L’inoxydable Monsieur SUGURU : Entre opérations de communication et prédation économique, quand la comédie du renouveau masque la tragédie nationale

Bujumbura – Fama crescit eundo (La rumeur grandit en courant). Jamais cet adage latin n’aura aussi bien trouvé son illustration qu’avec les récentes manœuvres de l’Honorable Olivier SUGURU. Alors que son nom est devenu, aux yeux des Burundais éclairés, le synonyme d’un système de prédation méthodique, l’homme tente désormais de noyer le poisson. Sa dernière sortie en date, mise en scène avec le représentant de TradeMark Africa (TMA), Christian Nibasumba, n’est qu’un énième épisode d’une vaste campagne de « public relations » visant à redorer un blason souillé par des scandales financiers à répétition. 

Puisque l’intéressé persiste à occuper le devant de la scène comme si de rien n’était, il est de notre devoir, une fois de plus, de confronter ses discours de façade à la réalité des faits. Veritas odium parit (La vérité engendre la haine), mais nous l’assumerons.

  1. Actes manqués et paraboles : Ce que Suguru doit au Président

Avant d’entrer dans le vif du sujet, ayons la sagesse de reconnaître le mérite là où il se trouve. Depuis l’investiture du Président de la République, Son Excellence le Général-Major Evariste NDAYISHIMIYE, un vent de justice et de transparence a commencé à balayer les antichambres du pouvoir. C’est grâce à sa clairvoyance et à sa volonté de vérifier les informations avant d’agir – une sagesse qui force le respect – que des décisions fortes ont été prises.

C’est ainsi que suite aux révélations de la presse et de la société civile, Olivier SUGURU a été démis de ses fonctions de Président du Conseil d’Administration de l’Office Burundais des Recettes (OBR) et de l’Agence de Développement du Burundi (ADB). Le Chef de l’État a su, en son âme et conscience, trancher dans le vif pour écarter cet homme des leviers stratégiques où il était à la fois juge et partie.

Cependant, cucullus non facit monachum (l’habit ne fait pas le moine). Si on lui a ôté quelques costumes, on a laissé à l’homme des habits bien trop grands pour un simple citoyen. Car aujourd’hui encore, Suguru cumule des fonctions incompatibles avec la moindre éthique républicaine : il est à la fois Législateur à l’Assemblée nationale, Président de la Chambre Fédérale de Commerce et d’Industrie (CFCIB), Secrétaire Général de Savonor (une entreprise qui, rappelons-le, a bénéficié de vacances fiscales scandaleuses lorsqu’il dirigeait l’OBR), et membre influent de la vice-présidence du comité de pilotage du projet PRETE-Nyunganira (un programme de la Banque mondiale) . Quis custodiet ipsos custodes ? Qui garde ces gardiens d’un nouveau genre, faiseurs de lois et bénéficiaires de leurs propres largesses ?

  1. Décryptage d’une mascarade : La réunion avec TradeMark Africa

Face à cette accumulation de mandats et de casseroles, la machine à communication s’emballe. Analysons donc, punctum contra punctum, le récent communiqué de la CFCIB concernant la rencontre avec TradeMark Africa.

« La CFCIB et TradeMark Africa renforcent leur coopération pour stimuler les exportations. »

Notre réponse : Verba volant, scripta manent (Les paroles s’envolent, les écrits restent). Pendant que M. Suguru joue les bons apôtres du commerce régional, il est acculé par des dossiers bien plus terre-à-terre. Comment parler de « stimuler les exportations » quand on a freiné, des années durant, les projets de barrages hydrauliques pour protéger la rente du carburant fictif de la REGIDESO ? Les chiffres sont têtus : selon nos sources, ce sont 72 milliards de FBU par an qui se sont évaporés entre 2017 et 2021 dans ce montage mafieux avec son acolyte Tariq, plongeant le pays dans le noir pour remplir leurs poches.

« La création d’une chambre sectorielle d’exportation […] pour accéder plus facilement aux marchés régionaux. »

Notre réponse : Pecunia non olet (L’argent n’a pas d’odeur). Peut-être, mais celui-ci pue le trafic d’influence. Pour exporter, il faut des banques. Or, M. Suguru est également connu pour ses liens troubles avec l’ex-ADG de la BANCOBU, Busiku. Ensemble, ils auraient mis en place un système de crédits sans garanties estimé à 120 milliards de FBU, mettant en péril la santé de cette institution financière. Peut-on raisonnablement croire qu’un homme qui a failli couler une banque pour ses intérêts privés est l’homme idoine pour « faciliter » l’accès aux marchés des autres ?

« La question des barrières tarifaires entre le Burundi et la RDC. »

Notre réponse : Il ose parler de la RDC ? Vraiment ? Mais n’est-ce pas la même RDC qui sert de débouché privilégié à Savonor, l’entreprise dont il est Secrétaire Général ? Celle-là même qui aurait bénéficié d’exonérations indues lorsqu’il siégeait à l’OBR ? On marche sur la tête. C’est le pompon : l’homme qui a capté les deniers publics pour avantager ses propres sociétés se pose en facilitateur du commerce. Impudentia lupanar (L’impudence est comme un lupanar), elle expose tout le monde.

  • Un conseil fraternel à Christian NIBASUMBA

Monsieur Christian Nibasumba, vous êtes un jeune cadre prometteur à la tête de TradeMark Africa. Votre parcours force le respect, et votre ambition pour l’intégration régionale est louable. Mais permettez à un observateur avisé de vous mettre en garde, avec la bienveillance de l’Écriture :

« Ne vous y trompez pas : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs. » (1 Corinthiens 15:33)

En posant aux côtés d’Olivier SUGURU pour une photo de travail, vous prêtez votre image, votre crédibilité et celle de TMA à un homme dont le nom est désormais synonyme de corruption et de conflit d’intérêts. Cette rencontre n’est qu’une manipulation de plus de sa part. Il exhibe des partenaires probes comme on agite un talisman, pour faire oublier la boue dans laquelle il patauge. Protégez votre carrière et l’intégrité de votre institution : fuyez ces fréquentations dangereuses.

  1. Jusqu’où ira l’impunité ?

Quousque tandem abutere, Suguru, patientia nostra ? Jusqu’où abuserez-vous de notre patience ?

Rien, absolument rien, ne pourra effacer les bavures de ce parcours mafieux. Ni les forums, ni les poignées de main avec des partenaires respectables, ni les posts Facebook lénifiants ne laveront l’ardoise de la REGIDESO, ni ne combleront le trou béant laissé dans les comptes de la BANCOBU.

Face à un homme qui cumule les postes comme on cumule les masques, il est temps de passer de la parole aux actes. Le Président de la République a déjà montré la voie en lui retirant des mandats importants. Il faut aujourd’hui parachever ce travail de salubrité publique.

Nous appelons les institutions républicaines – justice, parlement, organes de régulation – à agir dans la continuité. Il faut contraindre M. SUGURU à faire profil bas et à se consacrer uniquement à une chose : rembourser ce qu’il doit à la BANCOBU et répondre de ses actes devant les tribunaux. Le maintien de cet homme à des postes aussi sensibles, malgré les preuves accablantes accumulées, est une insulte à l’intelligence des Burundais et un frein à l’émergence d’une économie saine et transparente.

Alea jacta est : le sort en est jeté. La balle est désormais dans le camp de ceux qui détiennent l’autorité. Que la République reprenne ses droits sur un homme qui a trop longtemps cru qu’elle lui appartenait.

 

Par Jean Jolès Rurikunzira