Le concept Fun Factory ouvre un dialogue féminin sur l’identité, le silence et l’héritage spirituel au Burundi.
Bujumbura, 31/01/2026 (BdiAgnews) – Au Burundi, la Femme a cessé d’être elle-même à partir de 1929, avec la conversion forcée opérée par les missionnaires Pères Blancs et la colonisation belge, transformant la Femme-Tambour Mukakaryenda en Maria Ruburisoni. Cette rupture a entraîné la disparition progressive de l’institution du Tambour sacré Karyenda et de l’Ubungoma, la cosmologie des Barundi, marquant une profonde aliénation spirituelle et symbolique du féminin.
C’est dans ce contexte qu’à l’African Queen Empire, à Rohero, le concept Fun Factory a réuni femmes et filles, non pour assister à une conférence ni écouter des vérités toutes faites, mais pour déposer le poids du quotidien, se rencontrer autrement et surtout parler. Pour Ingabire Quinta, initiatrice du concept, l’objectif est de créer des espaces de pause et de parole afin de briser la culture du silence : permettre aux femmes de partager, de questionner ce qu’elles ont intégré comme normalité et de renouer avec la place de la Femme burundaise, cette Femme forte d’antan, en sortant de l’aliénation spirituelle héritée de la période coloniale.
Dans la pensée « à la manière du Tambour Sacré » d’Ubungoma, à l’inverse des sociétés libérales occidentales centrées sur le « moi » et le « je », l’individu n’existe pas comme entité isolée mais comme être commun, porteur d’un même son que les autres membres de son muryango, sa lignée, selon le principe d’Ubuntu : « je suis parce que nous sommes ». Le Féminin y est maître du Monde supérieur — celui de l’âme, du cœur et de l’Amour — incarné par le Tambour sacré, donnant naissance au Monde inférieur, celui du son et de la forme, dont le Masculin est dépositaire. Ingoma y’Uburundi reposait ainsi sur une dyarchie sacrée, guidée par la Femme-Tambour Mukakaryenda (représentant le Tambour sacré, la Divinité suprême) et le Mwami (représentant Imana), où la mère donne la vie, nourrit et protège, tandis que le père transmet le son, la forme et le muryango.
Références :
– Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Bruxelles, Génération Afrique, 2025 | https://nahimanakarolero.com
– Mbonyingingo Leona, L’Épouse du tambour, Montréal, 2025.
– Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Éd. Génération Afrique, 2024 | https://nahimanakarolero.com

Sources : Nahimana P. , http://burundi-agnews.org, Samedi 31 janvier 2026 | Photo : IRIS NEWS






