Strasbourg-Kigali-Washington : comment l’Ambassadeur du Burundi à Bruxelles a inspiré le tournant américain contre le Rwanda ?

En dénonçant avec une clarté implacable le rôle du Rwanda dans l’Est de la RDC devant le Parlement européen le 18 décembre 2025, l’ambassadeur du Burundi à Bruxelles, Son Excellence Thérence Ntahiraja, a non seulement éclairé les eurodéputés, mais a aussi posé les jalons d’une pression internationale inédite. Moins de trois mois plus tard, ses appels ont trouvé un écho concret : les États-Unis ont sanctionné l’armée rwandaise et quatre de ses hauts gradés. Retour sur un discours prophétique et son impact géopolitique.

Un réquisitoire historique à Strasbourg

C’était le 18 décembre 2025. Dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, alors que le nouveau contexte géopolitique issu des accords de Washington bouleverse les équilibres, la voix de Thérence Ntahiraja, l’Ambassadeur du Burundi près le Royaume de Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg et l’Union Européenne (UE), s’élève. Invité central d’un débat aux côtés de son homologue congolais et de plusieurs eurodéputés, le diplomate burundais ne se contente pas de décrire la « situation humanitaire dramatique » au Kivu.

Devant une diaspora nombreuse et des élus attentifs, il va droit au but : il accuse formellement le Rwanda de soutenir militairement les terroristes du M23 et de violer les accords de paix fraîchement signés. Selon des sources présentes dans la salle, l’Ambassadeur NTAHIRAJA a livré une analyse précise des rouages du conflit, détaillant comment l’armée rwandaise (RDF) déstabilise la région, provoquant un afflux massif de réfugiés congolais vers le Burundi.

En amont, l’Ambassadeur Thérence NTAHIRAJA a rappelé le déclenchement du génocide rwandais de 1994 et les auteurs de ce déclenchement, sans oublier le génocide et les crimes contre l’humanité commis par les agresseurs de la RDC depuis 1996. Il a appelé l’Union européenne à « imposer des sanctions » et à « agir sans délai » face à ce qu’il considère comme un agissement déstabilisateur, prévenant que le Burundi, bien que s’étant abstenu de combattre conformément aux accords, se réservait un droit de légitime défense.

Les quatre piliers de la proposition NTAHIRAJA

L’intervention de l’ambassadeur NTAHIRAJA ne fut pas qu’une dénonciation ; elle a esquissé une feuille de route en plusieurs points pour la communauté internationale, et particulièrement pour l’Europe et les États-Unis. Si le discours complet de l’Ambassadeur est disponible en ligne, ses propositions peuvent se résumer ainsi :

  1. La désignation des responsables : L’accent mis sur le rôle direct de l’armée rwandaise officielle (RDF), et non pas seulement de supplétifs, dans les opérations militaires au Congo ;
  2. La fin de l’impunité pour les hauts gradés : Le ciblage, au-delà de l’institution, des figures clés de la hiérarchie militaire qui planifient et exécutent ces opérations ;
  3. Le lien entre sécurité et stabilité régionale : La démonstration que l’offensive rwandaise, notamment près de la frontière burundaise (région d’Uvira), menace d’embraser toute la région des Grands Lacs, transformant un conflit bilatéral en guerre régionale ;
  4. L’exigence de retrait comme préalable : L’idée qu’aucune discussion de paix ne peut aboutir tant que les troupes étrangères et leur équipement ne se sont pas retirés du territoire congolais.

En répondant aux différentes questions des Eurodéputés juste à près son discours convainquant,  l’Ambassadeur Thérence NTAHIRAJA, a rappelé que « les agresseurs de la République Démocratique du Congo ne comprennent que le langage des armes et des sanctions ». D’où, selon lui, seule la neutralisation de ces terroristes constitue un préalable pour ramener la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC.

De Strasbourg au Trésor américain : la mise en œuvre concrète

Ce discours, salué à Strasbourg pour sa « qualité et sa clarté », a traversé l’Atlantique. Le 2 mars 2026, le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain a annoncé des sanctions historiques contre la Rwanda Defence Force (RDF) et quatre de ses hauts gradés. En mettant en parallèle les propositions de l’Ambassadeur NTAHIRAJA et les motifs des sanctions américaines, la corrélation est frappante.

Proposition de l’Amb. NTAHIRAJA (Strasbourg, 18/12/2025)

Sanctions américaines appliquées (Département du Trésor, 02/03/2026)

Sanctionner l’armée rwandaise (RDF) pour son soutien direct au M23.

Sanction contre la RDF, accusée de « soutenir, entraîner et combattre aux côtés du M23 » .

Cibler les hauts gradés, planificateurs des opérations.

Sanctions contre Vincent NYAKARUNDI (chef d’état-major), Mubarakh MUGANGA (chef d’état-major de la défense), Ruki KARUSISI et Stanislas GASHUGI, tous identifiés comme « soutiens critiques » .

Dénoncer la menace d’une « régionalisation du conflit » , notamment aux abords du Burundi.

Le Trésor justifie les sanctions car la présence du M23/RDF « près de la frontière avec le Burundi fait courir le risque d’une escalade du conflit en une guerre régionale plus large » .

Exiger le retrait des troupes pour une paix durable.

Le Secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ordonne : « Nous exigeons le retrait immédiat des troupes » .

 

« Un signal fort »  venu de Washington

La décision américaine a été immédiatement saluée par Kinshasa. La Ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba-Wagner, y a vu « un signal fort en faveur du respect de la souveraineté » . Le sénateur Jim Risch, Président de la commission des relations étrangères, a renchéri, déclarant que ces sanctions envoyaient « un message brutal » à ceux qui violent les accords .

Pour le Burundi, qui partage une frontière vulnérable avec la zone de conflit, cette évolution est une victoire diplomatique majeure. En portant la voix de la raison et de la preuve à Strasbourg, l’Ambassadeur Thérence NTAHIRAJA a non seulement rempli son mandat d’ambassadeur, mais il a surtout contribué à aligner la position américaine sur les réalités du terrain.

Alors que Kigali rejette ces accusations et dénonce des sanctions « injustes » , l’initiative du diplomate burundais a incontestablement contribué à briser le mur de la complaisance internationale. L’intervention de Strasbourg restera comme un tournant, où la clarté d’un discours a précédé et préparé le basculement d’une politique étrangère majeure.

Par Julien Lelapin

Journaliste géopolitique