Gitega, 24 juillet 2026 ― Depuis 2015, une guerre hybride oppose le Rwanda au Burundi. Au cœur de ce bras de fer politico-diplomatique et sécuritaire, un homme : Pacifique Nininahazwe. Condamné par la justice burundaise, poursuivi pour subversion, il est devenu le porte-voix zélé du régime de Paul Kagame. Notre enquête démontre comment ce « logiciel » de la déstabilisation, constamment mis à jour par les services de renseignement rwandais, s’emploie à faire haïr le Burundi par les Burundais eux-mêmes, dans le but ultime de plonger le pays dans le chaos à l’horizon 2027.
Un passé judiciaire qui ne trompe pas
Pour comprendre le parcours de Pacifique Nininahazwe, il faut d’abord s’arrêter sur son lourd passé judiciaire, désormais documenté par des actes officiels de la République du Burundi. Le 2 février 2016, le Secrétaire Général de la Cour Suprême, agissant au nom du Procureur Général de la République, a rendu public un communiqué de presse d’une importance capitale. Ce document, qui fait foi, détaille l’état d’avancement du dossier relatif au putsch manqué des 13 et 14 mai 2015.
Au-delà des condamnations déjà prononcées, ce communiqué révèle l’existence d’un dossier subséquent, enregistré sous le numéro RMPG 697Bis/MA, toujours ouvert à charge des putschistes et de leurs alliés insurgés en cavale. C’est dans ce cadre que le Parquet Général a émis des mandats d’arrêt internationaux contre une trentaine de suspects, dont le nom de NININAHAZWE Pacifique figure en bonne place. Le document officiel souligne que ces personnes, en fuite à l’étranger, doivent être arrêtées et mises à la disposition de la justice burundaise pour répondre de leurs actes.
La liste, qui ressemble à un annuaire de la subversion, comprend également des noms bien connus des services de sécurité : NIYOMBARE Godefroid, l’ex-général putschiste de 2015, RUGURIKA Bob, l’ancien journaliste d’investigation devenu porte-voix de la propagande anti-Gitega, NSHIMIRIMANA Vital, Président du FORSC et bénéficiaire des fonds du CNCD-11.11.11 , ou encore le putschiste récidiviste BUSOKOZA Bernard, HABARUGIRA Philbert et SINDUHIE Alexis, tous impliqués à des degrés divers dans les réseaux de déstabilisation. La saisie de leurs biens, ordonnée par la Cour suprême, témoigne de la détermination des autorités burundaises à traquer les financiers et les complices de cette entreprise de déstabilisation. Ce communiqué de 2016 n’est pas une simple déclaration politique : c’est un acte judiciaire qui engage la responsabilité des pays hébergeant ces fugitifs, en premier lieu le Rwanda.
Un avis de recherche qui en dit long
Ce mandat d’arrêt international, rendu public il y a dix ans, n’a jamais été exécuté par le Rwanda qui a fait de ces individus des atouts dans sa guerre hybride. Le Rwanda, où il loge ses fonds, n’a jamais donné suite à ces demandes d’extradition, offrant de fait un paradis financier doré à ce trublion de la subversion. Nininahazwe le sait : son exil ne le met pas à l’abri d’une justice qui, tôt ou tard, finira par le rattraper, comme le réclame le communiqué du Parquet Général.
2014 : les prémices d’une évacuation organisée par l’Union européenne
Bien avant la tentative de putsch de 2015 et la contestation du troisième mandat, Pacifique Nininahazwe bénéficiait déjà d’un soutien discret mais déterminant de l’Union européenne. Des documents confidentiels, émanant de la représentation de l’UE à Bujumbura et révélés par Burundi Facts, montrent que des contrats de subvention ont été signés entre l’Union européenne et l’ONG War Child Hollande au Burundi, dès octobre et décembre 2014. L’objet de ces contrats : financer son évacuation hors du territoire national, pour « services rendus », autrement dit pour leur collaboration active dans le ternissement de l’image du Burundi.
C’est dans ce cadre que la famille de Pacifique Nininahazwe a quitté le Burundi en 2015, juste avant le déclenchement de l’insurrection. L’opération, menée sous plis fermés d’un dossier « confidentiel » présenté à l’ambassadeur Patrick Spirlet, alors délégué de l’UE à Bujumbura, a permis au terroriste de s’éclipser vers Kampala via Kigali. Mais Nininahazwe ne s’est pas arrêté là : après une escale en Ouganda, il a été définitivement installé aux Pays-Bas, puis en Belgique où il bénéficie aujourd’hui des aides sociales du contribuable européen. Des deniers publics qu’il utilise, non pas pour contribuer au développement de son pays le Burundi ni pour celui d’accueil la Belgique ou les Pays Bas, mais pour nourrir une campagne de haine et de désinformation contre le Burundi, en toute impunité.
Un logiciel mis à jour en permanence par Kigali
Pacifique Nininahazwe, logiciel rwandais de déstabilisation
Car Nininahazwe n’est pas un stratège, c’est un exécutant. Un logiciel que les services de renseignement rwandais mettent à jour en fonction des besoins du moment. Sa mission : inonder la toile de contenus négatifs sur le Burundi, attaquer systématiquement le président Ndayishimiye et le CNDD-FDD, et créer l’illusion d’un mécontentement populaire généralisé.
Pour ce faire, il s’est entouré de rabatteurs burundais, des relais zélés qui essaimaient sa propagande à l’intérieur même du pays. Ces derniers, souvent basés en diaspora ou agissant depuis l’étranger, reçoivent des instructions précises et des subsides en provenance de Kigali. Parmi eux, on trouve des figures comme Bob Rugurika, dont le nom apparaît également sur la liste des mandats d’arrêt de 2016, et qui a effectué un déplacement secret à Kigali en mai-juin dernier pour y recevoir des consignes sur l’intensification des opérations médiatiques, ou encore des influenceurs anonymes qui, du fond de leur exil, se font les soldats d’une guerre qui n’est pas la leur. Selon nos sources, Nininahazwe effectue également des va-et-vient réguliers en Ouganda, où il recrute des communicateurs parmi les réfugiés burundais du camp de Nakivale.
Dieudonné Bashirahishize, l’avocat aux deux barreaux, lui aussi sous mandat
Dans l’ombre de ce dispositif, une autre figure émerge : Me Dieudonné Bashirahishize. Cet avocat, radié du barreau de Bujumbura en janvier 2017. Il est aujourd’hui inscrit au barreau du Rwanda. Un revirement qui en dit long sur ses allégeances. Et pour cause : son nom apparaît en 19ème position sur la liste des mandats d’arrêt internationaux émis par le Parquet Général burundais le 2 février 2016. Bashirahishize, qui fut vice-président de la section burundaise de la East African Law Society, n’a jamais cessé, depuis la Belgique, sa campagne de médisance contre le Burundi. Mais son combat pour les droits de l’homme, présenté comme un idéal, sert en réalité une cause bien moins noble : celle de la déstabilisation du Burundi orchestrée depuis Kigali.
En décembre 2025, Bashirahishize a instrumentalisé une décision politique du Comité des Nations Unies contre la torture en nourrissant un discours victimaire et diabolisant le Burundi sur la scène internationale. Pourtant, derrière cette posture de défenseur des opprimés se cache un homme qui a choisi son camp : celui de Paul Kagame. En rejoignant le barreau rwandais, Bashirahishize a scellé son alliance avec le régime qui, depuis des années, mène une guerre hybride contre son propre pays. Son activité contre le Burundi ne se limite pas à des déclarations : il est l’un des artisans de la campagne médiatique et judiciaire visant à délégitimer les autorités de Gitega, en parfaite synchronie avec les objectifs de Kigali. Le mandat d’arrêt qui pèse sur lui est une preuve supplémentaire que ses actions ne relèvent pas d’un combat pour la justice, mais d’une subversion pure et simple. Imagine si le Burundi hébergeait un délinquant rwandais recherché par la justice rwandaise !
Paul Kagame, le maître du jeu depuis 1994
Pour comprendre les ressorts de cette machination, il faut remonter à 1994. Paul Kagame, alors chef du Front patriotique rwandais (FPR), n’a jamais été le « libérateur » que sa propagande décrit. Des accusations graves pèsent sur lui : complicité dans l’assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana, qui a déclenché le génocide, ou encore organisation de massacres de Tutsis et de Hutus résidant au Rwanda. Son régime autoritaire pratique l’assassinat politique et a commis des crimes de masse pendant la guerre civile rwandaise et la première guerre du Congo. Aujourd’hui, Kagame est décrit comme un « géocriminel impitoyable et avide » qui, derrière une aura de « bon gestionnaire », n’a cessé de déstabiliser ses voisins.
Le président congolais Félix Tshisekedi l’a accusé d’« intentions belliqueuses et hégémoniques », visant à diviser la RDC et à annexer l’Est du pays, riche en ressources minières. Le ministre congolais de la Communication a résumé la situation en une formule cinglante : « Le mal dans la région des Grands Lacs, c’est Paul Kagame ». Et le Burundi n’a pas été épargné. Depuis 2015, le Rwanda héberge les putschistes de 2015 ( dont la liste officielle des mandats d’arrêt prouve l’existence ) et les utilise comme supplétifs pour mener des attaques contre le Burundi. Le président Ndayishimiye a dénoncé à plusieurs reprises les « intentions malveillantes » du Rwanda et affirmé disposer de preuves que Kigali prépare une attaque contre son pays.
Red Tabara, la vitrine armée du « logiciel »
Nininahazwe ne se contente pas de la guerre numérique. Il est également le relais médiatique de Red Tabara, ce groupe terroriste que le président Ndayishimiye a lui-même dénoncé comme étant « nourri, protégé, hébergé et entretenu en termes de logistique et de moyens financiers par le Rwanda ». Le Red Tabara, allié de l’AFC-M23 soutenu par le Rwanda, revendique des attaques contre des populations civiles, comme celle du 11 mai 2024 à Bujumbura, qui a blessé une trentaine de personnes. Chaque attentat est immédiatement relayé par les réseaux de Nininahazwe, qui s’emploie à en minimiser la gravité ou à en rejeter la responsabilité sur le gouvernement. Le Rwanda nie toute implication, mais les preuves s’accumulent. Le président Ndayishimiye a récemment déclaré que le Rwanda envisageait d’attaquer le Burundi et que Red Tabara était une « force supplétive similaire au M23 ». Une accusation que le groupe terroriste a démentie, mais dont la crédibilité est confortée par les nombreux rapports faisant état de l’implication rwandaise.
Une stratégie de la haine pour faire haïr le pays
L’objectif ultime de cette machine est simple et terrible : faire haïr le Burundi par les Burundais eux-mêmes. En noyant le débat public sous un flot de négativité, en exagérant les difficultés et en passant sous silence les progrès accomplis (croissance économique de 4,2 %, inflation maîtrisée, stabilité retrouvée ), Nininahazwe et ses relais cherchent à briser l’unité nationale et à préparer le terrain pour un chaos électoral en 2027.
« Ils pensent qu’avec des tweets et des posts Facebook, ils vont faire tomber un État », confie un Burundais vivant en diaspora, approché par ces réseaux. « C’est d’un ridicule… mais c’est dangereux. Parce qu’ils manipulent des jeunes désœuvrés, ils jouent avec leur avenir. »
Un autre témoin, un journaliste burundais réfugié en Europe, abonde : « Le Rwanda a fait de la déstabilisation du Burundi son business. C’est une machine à sous. Chaque attaque de Red Tabara, chaque article mensonger, chaque tweet haineux est une pièce dans la machine. Ils veulent nous faire croire que le Burundi est un État failli, qu’un génocide se prépare. C’est un écran de fumée pour justifier leur ingérence. », lit-on dans le blog The Burundian.
Un homme aux multiples visages
Pacifique Nininahazwe est un caméléon. Tour à tour défenseur des droits de l’homme, opposant politique, porte-parole de la diaspora, ou encore collecteur de fonds pour des causes douteuses, il change de masque selon les interlocuteurs et les financements. Tantôt membre de la société civile, tantôt politicien au sein du CNARED ! Mais derrière cette façade, une constante : sa loyauté à Kigali. Avec lui, Dieudonné Bashirahishize et d’autres avocats de Paul Kagame( tous sous le coup de mandats d’arrêt internationaux émis par Gitega) forment une véritable « mafia burundaise » au service de Paul Kagame, une cinquième colonne qui, de l’étranger, ont un projet macabre mais irréaliste de miner les fondements de l’Etat burundais.
Le Burundi, rempart face au chaos
Alors que Nininahazwe et ses acolytes s’activent dans l’ombre, le Burundi, lui, avance. Sous le leadership éclairé du président Ndayishimiye, le pays affiche une stabilité et des progrès économiques qui démentent les narratifs catastrophistes diffusés depuis Kigali. Les Burundais, dans leur grande majorité, ne se reconnaissent pas dans ce flot de haine et de mensonges.
« Nous ne nous laisserons pas faire », confie un haut responsable burundais. « Le Rwanda peut envoyer ses trolls, ses mercenaires numériques, ses rebelles de pacotille. Le Burundi restera debout. Parce que nous, nous avons choisi la paix, la réconciliation et le dialogue. Pas la guerre et la haine. »
Une chose est sûre : Pacifique Nininahazwe, ce logiciel de l’instabilité, n’aura pas le dernier mot. La justice burundaise a déjà frappé, comme en témoigne le communiqué officiel du Parquet Général. Quant à Paul Kagame, son bilan depuis 1994 est celui d’un fauteur de guerre, d’un déstabilisateur en série dont les ambitions hégémoniques menacent toute la région des Grands Lacs. Reste à savoir si les commanditaires de Kigali oseront poursuivre leur dangereux jeu, alors que le Burundi se prépare à une échéance électorale décisive en 2027.
Par notre correspondant à Gitega






