Le ministère de la jeunesse, des sports et de la culture en collaboration avec le programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes et l’université du Burundi ont organisé le mardi 10 mars 2026 à Bujumbura, une séance de vulgarisation des résultats d’un travail de recherche sur les entraves anthropologiques à l’entrepreneuriat des femmes burundaise.
Cette étude, réalisée en septembre 2025 a montré que le manque de confiance en soi, la peur de l’échec, l’insuffisance de soutien familial et mental, la charge des travaux ménagers, le manque de moyens matériels, la crainte de l’emprunt, les contraintes familiales et le déficit de compétences sont certains des principaux obstacles qui entravent l’élan entrepreneurial des femmes burundaises.
Un déséquilibre persistant dans l’accès aux financements
À l’origine de cette étude, un constat frappant, partagé par Désiré Manirakiza, coordinateur national du PAEEJ. « Lors de l’évaluation de notre rapport quinquennal, nous avons observé que sur environ 4 000 projets financés, seuls 15 % étaient portés par des femmes». Il a ajouté : « Nous avons déployé des efforts considérables pour encourager les jeunes filles à participer équitablement à la création d’entreprises, mais les résultats n’ont pas été à la hauteur de nos attentes. »
M. Manirakiza a également souligné le paradoxe observé dans un concours dédié exclusivement aux femmes. « Au lancement, nous avons enregistré de nombreuses inscriptions. Mais avec le temps, nous assistons à une érosion constante du nombre de participantes. » C’est pour comprendre le nœud du problème que le PAEEJ a commandité cette étude socio-anthropologique. L’objectif est de construire une société future fondée sur le principe de la parité.
«Si nous voulons bâtir la société que nous appelons de nos vœux, celle décrite pour 2040 et 2060, une société avancée et développée, nous devons agir dès maintenant. À défaut, cette société risque d’avoir un sexe, fondamentalement masculin », a-t-il averti, soulignant l’urgence d’une action corrective.
Quand la tradition devient un frein au développement
Prenant la parole, Phocas Mpezindagano, assistant du Ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, a rappelé la richesse culturelle immense du Burundi. « Nos traditions, nos valeurs et nos croyances constituent un patrimoine précieux qui forge notre identité et renforce la cohésion sociale. » Il a cependant nuancé : « Il est tout aussi important de reconnaître que certaines pratiques et perceptions héritées du passé peuvent, dans le contexte actuel, constituer un obstacle au développement socio-économique, en particulier pour les jeunes et les femmes. »
Dans un pays où la jeunesse est majoritaire, l’entrepreneuriat est un levier essentiel pour la création d’emplois, la réduction de la pauvreté et la transformation économique. Selon lui, les résultats de cette recherche constituent un outil précieux. Ils devront servir à orienter les politiques publiques, à sensibiliser les communautés et à promouvoir les changements nécessaires pour lever ces freins.
L’étude, d’envergure nationale, a été réalisée auprès d’un échantillon de 3 250 personnes à travers tout le Burundi, dont 885 hommes et 2 365 femmes, permettant ainsi de recueillir une parole représentative sur ce phénomène complexe.
Par Irambona Elvis






