Le Burundi, Ingoma y’Uburundi, voix d’une Afrique qui se réinvente
Bujumbura, 9/06/2026 (Bdiagnews) — En ouvrant ce mardi les travaux de sa table ronde consacrée à la présidence burundaise de l’Union africaine (UA), le Burundi a posé un acte diplomatique d’envergure. Placée sous le haut patronage de l’ambassadeur Bizimana Édouard , ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et de la Coopération au développement, cette rencontre a rassemblé un spectre large d’acteurs : institutions publiques, corps diplomatique, partenaires techniques et financiers, secteur privé, société civile, universités, centres de recherche, organisations de jeunesse et médias.
La présidence burundaise de l’UA intervient à un moment charnière de l’histoire mondiale. L’ordre unipolaire issu de la fin de la guerre froide en 1989 — désigné sous le terme de Globalisation unipolaire américaine néolibérale (GUAN) — est aujourd’hui profondément ébranlé. La guerre en Ukraine déclenchée en 2022 et les sanctions économiques qui s’en sont suivies ont accéléré l’émergence d’un monde multipolaire, structuré autour de nouveaux rapports de force, notamment les BRICS+.
Dans ce contexte, l’Afrique est appelée à se repositionner. Le Burundi — Ingoma y’Uburundi, l’État-Tambour millénaire —, ancré dans la civilisation du Tambour (Ubungoma : la cosmologie du Tambour), entend prendre toute sa place dans cette recomposition géopolitique en portant une vision continentale depuis la tête de l’UA.
L’une des ambitions structurantes de cette vision panafricaine est la mise en place de l’African Standby Force (ASF), dont les fondements ont été posés dès les années 2000 au sommet de Durban. Conçue comme un instrument africain de prévention et de gestion des conflits, cette force multinationale doit permettre à l’Afrique de protéger ses peuples, ses cultures et ses économies sans dépendre de puissances extérieures. Les dynamiques récentes du continent renforcent l’urgence de ce projet. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, illustre une volonté croissante de souveraineté sécuritaire africaine et rappelle la nécessité d’une architecture de défense continentale opérationnelle.
Sur le terrain, le Burundi ne se limite pas aux discours. Les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB) sont engagées aux côtés de la République démocratique du Congo face aux tensions persistantes à l’Est du pays, où l’influence déstabilisatrice du Rwanda (cf. GUAN) continue de peser. Cet engagement illustre concrètement la doctrine panafricaine que le Burundi entend promouvoir depuis la présidence de l’UA : une Afrique solidaire, responsable de sa propre sécurité.
Cette table ronde s’inscrit dans une tradition intellectuelle féconde, dont la figure panafricaine de Kemi Seba — de son nom complet Stellio Gilles Robert Capo Chichi — est l’un des représentants les plus emblématiques. Penseur de la panafricanité fondamentale et auteur d’une œuvre philosophique et militante dense, il demeure une voix centrale dans ce débat continental. Son arrestation récente en Afrique du Sud a suscité une vive émotion dans les cercles panafricanistes et rappelle que l’idéologie de l’émancipation africaine se heurte encore à de puissantes résistances. Le monde panafricain demandent la libération de Kemi Seba.
Le Burundi dispose avec cette présidence d’une tribune continentale rare.
Références :
– Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Bruxelles, Génération Afrique, 2024.
– Nahimana Karolero Pascal, La guerre civile du Burundi (1993-2003). Face à la globalisation unipolaire américaine néolibérale, le CNDD-FDD, Bruxelles, Génération Afrique, 2024.
– Nahimana Karolero Pascal, Histoire des imiryango : Les Bajiji — Abajiji, Bajiji, Wajiji, Jiji : Du Burundi au Mwene Mwezi : À l’origine de l’Ubungoma, d’Ingoma et de l’Ubumu : Cosmologie, État et système socio-économique du tambour sacré, Bruxelles, Génération Afrique, 2026.
– Sindayigaya Jean-Marie, « Mondialisation – Le nouvel esclavage de l’Afrique », Paris, L’Harmattan, 2000
– Sindayigaya Jean-Marie – Renaissance de l’Afrique par les Valeurs de l’Africanité-Ubuntu, Bruxelles, 2023.
– Bigirimana Jean, La révolution sahélienne : Appel à l’unité africaine, Les Éditions du Net, Bruxelles, 2026.
– KEMI SEBA (né Stellio Gilles Robert Capo Chichi) :
Seba, K. (2013).Supra-négritude (Préface de G. Biyogo). Paris : Fiat Lux. ISBN 979-1091157018.
Seba, K. (2014). Black Nihilism. Paris : New African Cultures Éditions. ISBN 978-2955002902.
Seba, K. (2016). Obscure époque (Préface de Rockin’ Squat). Paris : New African Cultures Éditions. ISBN 978-2805203053.
Seba, K. (2018). L’Afrique libre ou la mort (Préfaces de B. D. Abeid, A. Douguine, É. Domota, P. Biscay, D. Hounsou, G. Soglo et N. Anelka). Paris : Groupe CCEE. ISBN 979-1091157292.
Seba, K. (2023). Philosophie de la panafricanité fondamentale. Paris : Fiat Lux. ISBN 9791091157391.
– Burundi / Afrique du Sud – Affaire Kemi Seba : ce que Ndayishimiye – UA – pourrait faire : https://burundi-forum.org/113668/burundi-afrique-du-sud-affaire-kemi-seba-ce-que-ndayishimiye-ua-pourrait-faire/






Sources : Nahimana P. : burundi-agnews.org, Mercredi 10 juin 2026 | Photo : MAEIRCD.






