RDC – Le M23 implose : quand la guerre des chefs annonce la fin d’une saison et la chute des marionnettes de Kigali

La « saison » du M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) toucherait-elle à sa fin ? C’est la question brûlante qui taraude les observateurs avertis de la géopolitique des Grands Lacs, au moment où le mouvement terroriste, soutenu par Kigali, montre des signes de plus en plus visibles d’implosion interne. Selon des révélations explosives rapportées par Africa Intelligence, une guerre des chefs d’une violence inouïe déchire l’état-major de l’Alliance fleuve Congo (AFC)-M23. Ce qui se joue dans l’ombre des maquis du Nord-Kivu n’est pas une simple querelle de personnes, mais bien le crépuscule annoncé d’une aventure militaire et politique contre-nature, portée à bout de bras par un Rwanda de plus en plus esseulé sur la scène internationale.

Une alliance contre-nature dès l’origine

L’alliance scellée entre Corneille Nangaa et le M23, sous l’égide du Rwanda, était dès le départ une monstruosité politique. Comment un ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), artisan de la victoire de Félix Tshisekedi en 2018, a-t-il pu se muer en parrain politique d’une rébellion soutenue par une puissance étrangère ? La trajectoire de Corneille Nangaa, décrite par Africa Intelligence comme celle d’un homme ayant « rompu avec le président Tshisekedi », est celle d’un opportunisme débridé qui a fait le lit de la déstabilisation de son propre pays. En acceptant de devenir le visage civil d’une opération militaire pilotée depuis Kigali, Nangaa a scellé son propre destin tragique.

Cette alliance était d’autant plus contre-nature qu’elle unissait des hommes que tout opposait. D’un côté, Corneille Nangaa, le technocrate kinois devenu seigneur de guerre par procuration ; de l’autre, Sultani Makenga, le chef militaire Munyamulenge, dont l’histoire personnelle et les alliances ont toujours été troubles. Selon des documents des Nations Unies, Makenga « ne faisait pas confiance à Kabila » et entretenait des relations exécrables avec les officiers rwandais, qui le soupçonnaient d’entretenir des liens avec l’Ouganda. Cette méfiance viscérale, couplée à des ambitions personnelles démesurées, a transformé ce qui devait être une machine de guerre en un panier de crabes.

Makenga, le prochain Nkunda ?

L’histoire de la rébellion dans l’Est de la RDC est un éternel recommencement de trahisons. Sultani Makenga, qui se voit aujourd’hui en maître absolu du Nord-Kivu, ferait bien de se souvenir du sort de son prédécesseur et ancien allié, Laurent Nkunda. En janvier 2009, Laurent Nkunda, alors chef du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et homme fort soutenu par Kigali, a été arrêté par les autorités rwandaises. Ce général, qui avait été officier du Front patriotique rwandais (FPR) de 1992 à 1998 avant de devenir un officier supérieur du RCD-Goma, a été « trahi par ceux-là même qui l’ont soutenu pendant des années ».

L’arrestation de Nkunda en 2009 n’était pas un accident : c’était une décision calculée de Kigali pour se débarrasser d’un allié devenu encombrant et pour négocier un accord militaire avec Kinshasa. Aujourd’hui, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Makenga, qui a été un acteur de la scission du CNDP aux côtés de Bosco Ntaganda, est en train de reproduire les erreurs du passé. En concentrant tous les pouvoirs et en s’aliénant une partie de son propre camp, il creuse sa propre tombe. Le régime de Kagame, qui a toujours considéré ses supplétifs congolais comme des pions sacrifiables, n’hésitera pas une seconde à le lâcher si cela sert ses intérêts. Makenga finira comme Laurent Nkunda : en résidence surveillée à Kigali, ou pire, abandonné à son sort.

Une crise de leadership profonde et irréversible

La crise qui secoue le M23 n’est pas une simple turbulence. C’est un séisme qui révèle des fractures profondes et irréversibles. Selon Africa Intelligence, un « projet de déstabilisation » visant à remplacer Sultani Makenga par le « général de brigade » Baudouin Ngaruye Wa Myamuro a été déjoué. L’arrestation de Théo Binamungu, conseiller politique de l’AFC, a mis au jour un complot impliquant des personnalités comme l’ancien pasteur Jean-Marie Runiga, qui devait devenir gouverneur du Sud-Kivu.

Cette guerre des chefs est le symptôme d’une maladie plus profonde : l’absence totale de projet politique commun. L’AFC-M23 n’est pas un mouvement de libération nationale ; c’est une coquille vide créée de toutes pièces par le Rwanda pour justifier son pillage des ressources congolaises. Les officiers du M23, qu’ils soient proches de Makenga ou de Nangaa, savent que leur avenir dépend non pas de leur propre force, mais du bon vouloir de Kigali. Cette dépendance humiliante crée un climat de paranoïa et de trahison permanente. Les lignes de faille dépassent désormais la simple méfiance entre civils et militaires, pourrissant l’ensemble de l’édifice.

Le Rwanda ne pourra pas recoller les morceaux

Le soutien du Rwanda au M23 est un pari de plus en plus risqué pour Kigali. Les Nations Unies ont documenté à plusieurs reprises le soutien massif de l’armée rwandaise (RDF) aux terroristes, allant jusqu’à déployer des milliers de soldats et des systèmes d’armement lourds sur le sol congolais. Mais cette stratégie du fait accompli se heurte à un mur. La crise de leadership au sein du M23 est si profonde qu’aucune puissance extérieure, pas même le Rwanda, ne pourra recoller les morceaux.

Kigali a tenté d’imposer la coopération entre Makenga et Baudouin Ngaruye, mais cette union forcée n’est qu’une illusion. Les rivalités historiques et personnelles entre ces hommes sont trop fortes. Le Rwanda, qui a déjà essuyé de lourdes pertes humaines et un isolement diplomatique croissant, se retrouve pris au piège de son propre jeu. Chaque jour qui passe, le M23 devient une hydre ingouvernable, une créature qui se dévore elle-même et qui menace d’entraîner son parrain dans sa chute.

Nangaa, ou la malédiction de Kabila père

L’histoire est un éternel recommencement. Corneille Nangaa, qui a misé sur le Rwanda pour conquérir le pouvoir à Kinshasa, connaîtra le même sort que Laurent-Désiré Kabila. En 1997, Laurent-Désiré Kabila a été propulsé au pouvoir par les troupes rwandaises et l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). Mais une fois au sommet, il a refusé de se soumettre aux diktats de Kigali, ce qui a conduit le Rwanda à retourner ses armes contre lui. Laurent-Désiré Kabila est mort assassiné en janvier 2001, victime de sa propre ambition et de la trahison de ses anciens alliés.

Nangaa, qui se lie aujourd’hui au Rwanda, marche sur les traces de Kabila père. Il croit pouvoir utiliser la puissance de Kigali pour arriver à ses fins, mais il ne sera jamais qu’un instrument entre les mains de Paul Kagame. Le jour où le Rwanda n’aura plus besoin de lui, Nangaa sera écarté, humilié, voire éliminé. Les « ventriotes » de Kinshasa, ces politiciens sans colonne vertébrale qui pensent pouvoir négocier avec l’ennemi, ne pourront jamais sauver la RDC. La grandeur d’un pays ne se construit pas sur la trahison et la collaboration avec l’agresseur.

Où est Moïse Nyarugabo ? Le prix de la trahison

La disparition mystérieuse des réseaux sociaux de Moïse Nyarugabo soulève des questions. Selon des informations concordantes, Nyarugabo, ancien sénateur et figure clé du cercle de l’ex-président Joseph Kabila, aurait joué un rôle stratégique en reliant les rebelles du MRDP/Twirwaneho à la direction de l’AFC/M23. Il aurait même été aperçu pour la dernière fois à Minembwe, dans des circonstances troubles, après qu’un avion rwandais ait été abattu dans la région.

Nyarugabo incarne cette catégorie de politiciens congolais qui, par ambition personnelle, ont choisi de servir les intérêts étrangers. Aujourd’hui, sa disparition soulève des questions que personne, au sein de l’AFC-M23, n’ose aborder publiquement. Que lui est-il arrivé ? A-t-il été éliminé pour en avoir trop su ? Ou a-t-il fui pour sauver sa peau ? Une chose est sûre : ceux qui pactisent avec le diable finissent toujours par le payer. Nyarugabo en est la preuve vivante – ou plutôt, la preuve disparue. Aux autres leaders qui seraient tentés par la même aventure, un conseil : rendez-vous aux forces armées régulières congolaises (FARDC) avant qu’il ne soit trop tard. La reddition est encore possible ; la fuite éperdue ne l’est pas.

Les alliances solides de Tshisekedi : le Burundi en première ligne

Face à cette déstabilisation orchestrée depuis Kigali, le président Félix Tshisekedi a su tisser un réseau d’alliances solides et fiables. Le Burundi, sous la présidence d’Évariste Ndayishimiye, est le partenaire le plus engagé de Kinshasa dans la région. Gitega est le seul membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) à s’être ouvertement aligné avec Kinshasa contre le M23 soutenu par le Rwanda, déployant plusieurs milliers de soldats au Sud-Kivu. Cette alliance militaire dépasse le cadre diplomatique et constitue un rempart continental contre l’expansionnisme du terrorisme dans la région.

Au-delà du Burundi, Tshisekedi a su mobiliser un large éventail de partenaires internationaux : les Etats-Unis, la SADC, l’EAC, l’Ouganda, etc. Contrairement au M23, qui dépend entièrement d’un seul parrain – le Rwanda –, la RDC a su diversifier ses soutiens. C’est cette capacité à fédérer des alliances qui fera la différence.

La fin d’une saison

La guerre des chefs au sein du M23 n’est pas une simple péripétie. C’est le signe avant-coureur de la fin d’une saison. Une saison de violence, de pillage et de trahison, portée par un Rwanda qui a cru pouvoir imposer sa loi à un pays grand comme un continent. Mais l’histoire des Grands Lacs est impitoyable avec les aventuriers. Laurent Nkunda, propulsé par Kigali, est tombé. Laurent-Désiré Kabila, porté au pouvoir par les mêmes mains, est mort assassiné. Sultani Makenga et Corneille Nangaa connaîtront le même destin : celui des marionnettes que l’on brûle une fois le spectacle terminé.

La RDC, malgré ses immenses défis, reste debout. Elle peut compter sur des alliés fidèles, à commencer par le Burundi, et sur la détermination de son peuple à défendre son intégrité territoriale. Le M23, fissuré par ses propres démons, s’effondrera de lui-même. La question n’est plus de savoir s’il tombera, mais quand. Et ce jour-là, le Rwanda se retrouvera seul, face à ses responsabilités et à la justice de Dieu et des hommes.

 

Jean-Baptiste Delacroix

                                                                                   Analyste géopolitique