59e anniversaire de l’Indépendance : Gitega et Kigali veulent écrire une autre page de leur histoire

Le Burundi a célébré le 59e anniversaire du recouvrement de son l’Indépendance. Des cérémonies riches en couleurs. Des cérémonies marquées par la présence du Premier ministre rwandais, Edouard Ngirente. Le début du dégel peut-être…

« Je suis venu réitérer l’engagement du Rwanda à travailler avec vous Monsieur le Président de la République pour renforcer notre partenariat stratégique. Je suis convaincu que nous sommes prêts à travailler pour la consolidation et la promotion des relations existantes d’amitié au profit de nos deux peuples », a déclaré d’emblée le Premier ministre rwandais lorsqu’il a été présenté au public par le président Evariste Ndayishimiye. « Le moment est venu pour le Burundi et le Rwanda de s’appuyer sur les fondements solides de nos liens historiques et culturels afin de parvenir à la prospérité et au développement durable. » Autre souhait émis par le Premier ministre rwandais.

Selon lui, le moment est venu de parvenir à la prospérité et au développement durable.59e anniversaire de l’Indépendance : Gitega et Kigali veulent écrire une autre page de leur histoire

Le président de la République arrive sur les lieux de la cérémonie après le passage en revue des troupes.

Gitega répond

« Merci pour votre message », réagit juste après le discours du Rwandais, le président Ndayishimiye. Il reconnaîtra que la présence d’Edouard Ngirente est vue comme un miracle. « Les deux pays viennent de passer un bon moment à se taquiner. »

Pour le président Ndayishimiye, il faut lire les signes du temps. « Votre visite a une signification. Nous avons vu, nous avons entendu. » Il a demandé au Premier ministre rwandais de présenter pour lui les salutations les plus chaleureuses à son homologue rwandais, le Président Paul Kagame. « Nous saluons votre présence et cela nous a donné de l’espoir. »

D’autres représentants des pays ont eu l’occasion de saluer le peuple burundais : le président centrafricain, le vice-président tanzanien, le président du sénat kenyan, etc.

Des cérémonies riches en couleurs
Dès 7 h du matin, les gens commencent à s’installer. Les invités arrivent. La sécurité est bien assurée. Pour arriver sur le Boulevard de l’indépendance, un vrai parcours de combattant. Il faut montrer “patte blanche”. Le « checking » est très rigoureux. Le quartier est bouclé.

L’épouse de feu président Melchior Ndadaye arrive. Elle est accueillie avec des honneurs. De même que l’épouse de feu président Pierre Nkurunziza. À côté d’elles, il y a les anciens présidents de la République, Sylvestre Ntibantunganya et Domitien Ndayizeye. Plusieurs présidents des partis politiques agrées au Burundi sont aussi présents. La société civile aussi. Les ambassadeurs accrédités au Burundi.
Des délégations arrivent petit à petit. Le Premier ministre tanzanien, un ministre d’Etat du Qatar, un envoyé spécial du président ougandais, un représentant de l’Egypte, la représentation kenyane, ….

Le Premier ministre Alain Guillaume Bunyoni en train de discuter avec son homologue rwandais, Edouard Ngirente.

Et puis arrive le Premier ministre rwandais, Edouard Ngirente. Il est accueilli avec acclamation. « Je pensais que c’est une blague », commente une personne. Les responsables du protocole le font asseoir entre le Premier ministre, Alain Guillaume Bunyoni, et le Premier ministre tanzanien. Avec M. Bunyoni, ils ont discuté pendant une bonne dizaine de minutes. « Vers un réchauffement effectif ? », s’interroge un journaliste.

Le président centrafricain, Michel Archange Touadéra, arrive avec sa délégation. La première dame est accueillie aux environs de 10 h30. Le président Evariste Ndayishimiye 30 minutes après son épouse sous une tonne d’acclamations,, après le passage en revue des troupes.

Et le moment tant entendu arrive
La foule, pas nombreuse assiste au traditionnel défilé. 59 tambourinaires ouvrent les cérémonies. Les banques, les coopératives Sangwe, les Femmes Intwari, l’équipe « alléluia Fc », etc. Chaque ministère est représenté. Le ministère de la Justice fait une déclaration : elle promet de soutenir le président Ndayishimiye. Elle promet que la justice sera le tremplin de l’indépendance économique.

Pour les divertissements, la foule est servie. Le groupe Benentare fait une présentation d’une trentaine de minutes de mouvements d’ensemble. A la tête, la fille du président. Par après, les éternelles majorettes.

Les parachutistes font une grande sensation.

Et arrive le défilé des militaires. Plusieurs bataillons se succèdent. Les commandos, les parachutistes, Un vrai régal. Les femmes militaires passent devant les différentes tribunes. Les acclamations fusent de partout. Comme pour les policières. Les policiers vont aussi défiler. « Ils défilent magistralement », commente un journaliste tanzanien. Par après, il y aura des démonstrations des policiers et des militaires : débarquement et embarquements, défense en rappel (des militaires qui descendent sur une corde à partir d’un avion), du karaté et judo par les équipes Muzinga et Rukinzo.


Un vrai procès contre la colonisation

Dans son discours à la Nation de ce 30 juin 2021, le président Evariste Ndayishimiye s’en est pris aux colonisateurs.

« La date du 1er juillet 1962 reste inoubliable dans l’histoire du Burundi. Elle nous rappelle l’accession à l’indépendance après tant de sacrifices, après 65 ans sous la domination coloniale », avait déclaré le président Ndayishimiye, dans un discours à la Nation, ce mercredi 30 juin.

Devant un parterre des membres du gouvernement, des hauts gradés de l’armée, des ambassadeurs, … il va souligner que cette journée est très importante pour tout Burundais : « C’est une occasion de se rappeler le rôle des leaders qui se sont battus pour recouvrer l’indépendance. Ce qui a permis aux Burundais de prendre en mains la gestion de leur destin en toute liberté. »

Selon lui, le 1er juillet est une occasion de faire une introspection, d’évaluer l’étape déjà franchie pour asseoir cette indépendance, comprendre le patriotisme jusqu’à se sacrifier pour la Nation à l’exemple du Prince Louis Rwagasore et ses compagnons de lutte. Le thème choisi pour la journée étant : « Comprendre et jouer pleinement son rôle de citoyen dans la vie nationale, c’est la base d’une réelle indépendance. »

Dans ce discours prononcé dans une des salles de Ntare House, le président Ndayishimiye est revenu longuement sur les conséquences de la colonisation : « Après leur installation, les colonisateurs avaient le but de nous usurper notre pays. C’est pourquoi ils étaient arrogants, et ont massacré des milliers des Burundais. » Il a rappelé que la signature du Traité de Kiganda, le 6 juin 1903, a consacré la perte de la souveraineté du Burundi avec la soumission du roi Mwezi Gisabo. Un traité qui, selon lui, a contraint le roi Mwezi Gisabo à payer par exemple 424 vaches, les travaux forcés, etc.

Dans cette résistance, le président Ndayishimiye a souligné que les Burundais ont tant souffert. Il a parlé « des crimes de guerre commis par les Allemands qui voulaient décourager tout esprit de révolte, d’opposition à la colonisation. »

Le président Ndayishimiye a dénoncé, en outre, la politique de ‘’ diviser pour régner’’. Ce qui a créé, selon lui, un Burundi composé des Hutu, des Tutsi et des Twa sur des critères caricaturaux. « Des identités ethniques qui étaient même mentionnées sur les cartes nationales d’identité. » Une technique qui, selon le président de la République, ne visait que la division des Barundi sur base ethnique. Il a ajouté que la culture burundaise a aussi souffert de la colonisation. Respect à la vie, la cohésion sociale, l’entraide mutuelle, le respect des institutions, la retenue, le patriotisme, la tolérance, une bonne gestion des conflits, etc.

Côté développement, le président Ndayishimiye a souligné que la colonisation a freiné l’innovation, l’esprit entrepreneurial des Burundais. En effet, a-t-il rappelé, avant la colonisation, des Burundais étaient très avancés en artisanat, ils fabriquaient divers objets.

Pour avancer, a estimé le président Ndayishimiye, il est important de ne pas mettre en avant les identités ethniques. « Nous sommes tous des Burundais. Les clans viennent après le pays. Après avoir compris cela, il faut réfléchir sur le rôle de chacun dans le développement du pays».

Pour le président Ndayishimiye, le Burundi est la terre promise pour les Burundais. Il a malheureusement déploré qu’il existe encore des Burundais qui se comportent comme des colonisateurs. Il a pointé du doigt les fainéants, ceux qui ternissent l’image du pays, ceux qui plaident encore pour les sanctions contre leur pays, etc. Ainsi, il a invité les Burundais à ne pas continuer à se lamenter que les colonisateurs sont encore là : « Tout Burundais a un rôle à jouer pour arriver à une indépendance effective. »

Le président Ndayishimiye est revenu sur certains signes d’indépendance à savoir être autonome dans la mise en place des institutions, gérer les affaires publiques du pays, assurer la sécurité, etc. Il a cité aussi la bonne gouvernance. Selon lui, c’est un des piliers de la démocratie. D’après lui, l’unité est aussi un signe de l’indépendance. Le président Ndayishimiye a indiqué qu’il revient au gouvernement de promouvoir cette unité, l’autonomie et avoir un nom et un rôle à jouer dans le concert des Nations.

Néanmoins, a-t-il nuancé, l’indépendance ne signifie pas se fermer sur lui-même. « C’est avoir une place dans le concert des Nations, mais sans être aliéné». Pour le président Ndayishimiye, il faut ouvrir les portes, participer à la coopération multilatérale. « Le Burundi plaide pour une coopération gagnant-gagnant et pas une soumission».

Il a ainsi remercié les Burundais qui continuent à faire honneur au pays comme ceux qui se distinguent au niveau international dans différents domaines, comme la santé, l’industrie, la construction, etc. Il s’est d’ailleurs félicité de voir que cette journée arrive au moment où le Burundi est en paix et en train de se repositionner dans le concert des Nations. Elle arrive aussi au moment où la production est bonne dans le pays.

Dans cette période de pandémie de la Covid-19, le président Ndayishimiye a tenu à signaler que le Burundi a fait des efforts dans la prévention et la lutte contre la covid-19. Et il a promis que le combat se poursuit. Il a rappelé aussi que cette célébration arrive après les catastrophes naturelles qui ont touché surtout la plaine de l’Imbo. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a des victimes qui ont besoin d’assistance. Il a ainsi remercié ceux qui ont déjà pensé à elles, que ce soit les organisations onusiennes, d’autres humanitaires et des privés. Pour lui, c’est une preuve que les Burundais sont solidaires, unis.

Quid de la vérité et la réconciliation ?

« Comme la vérité qui est en train d’éclater au grand jour est tellement terrifiante, nous demandons à tout Burundais de se retenir, de rester serein. De telles tragédies ne se répéteront jamais au Burundi, car c’est une honte pour les dirigeants », a déclaré le président Ndayishimiye, dans son discours à la Nation. Pour lui, tous ces événements malheureux font partie des conséquences de la colonisation.

Se référant à la Bible, le président Ndayishimiye a tranquillisé les Burundais : « Que personne ne se sente inquiet et n’ait pas peur. Il n’y aura pas de vengeance. C’est interdit par la parole divine.» Il a remercié les Burundais déjà rentrés dans le pays. Il a aussi appelé les autres réfugiés à regagner le pays natal pour contribuer à son développement.

Sur le dialogue entre UE et le Burundi, il a apprécié l’étape déjà franchie dans le sens du réchauffement des relations de coopération.

Par Abbas Mbazumutima, Fabrice Manirakiza, Rénovat Ndabashinze et Emery Kwizera (Iwacu)