Bujumbura 09 août 2026―Alors que l’homme d’affaires Aloys Ntakarutimana, dit « Wakenya », croupit à la prison de Mpimba pour financement du mouvement terroriste M23, notre enquête révèle que son réseau n’a pas désarmé. Son beau-père, Adelin Ntanonga, vient d’être nommé Directeur général de la brasserie à Bukavu, en territoire contrôlé par les terroristes sanctionnés par les USA et l’Union européenne. Et derrière cet homme se profile une figure bien connue du Burundi : Olivier Suguru, député et président de la Chambre fédérale de commerce et d’industrie. Leur lien familial ? Une affaire qui sent la poudre et l’argent sale.
Arrêté le 24 mars 2026, Aloys Ntakarutimana, alias Wakenya, est accusé de trahison, de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Les services burundais lui reprochent un investissement dans une usine de boissons en République démocratique du Congo, dans une zone sous contrôle du mouvement terroriste rwandais le M23. Mais pendant que Wakenya est derrière les barreaux, son beau-père Adelin Ntanonga vient de prendre les rênes de l’usine de boisson à Bukavu. Coïncidence ? Notre enquête démontre qu’il s’agit plutôt d’une stratégie bien rodée, orchestrée depuis l’étranger, avec des ramifications qui plongent au cœur de l’establishment économique burundais.
Wakenya, le financier du M23 : ce que révèle le dossier
Le 7 avril 2026, l’ancien ministre Claude Nzobaneza et l’homme d’affaires Aloys Ntakarutimana étaient transférés à la prison centrale de Mpimba. Le premier pour corruption foncière. Le second pour « collaboration avec le mouvement M23 ». En cause : un investissement récemment consenti dans une usine de fabrication de boissons en République démocratique du Congo.
Selon nos sources, Wakenya, ancien député et président de la Fédération burundaise de basket-ball (FEBABU), est soupçonné d’avoir utilisé cette usine comme couverture pour acheminer des fonds vers le M23, ce groupe terroriste qui, avec le soutien du Rwanda, occupe l’est de la RDC et menace directement la sécurité du Burundi.
« Il est poursuivi pour atteinte à la sécurité intérieure de l’État, trahison, blanchiment de capitaux et financement du terrorisme », confirme l’APRODH dans un communiqué.
Mais ce qui est inquiétant, c’est que le réseau n’a pas été décapité. Loin de là. Pendant que Wakenya est incarcéré à Mpimba, son beau-père Adelin Ntanonga est en train de prendre le contrôle des affaires à Bukavu.
Adelin Ntanonga : de la Belgique à Bukavu, le bras armé du clan
Notre enquête remonte à plusieurs mois. Jusqu’à son arrestation, Wakenya gérait un vaste portefeuille d’investissements au Royaume de Belgique, où il avait placé une partie de sa fortune. Son beau-père, Adelin Ntanonga, était l’homme de confiance chargé de superviser ces intérêts.
Mais voilà : depuis quelques semaines, M. Ntanonga a changé de casquette. Il a été nommé Directeur général d’une brasserie à Bukavu, au cœur du Sud-Kivu, une région largement sous influence du M23.
Une promotion fulgurante pour un homme qui, jusqu’ici, était plutôt connu comme directeur des programmes et politiques chez ActionAid Burundi, puis comme Country Director pour la RDC. Comment un responsable d’ONG humanitaire, qui dénonçait les violences dans l’est de la RDC, se retrouve-t-il soudainement à la tête d’une brasserie en zone rebelle ?
La réponse est simple : il n’a jamais quitté le giron de son gendre. Wakenya, derrière les barreaux, a besoin d’un homme de paille pour poursuivre ses affaires. Et quel meilleur candidat que son beau-père, qui connaît les arcanes du milieu des affaires en RDC ?
Cette nomination est un pied de nez au Burundi. Elle signifie que Wakenya n’a pas abandonné la transaction. Il a simplement changé de visage. C’est une manière de se moquer des autorités burundaises et de faire allégeance au Rwanda, qui soutient le M23 et les terroristes du Red-Tabara.
Le chaînon manquant : Olivier Suguru, l’oncle qui change tout
C’est ici que notre enquête prend une tournure explosive. En fouillant les liens familiaux d’Adelin Ntanonga, nous avons fait une découverte stupéfiante.
Adelin Ntanonga est l’oncle d’Olivier Suguru.
Oui, vous avez bien lu. Olivier Suguru, le président de la Chambre fédérale de commerce et d’industrie du Burundi (CFCIB), ex président du Conseil d’administration de l’Office burundais des recettes (OBR) depuis 2013 et de l’Agence de Développement du Burundi (ADB), l’homme qui contrôle la BANCOBU et la BGF et qui rencontre les ambassadeurs et les plus hautes autorités du pays ; cet Olivier Suguru est le neveu d’Adelin Ntanonga.
Par conséquent, Olivier Suguru et Aloys Ntakarutimana, alias Wakenya, sont beaux-frères par affiliation.
Rien d’étonnant, direz-vous. Mais dans le contexte actuel, cette révélation prend une tout autre dimension. Car si Wakenya est accusé de financer le M23 via une usine de boissons en RDC, et que son beau-père, Adelin Ntanonga, est désormais à la tête de cette usine à Bukavu, alors Olivier Suguru, en tant que neveu de Ntanonga et beau-frère de Wakenya, se retrouve au cœur d’un réseau familial qui relie Bujumbura à Bukavu, en passant par la Belgique.
De la brasserie de Bukavu au blanchiment : le mécanisme
Comment fonctionne ce réseau ? Notre enquête a pu reconstituer le mécanisme.
Etape 1 – L’investissement : Wakenya place des fonds dans une usine de boissons en RDC, zone sous contrôle M23.
Etape 2 – La couverture : L’usine sert de façade pour des transactions financières opaques. L’argent généré est réinjecté dans le financement des groupes armés.
Etape 3 – Le relais : Après l’arrestation de Wakenya, son beau-père Adelin Ntanonga prend la tête d’une brasserie à Bukavu, prolongeant l’activité et assurant la continuité des opérations.
Etape 4 – Le blanchiment : L’argent sale circule via des sociétés-écrans en Belgique, où Wakenya possédait des intérêts, avant d’être réinjecté dans l’économie burundaise par l’intermédiaire de proches.
Et au centre de ce maillage ? Olivier Suguru, dont les fonctions au parlement, au projet PRETE-NYUNGANIRA de la Banque mondiale, à la tête de la CFCIB lui donnent un accès privilégié aux circuits financiers du pays. Un accès qui, entre les mains d’un beau-frère de Wakenya, soulève des questions troublantes.
Un défi à la souveraineté du Burundi
Cette affaire est bien plus qu’un simple scandale financier. C’est une atteinte à la souveraineté nationale.
Le Burundi est en guerre contre le M23 et le Red-Tabara, deux groupes terroristes soutenus par le Rwanda. Le président Ndayishimiye l’a répété : « Ces groupes sont logés, ravitaillés et financés par le Rwanda ». Et pourtant, un homme d’affaires, Aloys Ntakarutimana, est accusé d’avoir financé l’ennemi.
Mais ce n’est pas tout. Son beau-père, Adelin Ntanonga, est désormais à Bukavu, en territoire hostile, à la tête d’une brasserie. Et son beau-frère, Olivier Suguru, siège à la tête des institutions économiques du Burundi et au parlement burundais (Assemblée nationale).
Le message est clair : le clan Wakenya n’a pas désarmé. Il s’est simplement réorganisé. Il continue de défier le Burundi, de l’intérieur comme de l’extérieur, en jouant sur tous les tableaux.
Ce que révèle le passé de Suguru
Olivier Suguru n’est pas un inconnu. Il est l’un des entrepreneurs les plus en vue du Burundi. Il a littéralement braqué la BANCOBU. Il siège à l’Assemblée nationale du Burundi et est à son deuxième mandat. Il est à la tete du comité de pilotage de PRETE NYUNGANIRA, un projet de la Banque mondiale. Il a fondé l’EATM, une usine textile qui emploie 240 personnes et produit 2 000 vêtements par jour. Il est le président de la CFCIB, il est ex patron de l’OBR. Il côtoie les ambassadeurs, les ministres, les plus hautes autorités du pays.
Il intervient souvent même lors des séances de moralisation à l’intention des opérateurs économiques.
Comment peut-il ignorer que son oncle, Adelin Ntanonga, est devenu le directeur d’une brasserie à Bukavu, en zone contrôlée par les terroristes qui menacent le Burundi ?
Les liens sont trop serrés pour être une coïncidence. Trop compromettants pour être ignorés.
Les zones d’ombre
Notre enquête soulève plusieurs questions :
- Qui a nommé Adelin Ntanonga à la tête de la brasserie de Bukavu ? S’agit-il d’une initiative personnelle ou d’une opération coordonnée depuis l’étranger ?
- Quel est le rôle exact d’Olivier Suguru dans ce réseau ? Ses fonctions au parlement et à la CFCIB ont-elles été utilisées pour faciliter des transferts de fonds ?
- Quelles mesures le gouvernement compte-t-il prendre contre le réseau familial de Wakenya ?
Enfin, un réseau qui défie l’État
L’affaire Wakenya n’est pas un simple fait divers judiciaires. C’est une affaire d’Etat.
Elle révèle l’existence d’un réseau transnational qui, sous couvert d’investissements économiques, finance des groupes terroristes hostiles au Burundi. Elle montre que l’arrestation de Wakenya n’a pas mis fin à ses activités. Elle démontre enfin que des figures influentes de l’establishment burundais, comme Olivier Suguru, sont liées par le sang et par les affaires à ce réseau.
Le Burundi est à un tournant. Soit il laisse ce réseau impuni, au risque de voir la menace se renforcer. Soit il agit, en ouvrant une enquête approfondie sur tous les maillons de cette chaîne, y compris ceux qui se cachent derrière les plus hautes fonctions de l’Etat.
Car une chose est sûre : tant qu’Adelin Ntanonga dirigera une brasserie à Bukavu, tant qu’Olivier Suguru siégera à la tête des institutions économiques du Burundi et au Parlement, le clan Wakenya continuera de se moquer du Burundi. Et de financer ceux qui veulent le déstabiliser.
Notre enquête se poursuit. Nous reviendrons sur cette affaire dans les prochaines semaines, avec de nouveaux éléments sur les circuits financiers du clan Wakenya-Suguru entre le Burundi, la Belgique et la RDC.
Sources : documents judiciaires, témoignages de sources proches du dossier.
Par Jean Jolès Rurikunzira






