Burundi : Le 7ème Forum de haut niveau des Femmes Leaders clôturé à Kiriri

Les femmes-tambour de Kiriri – L’autonomisation des femmes et la résilience climatique au cœur d’un forum panafricain à Bujumbura.

Bujumbura ( BDIAGNEWS ), 05/11/2026 – Au Burundi, on raconte que le monde n’a commencé ni par un Mwami ni par une épée, mais par un battement. Le battement d’un tambour. Et ce tambour était une femme. Elle s’appelait Mukakaryenda, la Dame Karyenda, le tambour sacré. Les Barundi sont son peuple : un peuple de l’Ubungoma, la cosmologie du tambour. Leur pays, Ingoma y’Uburundi, est un vieil État-Tambour millénaire, l’un des plus anciens royaumes d’Afrique. Ici, Ingoma veut dire à la fois le tambour, le royaume et le pouvoir. Même l’économie bat à ce rythme : c’est l’UbuMu, l’économie-Tambour, celle de la murimakazi, la cultivatrice. Le « Mu » de Mukakaryenda. Car le tambour a un cœur de femme. Il fallait s’en souvenir, cette semaine de novembre 2026, pour comprendre ce qui se jouait sur les hauteurs de Bujumbura : pendant deux jours, ce sont des femmes qui ont fait battre le pays.

Le Palais présidentiel de Kiriri domine Bujumbura. De là-haut, on voit la ville descendre vers le lac Tanganyika. C’est là que, le mercredi 4 novembre 2026, s’est ouverte la 7ᵉ édition du Forum de haut niveau des Femmes Leaders.
Au centre de la scène se tenait S.E. Ndayubaha Angeline, la très aimée Première Dame du Burundi, qui porte ce forum. À ses côtés, son époux, le Général Major Ndayishimiye Évariste, Président de la République. L’homme épaulait la femme : dans le pays du tambour-femme, l’image avait quelque chose de juste.
D’autres voix d’Afrique avaient fait le voyage. Les Premières Dames de Centrafrique, d’Angola et du Sénégal étaient là, avec de nombreuses personnalités du continent. Toutes réunies autour d’un thème au long nom, mais à l’idée simple : « Autonomisation des jeunes filles et des femmes : levier stratégique pour le développement du capital humain et le renforcement de la résilience face aux changements climatiques ». Autrement dit : quand une femme se lève, c’est toute une famille, toute une terre qui tient debout face aux tempêtes.

La Première Dame, S.E. Ndayubaha, a pris la parole la première. Elle s’est adressée aux femmes comme on s’adresse à des bâtisseuses. Protéger l’environnement. Entreprendre. Faire fructifier la terre et ce qu’elle donne. Puis elle s’est tournée vers les plus jeunes, les filles, et les a encouragées à aller au bout de leurs études, jusqu’à l’université. Pour chaque fille qui l’entendait, le message pesait lourd.
Le Président, S.E. Ndayishimiye, a parlé ensuite, et il a parlé de complémentarité. L’homme et la femme, a-t-il expliqué en substance, ne sont pas deux forces rivales, mais deux mains d’un même corps. Ensemble, ils peuvent construire des familles capables de vivre de leur propre travail d’ici 2030. Il a aussi recommandé une agriculture durable, qui nourrit sans épuiser le sol.
Les paysannes des collines n’avaient sans doute pas toutes une place dans la salle. Mais c’est d’elles qu’on parlait : de leurs champs, de leurs pluies devenues capricieuses, de leurs filles qui rêvent d’amphithéâtres.

Un forum ne vit pas que de discours. Celui-ci a aussi semé quelque chose. On y a lancé la campagne Building Resilience, prévue de 2025 à 2027, pour aider les communautés à tenir face aux chocs du climat. Et l’on a ouvert le Salon international de l’entrepreneuriat féminin, le SAIEF-CEEAC : des stands, des produits, des femmes venues montrer ce qu’elles fabriquent, cultivent et vendent.
Le lendemain, jeudi 5 novembre, il revenait au Vice-Président, S.E. Bazombanza Prosper, de refermer les travaux. Il l’a fait en rappelant les chantiers qui restent ouverts : l’éducation des filles, l’entrepreneuriat féminin, la santé et l’autonomie économique des femmes. Quatre mots-clés, comme quatre baguettes posées sur la peau du tambour, en attendant qu’on les reprenne.

Quand les délégations sont reparties vers Bangui, Luanda et Dakar, Kiriri a retrouvé son calme. Mais l’écho, lui, ne s’est pas tu.
Car au Burundi, rien ne se perd du battement des tambours. Il passe de colline en colline, de mère en fille. Mukakaryenda, la Dame-Tambour des commencements, aurait peut-être reconnu ses filles dans ces femmes réunies à Kiriri : des femmes qui parlent de terre, de pluie, d’école et de travail, et qui savent que le pays tout entier bat au rythme de leur cœur.

Références bibliographiques

• Niyongabo, Philippe. Le Tambour sacré et ses secrets multiples. Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
• Mbonyingingo, Leona. L’Épouse du tambour. Montréal, 2025.
• Nahimana Karolero, Pascal. Histoire du Burundi : les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain — Ingoma y’Uburundi. Bruxelles : Génération Afrique, 2024.
• Nahimana Karolero, Pascal. Ubungoma – cosmologie du tambour ; Ingoma : cosmologie du son. Bujumbura : Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
• Nahimana Karolero, Pascal. Ingoma : État-Tambour. Cosmocratie de l’Ubungoma. Bujumbura : Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.
• Nahimana Karolero, Pascal. Ubumu : Économie-Tambour. Cosmo-économie de l’Ubungoma. Bujumbura : Les Éditions du Tambour – Ingoma Éditions, 2026.

   

 

 

                 

Sources : Nahimana P. , BDIAGNEWS, http://burundi-agnews.org, jeudi 5 novembre 2026 | Photo : Ntare Rushatsi House