Arrêté pour trahison, blanchiment de capitaux, atteinte à la sécurité intérieure et extér
takarutimana alias Wakenya ne manie pas que l’argent. Il manie aussi la communication. Depuis sa cellule à Mpimba, via un réseau de complices et de comptes anonymes basés à l’étranger, il tente de se blanchir sur la toile. Mais la justice burundaise, elle, ne s’arrête pas aux likes des réseaux sociaux. Plongée dans les coulisses d’une opération de désinformation orchestrée depuis Kigali, Bruxelles, Paris et les paradis fiscaux.
Arrêté le 24 mars 2026 par la justice burundaise, Aloys Ntakarutimana, dit Wakenya, est aujourd’hui détenu à la prison centrale de Mpimba. Ancien député, président de la Fédération de basketball du Burundi (FEBABU). Aujoud’hui proche du pouvoir du FPR Inkotanyi et du M23, trop proche, peut-être, pour que sa chute ne soit que judiciaire. Car Wakenya ne se contente pas d’attendre son procès. Il mène une guerre parallèle, sur le terrain des réseaux sociaux, avec des relais aussi obscurs que zélés.
Derrière l’écran, une mécanique bien huilée. Des comptes anonymes, des blogs aux noms ronflants, des associations fantômes : tout est bon pour noyer le poisson et retourner l’opinion. Mais les faits, eux, résistent à la déformation. Et ce que révèle l’enquête est aussi troublant que les accusations qui pèsent sur l’homme d’affaires.
Une campagne de désinformation pilotée depuis l’étranger
Le 13 août 2026, le blog King Umurundi Freedom publie une charge contre le pouvoir burundais. Sous couvert de défendre Wakenya, il dénonce un prélèvement de 33,49 milliards de FBu sur son compte bancaire, qu’il qualifie de « spoliation ». L’article est relayé par FOCODE Magazine, la vitrine médiatique de Pacifique Nininahazwe, allié des services de renseignements rwandais et du FPR Inkotanyi, président du FOCODE, exilé depuis 2015 et condamné à perpétuité par la justice burundaise.
Mais qui se cache derrière King Umurundi Freedom ? L’organisation est dirigée par Vianney Nizigiyimana, un Burundais résidant en Ouganda. Pour joindre ce dernier, il suffit de composer un numéro de téléphone Whatsapp… français. Un détail qui en dit long sur les soutiens dont bénéficie cette officine. Selon nos sources, Wakenya et son beau-père, Adelin Ntanonga, ancien chargé de programme à Actionaid et désormais Directeur Général de la brasserie de Wakenya à Bukavu, auraient personnellement contacté ces relais pour orchestrer une campagne de défense sur mesure.
La manœuvre est classique : noyer la vérité sous un flot de questions rhétoriques, présenter le coupable en victime, et instrumentaliser les droits de l’homme pour masquer des crimes financiers. Mais derrière les belles paroles, il y a des milliards. Et derrière ces milliards, des zones d’ombre qui sentent le soufre.
33,5 milliards : une saisie légale, pas un rapt d’État
Le blog King Umurundi Freedom s’offusque, mais son indignation est à géométrie variable. En affirmant que les 33,49 milliards prélevés ne correspondent pas à la dette de SOVAGRO-SU, le blog tente de faire passer la justice pour une bande de braqueurs. Erreur. Le gel des avoirs issus d’activités criminelles est une procédure universelle, inscrite dans le marbre des lois burundaises et internationales. Dès lors que des présomptions sérieuses de blanchiment et de financement du terrorisme pèsent sur un individu, l’État a non seulement le droit, mais le devoir de geler ses comptes. Wakenya n’est pas un actionnaire égaré ; il est le chef d’orchestre d’un système offshore digne des plus grands réseaux mafieux. Sociétés écrans, comptes mauriciens, ramifications belges : tout cela dessine le portrait d’un délinquant financier, pas d’une victime. Alors, si l’État burundais a saisi 33 milliards sur son compte, il ne le dépouillerait pas : il appliquerait la loi avec la rigueur que réclament les faits. Trahison, blanchiment, financement du terrorisme – ces chefs d’accusation ne sont pas des étiquettes jetées en pâture à l’opinion, mais des faits établis par des enquêtes solides. La saisie est la suite logique de l’arrestation. Et si le clan Wakenya crie au scandale, c’est simplement parce que l’argent, cette fois, ne peut plus couler.
Investir dans une zone contrôlée par le M23 : naïveté ou complicité ?
Le cœur du dossier, c’est cet investissement dans une brasserie à Bukavu, en République démocratique du Congo. Selon King Umurundi Freedom, Wakenya aurait simplement placé des capitaux dans SYNERGY VENTURES, une société établie à l’île Maurice, qui a ensuite acquis une brasserie dans une zone alors contrôlée par le M23.
L’argument est présenté comme une simple opération commerciale. Mais il est pourtant difficile de croire qu’un homme d’affaires aussi aguerri que Wakenya, ancien député et proche du pouvoir, ait pu ignorer que la région de Bukavu était aux mains d’un groupe armé classé comme terroriste par les Nations unies et par le Burundi lui-même. Le Burundi est engagé militairement contre le M23, aux côtés de la RDC. Investir dans une zone contrôlée par l’ennemi, c’est soit une naïveté coupable, soit une complicité active.
Mais il y a plus. Pourquoi Wakenya a-t-il caché cet investissement aux autorités burundaises avec lesquelles il était pourtant proche ? Pourquoi avoir utilisé une société offshore à l’île Maurice, connue pour être un paradis fiscal, plutôt qu’une structure burundaise transparente ? La réponse est simple : parce que l’opération n’était pas commerciale. Elle était financière et politique.
L’île Maurice, les Maldives et le labyrinthe du blanchiment
Dans son article, King Umurundi Freedom commet une erreur stratégique : en voulant disculper Wakenya, il révèle un élément nouveau. Il confirme que Wakenya a placé des fonds dans une société offshore à l’île Maurice. Ce n’est pas une preuve d’innocence, c’est un aveu.
Car les montages offshore, comme le rappellent les experts, sont communément utilisés pour le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. L’île Maurice, bien qu’elle ait renforcé sa réglementation, reste une juridiction vulnérable à l’évasion fiscale et aux flux financiers illicites. Des enquêtes internationales ont déjà mis en lumière le rôle de structures mauriciennes dans des systèmes de blanchiment de fonds liés à la corruption.
Mais les ramifications de Wakenya ne s’arrêtent pas à l’île Maurice. Selon nos sources, il aurait également caché une partie de sa fortune en Belgique, avec la complicité de son beau-père Adelin Ntanonga. Et ce n’est pas tout. Wakenya serait proche d’Olivier Suguru, un député et homme d’affaires burundais spécialisé dans le blanchiment via les paradis fiscaux. Suguru, dont les agissements ont été documentés par Burundi Forum, est soupçonné d’avoir logé ses avoirs à Dubaï, aux Maldives et à Singapour. Un « expert » en la matière, comme le décrivent nos sources.
L’article de King Umurundi Freedom ne mentionne évidemment pas ces liens. Il préfère présenter Wakenya comme un ange. Mais les anges ne placent pas leur argent dans des sociétés écrans à Maurice, ne cachent pas des milliards en Belgique et ne fréquentent pas des spécialistes du blanchiment.
Le marché noir des devises : un crime contre l’économie nationale
Au-delà du blanchiment, Wakenya est accusé d’un autre crime, tout aussi grave : la déstabilisation de l’économie burundaise via le marché noir des devises. Selon une source anonyme, un économiste qui suit de près les affaires financières au Burundi, Wakenya aurait été un acteur clé d’un réseau mafieux qui spéculait sur le dollar pour créer une pénurie artificielle de devises afin de torpiller les efforts du Président Evariste Ndayishimiye visant à relever l’économie burundaise.
« Il pouvait vider toutes les devises en circulation pour en créer une pénurie artificielle et dire que rien ne va au Burundi », nous confie cette source, sous couvert d’anonymat. La méthode est classique : racheter massivement des dollars sur le marché parallèle, les stocker, et provoquer une raréfaction qui fait flamber le taux de change. Résultat : l’inflation explose, le pouvoir d’achat s’effondre, et la population accuse le gouvernement.
Or, depuis l’arrestation de Wakenya, le dollar se stabilise de plus en plus sur le marché. Coïncidence ? Pas vraiment. La main qui spéculait a été coupée, et le marché respire. C’est la preuve la plus éclatante de l’implication de Wakenya dans cette guerre économique contre son propre pays.
FOCODE et Pacifique Nininahazwe : des relais de choix pour une cause perdue
Pourquoi Wakenya a-t-il fait appel à Pacifique Nininahazwe et au FOCODE lié aux services de renseignements rwandais et au FPR Inkotanyi pour défendre sa cause ? Parce que ces organisations sont spécialisées dans la critique du régime burundais et disposent d’un réseau international de relais médiatiques. Nininahazwe, condamné à perpétuité par la justice burundaise, est en exil depuis 2015. Il n’a rien à perdre et tout à gagner en présentant Wakenya comme une victime du pouvoir.
Mais ce faisant, il rend un mauvais service à la vérité. Car les faits sont là, têtus. Wakenya n’est pas un martyr. C’est un homme qui a trahi son pays, qui a blanchi des milliards, qui a financé des groupes terroristes et qui a spéculé contre sa propre monnaie. La justice burundaise, en l’arrêtant, a protégé le système financier et la sécurité nationale.
En définitive, la prison ne suffit pas, il faut aussi la vérité
Aloys Ntakarutimana, alias Wakenya, est aujourd’hui à Mpimba. Mais sa véritable bataille se joue ailleurs, sur les réseaux sociaux, avec des comptes anonymes, des blogs complaisants et des relais en exil. Une bataille pour l’opinion, pour la sympathie, pour l’oubli.
Mais la justice ne s’achète pas avec des tweets. Et la vérité ne se noie pas dans des communiqués. Les milliards de Wakenya, ses sociétés offshore, ses investissements en zone de guerre, ses spéculations sur le dollar : tout cela forme un tableau accablant. Un tableau que King Umurundi Freedom et le FOCODE tentent de recouvrir d’un voile de victime.
Le voile est troué. Les masques tombent. Et Wakenya, derrière les barreaux, devra répondre de ses actes. Pas devant les caméras, mais devant la justice. Celle-là même qu’il a tenté de contourner en faisant le choix des paradis fiscaux et des réseaux de désinformation. Le mensonge a voyagé, mais la vérité l’a rattrapé. Et elle ne s’arrête pas aux frontières.
Par Jean Jolès Rurikunzira






