Quand l’enquête dérange, la riposte change de terrain. Incapable de réfuter les faits, Olivier SUGURU choisit la diversion identitaire et la communication sous-traitée depuis l’étranger. Mais un écran de fumée, aussi dense soit-il, ne fait pas disparaître les braises d’un incendie financier documenté. L’article publié le 29 janvier 2026 sur le blog Burundi Daily par Esdras, depuis la France, n’est pas une réponse judiciaire, ni un démenti factuel. C’est un exercice classique de relations publiques de crise, commandité lorsque l’étau se resserre et que le silence devient trop coûteux. Le texte ne réfute aucune des révélations de notre série Acte I à Acte XIV. Il les contourne. Il ne nie pas ; il déplace. C’est là le premier aveu.
Si Olivier SUGURU estimait son honneur injustement sali, la voie la plus crédible ne serait ni un blog ami ni une tribune émotionnelle, mais une démarche claire : se présenter devant la justice, coopérer aux audits, rembourser les dettes colossales qui menacent la stabilité de la BANCOBU, et restituer à la REGIDESO les fonds publics détournés via son associé à travers des fournitures fictives de carburant et de groupes électrogènes, telles que documentées par plusieurs sources concordantes. Le recours à une plateforme médiatique externe, financée et alignée, n’est pas une défense : c’est une opération de blanchiment réputationnel, tardive et mal calibrée. Trop tard, car les faits allégués sont déjà versés dans le débat public. Trop faible, car aucun n’est contredit.
De l’Acte I à l’Acte XIV, une constante s’impose : aucun démenti précis. Pas une facture produite. Pas un audit indépendant. Dans le journalisme d’investigation, ce silence obstiné face à des accusations documentées vaut confirmation implicite, ou à tout le moins incapacité à réfuter. À ce stade, le débat n’est plus : les faits sont-ils faux ? Mais : pourquoi ne sont-ils jamais contestés sur le fond ? Payer pour une tribune à l’étranger plutôt que de répondre point par point devant les instances nationales compétentes est un aveu de faiblesse stratégique. Cela révèle une préférence pour le combat médiatique plutôt que pour le terrain de la preuve et du droit, le seul qui devrait prévaloir dans une affaire d’une telle gravité.
L’axe central de la tribune de Burundi Daily repose sur une accusation grave : notre enquête serait motivée par l’ethnicité. Cette affirmation est factuellement fausse. Notre journal n’a jamais ciblé Olivier SUGURU pour son appartenance ethnique, mais pour des pratiques économiques et institutionnelles alléguées. Il ne représente aucune ethnie. Il est la corruption personnifiée. La preuve est simple : à l’hémicycle de Kigobe où il siège depuis 2020 comme député, plus de 40 % des députés sont tutsis ; aucun d’eux n’a jamais fait l’objet de nos publications ; la majorité des Tutsis burundais sont des citoyens probes, et nombreux sont ceux qui rejettent publiquement la corruption. Réduire cette affaire à une question identitaire est une manœuvre de diversion, utilisée quand les faits deviennent trop lourds. Ce procédé est connu en psychologie sociale et en analyse rhétorique sous le nom de « diversion identitaire », combinée à une stratégie de red herring : détourner l’attention du sujet principal vers un faux débat émotionnel pour échapper à l’examen des preuves.
En citant des personnalités honorables pour affirmer qu’« il n’est pas seul », Olivier SUGURU active une autre technique classique : la culpabilité par association inversée (ou association protective). Il s’agit d’embarquer des citoyens probes dans une affaire de corruption présumée afin de se diluer dans le collectif et de rendre toute sanction politiquement coûteuse. Mais être entouré d’honorables citoyens ne blanchit pas des actes individuels. La responsabilité pénale n’est ni ethnique, ni collective. Cette stratégie de noyade dans la masse trahit une volonté de créer une équivalence morale fictive, où l’existence d’autres problèmes servirait d’excuse à ses propres agissements. Chaque dossier doit être traité à son propre mérite, et celui de M. SUGURU, documenté sur quatorze actes, appelle non pas à des comparaisons, mais à une mise en cause personnelle et directe.
La critique de notre usage du mot « cancer » relève d’un faux procès. Cette métaphore est universelle. L’activiste anti-corruption Gabriel Rufyiri l’emploie régulièrement. Les économistes l’utilisent. Les institutions internationales aussi. La corruption détruit silencieusement, métastase, affaiblit les organes vitaux de l’État. L’image est juste. Même l’ancien président tanzanien John Magufuli affirmait : « It is better to take poison than corruption. » La Bible renchérit : « Une balance fausse est en horreur à l’Éternel, mais le poids juste lui est agréable » (Proverbes 11:1). Notre appel aux autorités pour une intervention chirurgicale n’est donc ni violent ni exagéré ; il est l’expression d’une urgence partagée par tous ceux qui voient l’économie nationale saignée à blanc.
Le célèbre activiste anti-corruption Gabriel Rufyiri montrant que la corruption est un cancer
Ce réveil médiatique n’est pas fortuit. Dans l’Acte XIV, nous annoncions la poursuite de nos investigations sur les exemptions fiscales accordées à SAVONOR, liées à des importations de matières premières fictives. L’article de Burundi Daily arrive comme un contre-feu préventif, une tentative de discréditer le messager avant la prochaine révélation. Nous poursuivrons. Nous savons aussi que des tentatives d’intimidation visant nos journalistes et créateurs de contenus sont en cours. Elles échoueront. Comme dit le proverbe burundais : « Ibuye riserutse ntiryica isuka » . La vérité est tenace ; elle résiste à la menace comme elle résiste à la diversion.
Enfin, nous n’écrivons ni par haine, ni par appartenance, ni par calcul partisan. Nous écrivons par devoir patriotique. Pour empêcher que la destruction du système financier burundais ne devienne irréversible. La vérité ne se noie pas dans les tribunes commandées. Elle attend. Et elle revient toujours à la surface. L’Acte XV n’est pas une fin. C’est un avertissement adressé à ceux qui croient pouvoir remplacer les comptes à rendre par la communication, et la justice par l’ethnicisation du débat. Le peuple burundais mérite mieux. Il mérite des actes, des réparations, et des institutions enfin préservées des prédateurs, quelles que soient leurs origines ou leurs réseaux. Le temps de l’opération chirurgicale, tant annoncée, n’est plus une métaphore journalistique : c’est une prescription de salut public.
Par Jean Jolès Rurikunzira






