L’affaire Bruce Sebanza ou la manufacture du mensonge : comment Pacifique Nininahazwe et son réseau exploitent un drame pour blanchir leur commerce d’asile

Bujumbura, 20/10/2026―Dans la nuit du 12 au 13 octobre 2026, Bruce Sebanza, ancien cadre de l’Agence de développement du Burundi (ADB), trouvait la mort dans des circonstances qui font aujourd’hui l’objet d’une enquête judiciaire. Très vite, Pacifique Nininahazwe, président du FOCODE et figure de proue d’une certaine « défense des droits humains » en exil, s’est emparé du drame. Sans attendre le moindre rapport d’enquête, sans vérifier un seul fait, il a désigné un coupable : le directeur général de l’ADB, Révérien Nizigiyimana. Derrière cette précipitation accusatoire se cache une mécanique bien huilée : celle d’un réseau qui, depuis plus de dix ans, transforme chaque incident burundais en argument de vente pour ses campagnes d’asile en Occident. Enquête sur une manipulation qui prospère sur les cadavres.

Les faits : ce que l’enquête établit, ce que la rumeur occulte

Les éléments matériels de l’affaire, recueillis par les services de police et confirmés par des sources concordantes, contredisent radicalement le récit diffusé par le FOCODE et ses relais.

Bruce Sebanza n’était pas un employé modèle. Selon des informations issues de sources judiciaires, il avait été incarcéré à la prison centrale de Mpimba pour des faits de faux et usage de faux, avant d’être condamné. À sa libération, il avait déjà été limogé de ses fonctions pour faute lourde au sein de l’ADB. Rien, absolument rien, ne justifiait sa présence dans l’enceinte de l’institution aux alentours de deux heures du matin le 13 octobre.

C’est pourtant à cette heure avancée que Bruce Sebanza s’est introduit dans les locaux de l’ADB. Il y a été surpris par deux agents de sécurité qui ne le connaissaient même pas – ces derniers n’étant en poste que depuis deux semaines, bien après le départ de l’intéressé. Une confrontation physique a éclaté. Les gardiens, pris de court, ont maîtrisé l’intrus. Les blessures infligées lors de cette altercation se sont malheureusement révélées fatales.

Que s’est-il passé ensuite ? Le directeur général de l’ADB, Révérien Nizigiyimana, n’a été informé de l’incident que vers 5 heures du matin, soit plusieurs heures après le début de l’intrusion. Il a immédiatement fait appel à la police, qui a procédé aux constatations d’usage. Le gardien impliqué dans la mort de Bruce Sebanza a été placé en détention à la police judiciaire. L’enquête se poursuit pour établir les circonstances exactes de l’intrusion et les motifs qui ont poussé cet ancien employé, visiblement en proie à des problèmes personnels – des sources évoquant une consommation de drogues –, à s’introduire illégalement dans les locaux de son ancien employeur.

La méthode Nininahazwe : accuser d’abord, enquêter (éventuellement) ensuite

Face à ce drame, la réaction de Pacifique Nininahazwe a été d’une violence rhétorique extrême et d’une pauvreté factuelle totale. Sans disposer d’un seul élément de l’enquête, sans même s’être enquis du déroulement des faits, il a accusé sans réserve le directeur général de l’ADB d’être responsable de la mort de Bruce Sebanza. Pour lui, il n’y a pas de doute : la mort de Bruce est un « assassinat téléguidé par les autorités ».

Cette technique n’est pas nouvelle. Elle est même le cœur de méthode du personnage. Pour Pacifique Nininahazwe et son acolyte médiatique Bob Rugurika, tout décès au Burundi entre dans une seule et unique catégorie : l’assassinat politique. Un accident de la route ? Assassinat. Une maladie naturelle ? Assassinat. Une rixe entre un intrus et des gardiens ? Encore un assassinat. Ce prisme déformant est devenu leur fonds de commerce.

Mais cette fois, la ficelle est peut-être un peu trop grosse. En se précipitant pour accuser le DG de l’ADB, Nininahazwe ne cherchait pas à faire éclater la vérité. Il cherchait à étouffer l’enquête policière avant même qu’elle ne commence, à saturer l’espace médiatique de ses certitudes assassines pour que les véritables questions – pourquoi Bruce était-il là ? Que s’est-il réellement passé avec les gardiens ? – ne soient jamais posées. Il ne parle jamais du gardien incarcéré, ni des constatations de police. Ces détails gênants n’entrent pas dans son narratif.

Un « défenseur des droits » aux mains sales : le dossier judiciaire accablant

Pour comprendre l’acharnement de Pacifique Nininahazwe contre toute figure de l’État burundais, il faut se plonger dans son propre passé. Les documents officiels de la justice burundaise sont sans ambiguïté. Le 2 février 2016, le Secrétaire général de la Cour suprême a rendu public un communiqué détaillant l’état du dossier relatif au putsch manqué des 13 et 14 mai 2015. Dans le cadre de ce dossier, enregistré sous le numéro RMPG 697Bis/MA, le Parquet général a émis des mandats d’arrêt internationaux contre une trentaine de suspects. Le nom de NININAHAZWE Pacifique y figure en bonne place.

Ce n’est pas une « accusation politique » comme il aime à le répéter. C’est un acte judiciaire officiel qui engage la responsabilité des pays qui l’hébergent. Car pendant qu’il appelle à l’insurrection et promet de « casser les œufs pour avoir l’omelette », Pacifique Nininahazwe prépare sa fuite. Des documents consultés par Burundi Forum révèlent qu’en décembre 2014, l’Union européenne, via l’ONG War Child Holland, a signé avec le FOCODE un contrat de subvention de 10 000 euros pour « renforcer la capacité financière » de l’entité. La réalité, selon ces mêmes documents, est que cet argent a servi à financer l’évacuation de Pacifique Nininahazwe et de sa famille vers la Belgique, pendant qu’il incitait les jeunes Burundais à descendre dans la rue.

Depuis son « exil confortable » aux Pays Bas puis en Belgique, il amplifie sa campagne de manipulation. Il attaque systématiquement tout intellectuel, tout cadre issu du CNDD-FDD, car il sait que ce parti est le pilier du pouvoir qu’il a juré, avec sa compagnie de RED TABARA, de déstabiliser. Attaquer Révérien Nizigiyimana, un cadre de l’ADB, entre parfaitement dans cette campagne de noircissement systématique.

Le véritable objectif : garantir l’asile et bloquer les expulsions

Pourquoi un tel acharnement à ternir l’image du Burundi à chaque fait divers ? La réponse se trouve dans les dossiers d’asile européens. Le « fonds de commerce » de Pacifique Nininahazwe et de son réseau ne s’adresse pas aux Burundais de l’intérieur, mais aux opinions publiques et aux administrations occidentales.

Le mécanisme est simple : chaque mort, chaque incident, chaque tension est monté en épingle, amplifié, déformé, pour construire un récit unique : le Burundi serait un pays où l’on assassine à tour de bras, où toute personne opposée au pouvoir serait en danger de mort. Ce récit est ensuite injecté dans les procédures d’asile. Il sert à justifier les demandes de protection, à freiner les décisions d’expulsion et à maintenir les demandeurs d’asile burundais dans les pays occidentaux.

Prenons l’exemple de la Suisse. Ces dernières années, les autorités suisses ont commencé à réévaluer les demandes d’asile burundaises et à prononcer des renvois. Immédiatement, un collectif d’organisations – la Communauté burundaise de Suisse, Droit de Rester Vaud, Solidarité Tattes, Exil Aktion, la Ligue suisse des droits humains – a lancé des appels urgents pour suspendre tous les renvois. Ces appels s’appuient sur des récits alarmistes, relayés et amplifiés par des figures comme Nininahazwe, qui dispose de relais jusqu’au sein du réseau EurAc (European Network for Central Africa).

Le paradoxe est cruel : ces « marchands d’illusions » qui hurlent à l’assassinat pour chaque mort au Burundi sont les premiers à vouloir empêcher que les Burundais déboutés de l’asile rentrent dans leur pays. Leur business repose sur l’idée que le Burundi est invivable. Si le Burundi devenait un pays fréquentable, leurs financements, leur statut de « victimes », leur exil doré et leur autorité morale s’effondreraient.

Enfin : la vérité contre le commerce du mensonge

L’affaire Bruce Sebanza est un test. Un test pour la police, qui doit faire son travail sans pression. Un test pour la justice, qui doit établir les responsabilités. Mais c’est surtout un test pour l’opinion publique et pour les bailleurs de fonds occidentaux qui, depuis plus de dix ans, financent sans discernement des organisations dont la seule compétence est de transformer la détresse en business politique.

Pacifique Nininahazwe n’est pas un martyr. Il n’est pas un héros des droits de l’homme. C’est un condamné en fuite, un pantin manipulé par des intérêts étrangers, un marchand d’illusions qui a compris qu’il pouvait vivre confortablement en Belgique en vendant à l’Occident le récit d’un Burundi sanguinaire. Mais le temps du mensonge commence peut-être à s’épuiser. Les sources sérieuses, les enquêtes judiciaires et les faits finissent toujours par rattraper les fabricants de fables.

Le peuple burundais, lui, voit tout. Et il sait distinguer ceux qui construisent de ceux qui détruisent.

Par Jean-Anatole Kavamahanga