Publication CVR relance le débat sur Ingoma y’Uburundi
Bujumbura, 25/02/2026 (BdiAgnews) – Dans ce monde multipolaire qui oblige chacun à relire son histoire, la mémoire d’Ingoma y’Uburundi remonte à la surface comme une braise que l’on croyait éteinte. Mercredi, le très apprécié Ndayicariye Pierre Claver, Président de la CVR du Burundi, a publié sur son compte X une photographie du Mwami Mwambutsa Bangiricenge aux côtés de la Mwamikazi Baramparaye : un simple cliché, mais chargé d’un siècle de fractures. Car derrière cette image se dessine la grande cassure du Burundi colonial, lorsque la Mwamikazi Kanyonga, devenue Kanyonga Thérèse en 1944, s’inscrit dans la voie catholique ouverte par les campagnes de christianisation des années 1930, tandis que Bangiricenge demeure, lui, fidèle à l’Ubungoma – et à l’Ubuntu – des ancêtres. Dans ce récit, 1929 reste l’année-charnière : Mukakaryenda, Ruburisoni, figure associée au Tambour sacré, est convertie de force et rebaptisée Maria Ruburisoni, accélérant l’effacement de l’institution du Karyenda, tambour-ingoma sacré et garant de l’Ubungoma, comme si l’on arrachait à Ingoma sa seconde jambe, cette dyarchie Karyenda/Mwami qui donnait équilibre et sens à l’État des Barundi. Dès lors, la royauté se retrouve seule (une monarchie), amputée d’un pilier, tandis que les lignages se recomposent dans la tourmente : Mwamikazi Kanyonga, mère de Rwagasore Louis, Iribagiza Rosa Paula et Kanyange Régina, est rattachée à un muryango lié à Mwami Mutaga Senyamwiza (famille de Batabazi) ; Mwamikazi Baramparaye (1927–2007), du muryango des Bakundo (lignée de Mwami Ntare Rutshatsi), donne naissance au dernier Mwami du Burundi, Ntare Ndizeye. Puis vient le temps des ruptures politiques : 1965-1966, fin d’Ingoma y’Uburundi et exil de Mwambutsa Bangiricenge en Suisse ; 1972, « Génocide » (Fin de l’Ubumu) et « Régicide » avec l’assassinat violent de Ntare Ndizeye dans le sillage de la République (nouvel état néocolonial) ; 2007 enfin, disparition de Mwamikazi Baramparaye à Gitega. Et c’est ainsi qu’une photo, aujourd’hui, rouvre le débat : celui d’une continuité brisée, d’une souveraineté redéfinie, et d’une histoire burundaise qui se raconte encore, entre mémoire, spiritualité et géopolitique.
Références :
– Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Éditions Génération Afrique, 2024. 🔗 https://nahimanakarolero.com
– Mbonyingingo Leona, L’Épouse du tambour, Montréal, 2025.
– Nahimana Karolero Pascal, Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité, Bruxelles, Génération Afrique, 2025. 🔗 https://nahimanakarolero.com
– Sindayigaya Jean-Marie, Renaissance de l’Afrique par les Valeurs de l’Africanité-Ubuntu, Bruxelles, 2023
– Ntabona Adrien, L’Ubuntu ( Humanité réussie ), ses roses et ses épines au Burundi, Bujumbura, Cirid, 2020
– Baranyanka Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (« La Croix et la Bannière » désigne l’alliance historique entre le Vatican, la France – notamment via les Pères Blancs de Lavigerie –, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXᵉ siècle.)
– En février 2025, l’Union africaine (UA) a qualifié officiellement l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide contre les peuples africains. Cette décision, adoptée le 16 février lors de la 38ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, marque un tournant dans la quête de justice historique pour le continent.

DAM, NY, AGNEWS : http://burundi-agnews.org, Jeudi 26 février 2026 | Photo : CVR Burundi






