scolaire témoignent de défis structurels persistants. Le faible taux de couverture médiatique consacré à l’éducation dans le corpus analysé — 4 % — contraste avec le rôle stratégique du secteur dans la réalisation de la Vision Burundi, pays émergent en 2040 et pays développé en 2060. Pour atteindre ces objectifs, l’éducation apparaît comme l’un des investissements fondamentaux pour l’avenir du pays.
Suite à une demande de « la Croix et la Bannière », un génocide a lieu au Burundi en 1972-1973 à l’encontre des Hutu. Les Hutu constituent le pilier de l’Ubumu, la « chose » de Mu Mukakaryenda — la Femme Tambour, divinité suprême des Barundi, dont Imana est la continuité dans notre monde manifesté, selon l’Ubungoma des Barundi (la cosmologie du Tambour), à l’origine de la Civilisation du Tambour. L’Ubumu recèle la planification socio-économique traditionnelle des Barundi. Le système traditionnel de transmission des connaissances (le système éducatif burundais) participait au fonctionnement de l’Ubumu et le nourrissait.
Le génocide de 1972-1973 contre les Hutu du Burundi s’est traduit par le massacre de 500 000 Barundi Hutu et le déplacement de 1 million de réfugiés, sur une population qui comptait alors 2,9 millions d’habitants. Cet événement tragique a profondément bouleversé la société burundaise, ses élites, son système éducatif ainsi que son organisation socio-économique et intellectuelle. Cette rupture forcée s’inscrit dans une histoire plus longue de la colonialité et de la destruction des institutions traditionnelles.
Par ailleurs, ce drame a favorisé la mise en place d’une économie de marché capitaliste — héritière de la colonisation entamée au XVème siècle avec la bulle papale de Nicolas V — appuyée notamment par des coopérants occidentaux. Ainsi, depuis 1972-1973, le système éducatif burundais nourrit un modèle économique de marché exogène aux Barundi.
Cette évolution pose aujourd’hui la question de l’adéquation entre le système éducatif et les besoins socio-économiques réels du pays. Les diplômés se voient souvent contraints de quitter le Burundi pour rejoindre des marchés du travail correspondant à leur formation. Cette fuite des compétences vers l’étranger alimente un exode des cerveaux burundais qui s’est accéléré depuis 2020.
Entre 2005 et 2020, sous l’impulsion du CNDD-FDD, le Burundi a cherché à renouer avec la tradition nationale de planification rapprochée de l’Ubumu. Depuis 2020, l’orientation du modèle socio-économique burundais oscille vers une intégration dans l’économie mondiale ou dans la globalisation. L’enjeu majeur pour l’éducation demeure de former les nouvelles générations tout en répondant de manière concrète aux besoins économiques, sociaux, scientifiques et culturels du Burundi.
Références
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Baranyanka, Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (Note : « La Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXᵉ siècle).
- Pini-Pini, Nsasay, Tribunal de l’Histoire africaine, Tome 1 : Réquisitoire contre l’Europe christianisée, en hommage à E. D. Morel (1873-1924/2024), Collection Historiographie du Monde contemporain, Douala, Éditions Cheikh Anta Diop (Edi-CAD), 2024.
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Nahimana Karolero, Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Bruxelles, Génération Afrique, 2025.
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Nahimana Karolero, Pascal, Burundi : La diaspora burundaise : Du monde, de Belgique et d’ailleurs — Histoire, trajectoires et ancrage, Bruxelles, Génération Afrique, 2025.
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Nahimana Karolero, Pascal, Histoire des imiryango : Les Bajiji — Abajiji, Bajiji, Wajiji, Jiji : Du Burundi au Mwene Mwezi : À l’origine de l’Ubungoma, d’Ingoma et de l’Ubumu, Bruxelles, Génération Afrique, 2026.
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Ntibantunganya, Sylvestre, Histoire d’un génocide occulté : Le génocide des Bahutu du Burundi de 1972-1973, Bruxelles, Sigumugani, 2025.
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Kubwayo, Félix, La lente reconnaissance du génocide de 1972 contre les Hutu du Burundi, Bruxelles, 2025.
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Kubwayo, Félix, Mémorandum sur les massacres répétitifs des Hutu du Burundi de l’indépendance à 1992 : Appel à la conscience mondiale, Bruxelles, 2025.
Sources : Nahimana P. | burundi-agnews.org | jeudi 23 juillet 2026 | Photo : BDIAGNEWS