Bujumbura le 25 septembre 2025— « Fiat justitia, ruatcaelum » : que la justice se fasse, dût le ciel s’écrouler. Ce vieil adage latin devrait être gravé au fronton de chaque institution burundaise au moment où une nouvelle tentative de diversion ethnique tente de s’immiscer dans un dossier qui n’a jamais eu qu’une seule couleur : celle de l’argent sale. La dernière sortie médiatique de Pacifique Nininahazwe sur sa page Facebook, en Kirundi, n’est pas une analyse. C’est une opération de sauvetage. Une bouée de sauvetage ethnique jetée à un naufragé de la finance : Olivier Suguru. Mais la mer est déchaînée, les preuves sont documentées, et aucun gilet de sauvetage identitaire ne pourra empêcher le naufrage de l’empire mafieux le plus documenté de l’histoire économique récente du Burundi.
Pacifique Nininahazwe : le pompier pyromane de service
Commençons par le commencement. Pacifique Nininahazwe, depuis sa Belgique adoptive, a cru bon d’écrire que l’homme d’affaires Aloys Ntakarutimana, dit Wakenya, et son acolyte Olivier Suguru seraient victimes d’une « campagne aux relents ethniques » parce qu’ils seraient tutsis. Il a même osé comparer leur situation à une prétendue chasse aux Tutsis. C’est une insulte à l’intelligence des Burundais. C’est surtout une insulte à toutes les victimes de la véritable persécution ethnique qui a ensanglanté ce pays.
Pacifique Nininahazwe n’est pas un défenseur des droits humains. C’est un intermédiaire politique qui opère depuis Bruxelles, vivant de « rapports de projet » et livrant à ses bailleurs ce qu’ils achètent : de l’émotion, du conflit, de la matière première médiatique. Depuis trois ans, chaque dimanche, ses shows sont sa marchandise. Quel sujet est le moins cher à produire, le plus inflammable et le plus rentable sur la durée ? La peur ethnique. Le vieux scénario des années passées est épuisé. Alors Nininahazwe change de carte. Il sort l’ethnie du paquet.
Le dimanche 23 août 2026, dans son émission « #Zirikana 55 », il déclarait publiquement : Wakenya est en prison « parce qu’il est tutsi ». C’est un mensonge. Wakenya a été arrêté le 24 mars 2026 par les autorités compétentes burundaises, puis transféré à la prison centrale de Mpimba. Les chefs d’accusation : trahison, blanchiment d’argent, financement du terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État. Concrètement, il est accusé d’avoir, via sa société mauricienne SYNERGY VENTURES, racheté une brasserie à Bukavu, zone alors contrôlée par les terroristes du M23. Ces chefs d’accusation ont-ils une couleur ethnique ? Non. La trahison ne demande pas le nom de famille. Le blanchiment ne consulte pas la carte d’identité.
Olivier Suguru : le prédateur systémique aux mille casquettes
Et pendant que Pacifique Nininahazwe joue les pompiers pyromanes, l’incendie continue de ravager les finances publiques burundaises. Olivier Suguru, député réélu pour la législature 2025-2030, président du Conseil d’administration de la Chambre fédérale du commerce et de l’industrie du Burundi (CFCIB), patron de l’Association des industriels du Burundi (AIB), ex-président de l’Agence de développement du Burundi (ADB), ex-président de l’Office burundais des recettes (OBR), et secrétaire général de la société privée SAVONOR, incarne la quintessence du conflit d’intérêts érigé en art de gouverner.
Un homme aux mille casquettes. Un homme qui contrôle le contrôleur, qui perçoit l’impôt et qui s’en exonère, qui préside au développement et qui pille, qui légifère et qui fraudule. Cucullus non facitmonachum, la capuche ne fait pas le moine. Le costume du patriote ne fait pas le serviteur de l’État.
La BANCOBU : 120 milliards de francs burundais évaporés
Venons-en aux faits. Aux faits documentés, vérifiés, recoupés. Burundi Forum, dans une série d’enquêtes publiées sous forme d’Actes — de l’Acte I à l’Acte XV — a méticuleusement disséqué le modus operandi de cet « honorable député », architecte d’un empire financier tentaculaire où conflits d’intérêts et montages opaques sont élevés au rang d’art de gouvernance.
Le scandale de la BANCOBU est à la mesure de l’appétit de l’homme. Selon des sources financières hautement fiables, Olivier Suguru, via sa société Inter Trade, a obtenu de la BANCOBU un prêt colossal de 63 milliards de francs burundais, tandis que lui et son associé ont personnellement bénéficié de plus de 50 milliards supplémentaires. 120 milliards de francs burundais. Une somme vertigineuse, équivalente à plusieurs budgets ministériels annuels, qui s’est évaporée dans les méandres d’un système bancaire capturé.
Pendant que des petits entrepreneurs luttent pour avoir des crédits d’élevage de poules et de lapins, un homme, Olivier Suguru, contractait des prêts sans garantie auprès de la BANCOBU, la colonne vertébrale de notre économie. Pecunia non olet, disaient les Romains : l’argent n’a pas d’odeur. Mais lorsqu’il est puisé dans les réserves d’une banque publique, qu’il transite par des circuits opaques et qu’il termine sa course dans des paradis fiscaux, il laisse derrière lui une traînée nauséabonde que même les parfums les plus sophistiqués de SAVONOR ne sauraient masquer.
Et lorsque les techniciens de la banque ont tenté de signaler les irrégularités du crédit et de blacklister les sociétés de Suguru et de son associé, le système de protection népotiste s’est immédiatement activé. La structure de gouvernance de la banque a été instrumentalisée pour étouffer l’alerte. L’ADG et la PCA étant de la famille de l’associé de Suguru (épouse et nièce), le conflit d’intérêts n’est plus une notion abstraite ; c’est un mécanisme de contrôle qui pourrait asphyxier la transparence et mener la banque droite à la faillite.
L’OBR : la saignée fiscale de l’intérieur
Mais la BANCOBU n’est que la partie émergée de l’iceberg. L’Office burundais des recettes a également été saigné. Olivier Suguru a utilisé sa double casquette (contrôleur des finances publiques et opérateur privé) pour saigner l’État de l’intérieur. L’Acte XV de Burundi Forum révèle une fraude à la loi sans précédent : l’huile indonésienne déclarée kényane à 0 % de droits de douane, des centaines de milliards de francs évaporés.
Le mécanisme est d’une simplicité dévastatrice : le contournement des règles d’origine de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Une saignée de plusieurs milliards de dollars que les contribuables burundais paient sans même la voir. Noli admitterefurem in arcampublicam : n’ouvrez plus la caisse publique au voleur.
Et comme si cela ne suffisait pas, l’homme qui a présidé l’OBR s’accordait à lui-même des exonérations fiscales abusives pour sa propre société SAVONOR. Durant son mandat de PCA de l’OBR, Olivier Suguru a fait bénéficier la société SAVONOR, dont il est le secrétaire général, de congés fiscaux sur base d’importations de matières premières fictives. Quiscustodietipsos custodes ? Qui gardera les gardiens ? La réponse est simple : personne, quand le gardien est aussi le voleur.
La REGIDESO : les fournitures fantômes
L’hémorragie ne s’arrête pas là. La REGIDESO a perdu des centaines de milliards de francs burundais dans des fournitures fantômes de carburant et de groupes électrogènes, détournées via l’associé de Suguru. Le véritable fantôme, lui, siège au plus haut niveau, recyclé systématiquement dans de nouvelles fonctions à l’abri des regards.
Le projet PRETE-NYUNGANIRA : le renard gardien du poulailler
Et l’ironie est cruelle, digne d’un scénario où le renard est nommé gardien du poulailler. Le vice-président du comité directeur du Projet pour l’Emploi et la Transformation de l’Économie (PRETE-NYUNGANIRA) (lancé en 2024 et soutenu à hauteur de 100 millions de dollars par la Banque Mondiale ) n’est autre qu’Olivier Suguru, décret en poche. L’homme qui a siphonné la BANCOBU, qui a présidé l’OBR tout en pilotant SAVONOR, se voit aujourd’hui confier les clés du coffre-fort destiné à guérir l’économie qu’il a contribué à affaiblir. Cui bono ? À qui profite ce crime ?
La diversion ethnique : l’ultime arme du prédateur acculé
Alors, face à ce faisceau de preuves, face à cette série d’Actes documentés, que fait Olivier Suguru ? Il ne réfute pas. Il ne produit pas une facture. Il ne commande pas un audit indépendant. Il ne se présente pas devant la justice. Il déplace. Il contourne. Il fait la diversion.
Incapable de réfuter les faits, Olivier Suguru choisit la diversion identitaire et la communication sous-traitée depuis l’étranger. Mais un écran de fumée, aussi dense soit-il, ne fait pas disparaître les braises d’un incendie financier documenté. Le recours à une plateforme médiatique externe, financée et alignée, n’est pas une défense : c’est une opération de blanchiment réputationnel, tardive et mal calibrée.
Payer pour une tribune à l’étranger plutôt que de répondre point par point devant les instances nationales compétentes est un aveu de faiblesse stratégique. Cela révèle une préférence pour le combat médiatique plutôt que pour le terrain de la preuve et du droit, le seul qui devrait prévaloir dans une affaire d’une telle gravité.
Un crime est un crime. Pas question d’ethnie.
Et c’est ici que le bât blesse. L’axe central de la défense de Suguru, relayé par Pacifique Nininahazwe, repose sur une accusation grave : notre enquête relayée par une radio basée au Kenya serait motivée par l’ethnicité. Cette affirmation est factuellement fausse. Burundi Forum n’a jamais ciblé Olivier Suguru pour son appartenance ethnique, mais pour des pratiques économiques et institutionnelles alléguées. Il ne représente aucune ethnie. Il est la corruption personnifiée.
La preuve est simple : à l’hémicycle de Kigobe où il siège depuis 2020 comme député, plus de 40 % des députés sont tutsis ; aucun d’eux n’a jamais fait l’objet de nos publications ; la majorité des Tutsis burundais sont des citoyens probes, et nombreux sont ceux qui rejettent. La liste des personnes poursuivies ou sanctionnées dans le cadre de nos révélations contient des Hutu et des Tutsi. La corruption ne consulte pas la carte d’identité. La fraude fiscale ne demande pas l’ethnie. Le blanchiment d’argent ne vérifie pas l’appartenance régionale.
Un analyste tutsi, contacté par notre rédaction, est formel :
« Suguru n’a pas volé au nom des Tutsis, il a été volé pour son propre compte. Qu’il ait l’intelligence de comprendre qu’il doit rembourser ce qu’il a volé. Si son information est avérée, Suguru répondra en son nom, pas au nom des Tutsis. »
L’appel à l’action : la justice doit passer
La sortie de Pacifique Nininahazwe n’est pas une défense. C’est une tentative de dissuader les autorités d’appliquer la loi. C’est une tentative de faire pression sur la justice burundaise pour qu’elle ferme les yeux sur l’un des plus grands scandales financiers de l’histoire du pays. Mais nemo est supra legem : personne n’est au-dessus de la loi.
Si réellement les autorités burundaises veulent rétablir la BANCOBU, l’OBR, la REGIDESO et toutes les institutions saignées par Olivier Suguru, elles doivent se poser une seule question : où est l’ethnie dans tout ça ? Où est la carte d’identité dans un crédit de 120 milliards sans garantie ? Où est l’appartenance régionale dans une fraude douanière de plusieurs centaines de milliards ? Où est le nom de famille dans des fournitures fantômes de carburant ?
La réponse est nulle part. Et c’est précisément pour cela que la diversion de Pacifique Nininahazwe est indécente. En brandissant la carte ethnique pour défendre un criminel financier, il insulte la mémoire des Tutsis. Il insulte l’intelligence des Burundais. Il insulte la justice.
La vraie question à Pacifique Nininahazwe : un Tutsi qui commet un crime ne devrait-il pas être poursuivi ?
C’est la question que Burundi Forum pose depuis trois ans, et à laquelle il n’a jamais répondu. Pacifique Nininahazwe, le « défenseur des droits humains » qui vit de rapports de projet à Bruxelles, doit répondre à cette question. Pas par un nouveau show dominical. Pas par une nouvelle livraison contractuelle à ses bailleurs. Par une réponse claire, nette, sans équivoque.
Un Tutsi qui commet un crime ne devrait-il pas être poursuivi ?
La réponse est oui. Évidemment oui. C’est le principe même de l’État de droit. C’est le fondement de toute société civilisée. C’est ce que la Constitution burundaise garantit à chaque citoyen : l’égalité devant la loi. Pas d’exception ethnique. Pas de passe-droit identitaire. Pas de justice à deux vitesses.
Alors, que Pacifique Nininahazwe cesse d’amalgamer. Qu’il cesse de manipuler l’opinion. Qu’il cesse de se cacher derrière une prétendue solidarité ethnique pour justifier l’injustifiable. Olivier Suguru n’est pas un symbole tutsi. C’est un prédateur financier. Et si Pacifique Nininahazwe veut vraiment défendre les Tutsis, qu’il commence par défendre la vérité. Qu’il défende la justice. Qu’il défende le remboursement des 120 milliards de la BANCOBU. Qu’il défende les contribuables burundais, de toutes ethnies, qui ont été spoliés.
Vox populi, vox Dei
La voix du peuple est la voix de Dieu. Et la voix du peuple burundais, de toutes ethnies, de toutes régions, de toutes confessions, s’élève aujourd’hui pour demander justice. Pas une justice ethnique. Une justice tout court. Une justice qui poursuit les voleurs, quelle que soit leur origine. Une justice qui rend à la BANCOBU ses 120 milliards. Une justice qui rend à l’OBR ses recettes fiscales. Une justice qui rend à la REGIDESO ses fournitures.
Fiat justitia. Que la justice se fasse. Et que ceux qui tentent de la détourner par des manœuvres ethniques sachent que l’histoire ne les jugera pas sur leur ethnie. Elle les jugera sur leurs actes. Et leurs actes, dans le dossier Suguru, sont accablants.
Quant à Olivier Suguru, quem di diligunt, adolescensmoritur : ceux que les dieux aiment ne font pas de vieux os. Mais les dieux de la finance ne sauveront personne. Ni Suguru, ni Wakenya, ni Pacifique Nininahazwe. La seule chose qui les sauvera, c’est la vérité. Et la vérité, dans cette affaire, a un seul nom : justice.
Par Jean Jolès Rurikunzira






