Diaspora — Asse, symptôme des persistances négrophobes, islamophobes et romophobes dans l’État belge : pour une refondation humaine, panafricaine et internationaliste des luttes en diasporaÀ la suite d’une intervention policière dénoncée par une famille belgo-congolaise, un sit-in organisé devant la maison communale d’Asse a rassemblé militants et responsables associatifs. Au-delà de cette affaire, les participants interrogent la persistance de mécanismes de négrophobie structurelle et appellent à renforcer l’organisation de la diaspora africaine en Belgique.
Asse (Belgique), 27/08/2026 (BDIAGNEWS) – Des militants et représentants associatifs se sont réunis devant la maison communale d’Asse, dans le Brabant flamand, afin de réclamer « toute la lumière » sur une intervention policière survenue le 5 août 2026 et dénoncée comme violente et raciste par une famille belgo-congolaise et ses soutiens [1].
Le sit-in, spontané, a notamment été rendu possible grâce à l’implication du militant panafricain et syndicaliste A. Kodjo Lodonou Yves (Radio Mara Fm) et de la députée bruxelloise Mandaila Gisèle (DéFI). Plusieurs acteurs de la diaspora africaine ont répondu à l’appel, parmi lesquels l’ASBL des femmes congolaises, Kalimbiriro Laetitia (PS, Molenbeek-Saint-Jean) et Bassambi Yves (PS, Saint-Josse-ten-Noode).
Présence des Communautés Africaines (PCA) était représentée par Nahimana Karolero Pascal et Guindja Djaguet Kouran Pierre. À cette occasion, Nahimana Karolero Pascal a plaidé pour la reconstitution d’une structure fédérative capable de mieux organiser et représenter les diasporas africaines en Belgique.
Selon les témoignages rapportés, l’affaire trouve son origine dans un incident survenu à bord d’un bus De Lijn impliquant Jonathan, un Belgo-Congolais de 29 ans. Après son interpellation, la situation aurait dégénéré à proximité de son domicile. Sa mère Sylvie et sa sœur Dettyne affirment avoir également subi des violences policières [1].
L’avocat de la famille, Me Jolan Goutier, a déposé plainte auprès du parquet de Halle-Vilvorde. Le parquet présente cependant une version différente, conteste l’accusation de racisme et rapporte un comportement agressif de membres de la famille. L’enquête étant en cours, aucune juridiction n’a encore définitivement établi le déroulement complet des faits ni retenu un mobile raciste [1].
Pour une partie des militants présents, Asse dépasse toutefois le cadre d’un incident local. L’affaire rejoint une interrogation plus ancienne sur la négrophobie structurelle, les violences institutionnelles et la manière dont les personnes afrodescendantes peuvent être perçues lorsqu’elles sont confrontées aux institutions. Cette réflexion rencontre le concept de colonialité du pouvoir [2] : la disparition juridique du colonialisme n’entraînerait pas nécessairement celle de toutes les représentations, hiérarchies et catégories constituées durant les périodes esclavagiste et coloniale.
Dans le contexte belge, cette interrogation renvoie notamment à l’histoire coloniale du Congo, du Rwanda et du Burundi, mais aussi aux exhibitions coloniales et ethnographiques (Zoo Humains). Jusqu’à l’Expo 58 de Bruxelles, des Congolais furent encore présentés au public dans un « village congolais » reconstitué [3]. Les travaux du philosophe Ajari Norman sur l’afropessimisme permettent également d’interroger les conditions dans lesquelles le corps noir est reconnu comme vulnérable ou, au contraire, représenté comme agressif, menaçant ou devant être maîtrisé [4]. Cette grille critique ne préjuge cependant pas des conclusions judiciaires concernant l’affaire d’Asse.
Le rassemblement a également remis au premier plan la question de l’organisation des communautés africaines en Belgique (cf. CCAE/BE en 1993 ). Pour les militants du PCA, une structure fédérative ( sous une forme d’arbre à palabres ) pourrait favoriser la mutualisation des compétences juridiques, associatives, intellectuelles et médiatiques, tout en renforçant les capacités de mobilisation face aux discriminations. Cette démarche s’inscrit dans une perspective panafricaine et internationaliste, ouverte à des solidarités avec d’autres populations confrontées à différentes formes de racialisation, sans pour autant confondre leurs histoires particulières. L’Ubuntu offre ici un horizon : penser l’humanité comme relation et refuser qu’une société puisse se construire durablement sur la déshumanisation de certains de ses membres [5].
BDIAGNEWS invite ses lecteurs à découvrir l’article de fond : « Asse, symptôme des persistances négrophobes, islamophobes et romophobes dans l’État belge : pour une refondation humaine, panafricaine et internationaliste des luttes en diaspora » [6] . Cette réflexion replace l’affaire d’Asse dans une perspective historique et intellectuelle beaucoup plus large, abordant notamment la colonialité, l’histoire coloniale belge, les « zoos humains », les Black Studies, l’afropessimisme, la négrophobie, la romophobie, l’islamophobie, les réparations, le panafricanisme, l’internationalisme et la philosophie Ubuntu.
Références : [1] Mukuna, O. (2026), « Violences racistes : la police d’Asse en accusation », Finkape Roots ; MRAX (2026), Trigger Warning: Police Violence. — [2] Castro-Gómez, S. & Grosfoguel, R. (dir.) (2007), El giro decolonial ; Mignolo, W. D. & Walsh, C. E. (2018), On Decoloniality ; Grosfoguel, R. (2022). — [3] Blanchard, P. & Couttenier, M. (dir.) (2021), Zoo humain : Au temps des exhibitions coloniales, AfricaMuseum ; Couttenier, M. (2023), Anthropology and Race in Belgium and the Congo (1839-1922), Routledge. — [4] Ajari, Norman (2022), Noirceur : Race, genre, classe et pessimisme dans la pensée africaine-américaine au XXIe siècle, Divergences. | Clette-Gakuba, V. (2026, 28 août). La mort d’Yves Sakila : anatomie des gestes assassins. Bruxelles Panthères. — [5] Ramose, Mogobe B. & Kloos, C. (2017), Ubuntu: Stroom van het bestaan als levensfilosofie, Ten Have. [6] Nahimana Karolero, P. (2026, 30 août). Diaspora — Asse, symptôme des persistances négrophobes, islamophobes et romophobes dans l’État belge : Pour une refondation humaine, panafricaine et internationaliste des luttes en diaspora. Burundi-Forum. https://burundi-forum.org/wp-content/uploads/2026/08/Diaspora-%E2%80%94-Asse-symptome-des-persistances-negrophobes-islamophobes-et-romophobes-dans-lEtat-belge-pour-une-refondation-humaine-panafricaine-et-internationaliste-des-luttes-en-diaspora.pdf
À consulter également : Nahimana Karolero, P. (2025), Burundi : La diaspora burundaise. Du monde, de Belgique et d’ailleurs — histoire, trajectoires et ancrage, Génération Afrique ; Pini-Pini, N. K. (2017), Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale, Tome I, Afric’Avenir ; Plumelle-Uribe, R. A. (2001), La férocité blanche, Albin Michel.




Sources : Nahimana P. , BDIAGNEWS | burundi-agnews.org | 30 août 2026 | Photo : Finkape Roots, Kodjo Lodonou Yves, Nahimana K.P






