Article N° 1 : 2027 ne doit pas être seulement une élection: quel Burundi voulons-nous transmettre?
Réfléchir au pouvoir, c’est aussi réfléchir à ce qu’il doit laisser après lui.
Le Burundi entrera en 2027 dans une séquence électorale importante. La Commission électorale nationale indépendante a fixé le premier tour de l’élection présidentielle au 3 mai 2027. Mais une présidentielle ne devrait pas être réduite à la conquête du pouvoir, à la compétition des personnes ou à la seule mécanique du scrutin. Elle peut aussi devenir un moment de réflexion collective : quel pays voulons-nous transmettre aux enfants qui naissent aujourd’hui, aux jeunes qui cherchent leur place, aux producteurs qui travaillent, aux entrepreneurs qui prennent des risques et aux générations qui gouverneront après nous ?
- Le vrai débat commence après la question : « Qui va gagner ? »
À l’approche d’une élection, il est naturel que l’attention se porte sur les candidatures, les alliances, les discours et les stratégies. Pourtant, pour un pays qui aspire à transformer durablement les conditions de vie de sa population, une autre série de questions mérite la même place : que produire davantage ? Que transformer sur place ? Comment créer des emplois productifs ? Comment donner aux jeunes des compétences qui rencontrent les besoins réels de l’économie ? Comment financer les entreprises, sécuriser l’investissement, développer l’énergie, améliorer la logistique et conquérir des marchés ?
Ces interrogations ne désignent aucun camp et ne condamnent aucun bilan. Elles s’adressent de la même manière à toute personne qui aspire à exercer les plus hautes responsabilités de l’État. Elles s’adressent aussi aux électeurs. Un programme présidentiel ne gagne pas en solidité parce qu’il promet beaucoup, mais parce qu’il explique clairement les priorités, les moyens, le calendrier et les résultats attendus.
La politique se mesure souvent au prochain rendez-vous électoral ; la responsabilité d’État se mesure aussi à ce qui restera lorsque le mandat sera terminé. Une route bien entretenue, une centrale électrique fiable, une école technique efficace, une entreprise qui grandit, une filière agricole qui transforme localement, une administration prévisible : voilà des héritages qui dépassent les mandats et profitent à plusieurs générations.
- Le Burundi ne part pas de zéro : retrouver notre mémoire productive
Pour penser l’avenir, il est utile de regarder plus loin que les dernières décennies. Le Burundi ancien connaissait déjà une économie de savoir-faire. La métallurgie du fer, la poterie, la vannerie, l’agriculture, l’élevage et d’autres métiers artisanaux montrent une société qui ne se contentait pas de recevoir la matière telle que la nature la donnait : elle la travaillait, l’adaptait, la transformait et lui donnait une utilité.
Il ne s’agit pas d’idéaliser le passé ni de confondre l’artisanat ancien avec l’industrie contemporaine. L’enseignement est ailleurs : nos ancêtres avaient compris un principe économique qui reste moderne. Une ressource ne devient pleinement richesse que lorsqu’elle rencontre le savoir, le travail, l’organisation et la technique. Le minerai n’est pas encore un outil. La récolte n’est pas encore un produit conservé, conditionné ou exportable. La matière première n’est pas encore la valeur ajoutée.
Retrouver cette mémoire productive n’est donc pas un exercice de nostalgie. C’est rétablir une continuité : le Burundi peut construire sa modernité en s’appuyant sur une culture du travail, de la transformation et de l’utilité. Le développement n’est pas seulement ce que l’on importe, ce que l’on finance ou ce que l’on annonce. Il est d’abord ce qu’une société devient capable de produire durablement par elle-même, tout en coopérant intelligemment avec le reste du monde.
- Passer des potentialités aux capacités
Le Burundi parle depuis longtemps de ses potentialités : terres agricoles, ressources naturelles, position régionale, jeunesse, diaspora, savoir-faire et esprit d’initiative. Mais une potentialité ne nourrit pas automatiquement une population et ne crée pas spontanément un emploi. Elle doit être transformée en capacité productive.
Une capacité, c’est une entreprise qui peut produire régulièrement et avec qualité. C’est une coopérative qui sait conserver, transformer et vendre. C’est une école qui forme un technicien dont l’économie a besoin. C’est une banque qui sait évaluer et financer un projet productif. C’est une énergie disponible qui permet à un atelier ou à une usine de travailler sans interruption. C’est une administration qui fixe des règles compréhensibles et les applique de manière prévisible. C’est enfin un marché où le produit burundais peut convaincre par sa qualité, sa régularité et son prix.
La Vision Burundi 2040-2060 fixe déjà une ambition nationale de long terme : devenir un pays émergent en 2040 et développé en 2060. Son cadre met notamment l’accent sur la transformation structurelle de l’économie, l’efficacité économique, l’équité sociale et une gestion axée sur les résultats. L’élection de 2027 peut donc être l’occasion de demander comment les différentes propositions publiques entendent transformer cette ambition en capacités concrètes, mesurables et durables.
4.Les questions que tout projet de gouvernement devrait pouvoir affronter
Sans noter les candidats, sans les classer et sans présumer de leurs intentions, le débat public peut devenir plus exigeant en posant à chacun les mêmes questions :
- Quelles productions nationales doivent être renforcées en priorité, et pourquoi ?
- Quelles ressources seront transformées localement afin de retenir davantage de valeur et d’emplois ?
- Comment garantir l’énergie, le transport, le financement et les compétences nécessaires à cette transformation ?
- Quelle place sera donnée aux jeunes, aux femmes, aux PME, aux coopératives, aux agriculteurs, aux artisans et aux entrepreneurs ?
- Comment l’État soutiendra-t-il la production sans étouffer l’initiative privée ?
- Quels marchés le Burundi veut-il mieux servir : marché intérieur, sous-région, continent, exportation spécialisée ?
- Quels indicateurs permettront aux citoyens de vérifier les résultats : emplois, production, exportations, revenus, énergie disponible, entreprises créées ou croissance de la transformation locale ?
Ces questions ne remplacent pas le débat démocratique ; elles lui donnent une colonne vertébrale économique. Elles permettent de déplacer l’attention des slogans vers les choix, des intentions vers les moyens, et des promesses vers les résultats attendus.
- L’électeur n’est pas seulement un arbitre de personnes
L’électeur n’a pas besoin qu’on pense à sa place. Il a surtout besoin d’informations, de propositions compréhensibles et d’engagements qu’il pourra suivre dans le temps. Dans un débat centré sur le développement économique, sa question n’est pas seulement « qui parle le mieux ? », mais aussi : « quelle transformation concrète est proposée, avec quels moyens et comment pourrai-je en mesurer les résultats ? »
Cette exigence vaut pour tous les candidats de la même manière. Elle ne suppose ni hostilité envers ceux qui gouvernent, ni complaisance envers ceux qui aspirent à gouverner. Elle consiste simplement à considérer l’élection présidentielle comme un contrat de responsabilité publique. Plus les citoyens demandent des objectifs précis, des calendriers réalistes et des indicateurs vérifiables, plus le débat peut se rapprocher des réalités quotidiennes de l’économie.
Le citoyen peut ainsi regarder au-delà des slogans et observer la cohérence d’un projet : relie-t-il agriculture, transformation et marché ? Relie-t-il éducation et emploi ? Relie-t-il énergie et industrialisation ? Relie-t-il fiscalité et création de richesse ? Relie-t-il ouverture régionale et compétitivité nationale ? Ces liens comptent, car le développement n’est pas une accumulation de promesses isolées ; il est une chaîne de décisions qui doivent se renforcer mutuellement.
- Penser aux générations futures : la responsabilité qui dépasse 2027
Un pays peut traverser une campagne électorale en quelques semaines, mais il lui faut des années pour former des ingénieurs, développer une filière industrielle, construire une culture de qualité, consolider une institution ou changer durablement sa structure productive. C’est pourquoi les décisions prises aujourd’hui doivent être examinées à la lumière de ce qu’elles rendent possible demain.
Penser aux générations futures, ce n’est pas demander aux responsables publics d’ignorer les urgences du présent. Les ménages ont besoin de revenus, les jeunes ont besoin d’emplois, les entreprises ont besoin d’électricité et de financement, les agriculteurs ont besoin de débouchés. Mais la bonne réponse à l’urgence est celle qui résout un problème d’aujourd’hui sans fabriquer une dépendance supplémentaire pour demain.
La question de 2027 devrait donc être plus large que celle du titulaire du pouvoir. Elle devrait être : quelle trajectoire productive, institutionnelle et sociale voulons-nous rendre irréversible ? Quel Burundi voulons-nous que la génération de 2040 reçoive de nous ? Un pays qui continue à parler surtout de ce qu’il possède, ou un pays capable de montrer ce qu’il produit, transforme, innove et vend ?
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L’élection de 2027 passera. La responsabilité envers les générations futures restera. |
À suivre – Article n° 2 : « Avant de parler d’avenir, savons-nous d’où vient notre économie ? »
Par Bazikwankana Edmond





