120 milliards de francs burundais. Une somme vertigineuse, équivalente à plusieurs budgets ministériels annuels, qui s’est évaporée dans les méandres d’un système bancaire capturé. Pendant que des petits entrepreneurs luttent pour avoir de crédits d’élevage de poules et de lapin, un homme, Olivier Suguru, député, président de la Chambre fédérale de commerce et d’industrie, ex-président de l’Agence pour le Développement du Burundi (ADB) et de l’Office Burundais des Recettes (OBR) et secrétaire général de SAVONOR, a contracté des prêts sans garantie auprès de la BANCOBU, la colonne vertébrale de notre économie. Aujourd’hui, notre rédaction révèle que des agents de cette même banque seraient impliqués dans un trafic de devises alimentant le marché noir de Bujumbura, déstabilisant davantage notre monnaie. Quo bono ? À qui profite le crime ? La réponse est aussi crue que la réalité : à un réseau mafieux dont le chef d’orchestre n’a toujours pas rendu de comptes. « Nemo est supra legem », personne n’est au-dessus de la loi. Pourtant, l’impunité semble être le seul rempart de M. Suguru. Notre rédaction lance un cri d’alarme : il est temps d’arrêter l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.
- « Pecunia non olet »: L’argent ne sent pas, mais la fraude, elle, empeste
Pecunia non olet, disaient les Romains : l’argent n’a pas d’odeur. Mais lorsqu’il est puisé dans les réserves d’une banque publique, qu’il transite par des circuits opaques et qu’il termine sa course dans des paradis fiscaux, il laisse derrière lui une traînée nauséabonde que même les parfums les plus sophistiqués de SAVONOR ne sauraient masquer.
L’affaire qui secoue actuellement les milieux financiers burundais est d’une gravité telle qu’elle pourrait, si l’on n’y prend garde, entraîner la faillite pure et simple de la BANCOBU, cette banque à participation publique qui constitue le poumon de notre économie nationale. Au centre de ce cyclone : Olivier Suguru, un homme aux mille visages, député, capitaine d’industrie, président des conseils d’administration des institutions publiques, stratège bancaire, et, selon nos sources, le chef d’orchestre d’un réseau opaque où les affaires douteuses se conjuguent avec la politique.
- 120 milliards de francs burundais : un crédit sans garantie, une insulte au peuple
Les chiffres donnent le vertige. Selon des sources financières hautement fiables, Olivier Suguru, via sa société Inter Trade, a obtenu de la BANCOBU un prêt colossal de 63 milliards de francs burundais, tandis que Suguru et son associé ont personnellement bénéficié de plus de 50 milliards supplémentaires. Au total, ce sont plus de 120 milliards de francs burundais en crédits qui ont été accordés sans aucune garantie.
« Un véritable affront au bon sens, aux codes bancaires, à la morale publique, et au peuple burundais lui-même », écrivions-nous dans nos précédentes éditions. Et pour cause : comment une banque sérieuse peut-elle accorder des prêts de cette ampleur sans exiger la moindre garantie ? La réponse est aussi simple qu’effrayante : le système a été verrouillé de l’intérieur.
Notre enquête révèle en effet que lorsque les techniciens de la banque ont tenté de signaler les irrégularités du crédit et de blacklister les sociétés de Suguru et de son associé, le système de protection népotiste s’est immédiatement activé. La structure de gouvernance de la banque a été instrumentalisée pour étouffer l’alerte. Cucullus non facit monachum ou la capuche ne fait pas le moine. Le costume du patriote ne fait pas le serviteur de l’État.
- Le réseau mafieux : un labyrinthe financier sans issue
L’affaire Suguru ne se limite pas à un simple emprunteur malhonnête. Derrière l’homme se cache un véritable réseau mafieux, une toile d’araignée tissée avec soin au fil des années. Au cœur de ce dispositif : Silvère BANKIMBAGA, alias Busiku, ancien vice-ADG de la BANCOBU et consul honoraire des Maldives.
Ensemble, Suguru et Busiku auraient bâti un labyrinthe financier où circulent devises et crédits colossaux, sans véritable traçabilité. Les exportations de SAVONOR vers l’Est de la RDC, censées ramener des devises au pays, alimenteraient en réalité un circuit parallèle vers des places financières étrangères. Quo bono ? À qui profite le crime économique, sinon à un cercle restreint qui verrouille les flux ?
Les ramifications de ce réseau sont tentaculaires. Suguru est député réélu, président de la CFCIB, ex-président du CA de l’ADB et de l’OBR, secrétaire général de SAVONOR, et il exerce une influence considérable dans plusieurs banques. Mais ce n’est pas tout : par le biais de son épouse, Daniella NZIYUMVIRA, qui préside le conseil d’administration de la Banque de Gestion et de Financement (BGF) , le couple Suguru contrôle les deux extrémités du système bancaire burundais.
« À lui seul, il tient une clé majeure de l’économie nationale », résume un expert du secteur bancaire. « Avec ce cumul, M. Olivier Suguru peut décider du sort du crédit dans le pays. Il peut orienter les financements vers ses réseaux, ralentir des projets stratégiques, ou même faire plier certaines entreprises ».
- L’hémorragie silencieuse : quand la BANCOBU saigne au profit de la BGF
La question qui brûle les lèvres de tous les observateurs avertis est la suivante : Olivier Suguru tenterait-il de faire délibérément vaciller la BANCOBU au profit de la BGF, la banque présidée par son épouse ?
Les indices sont troublants. Alors que la BANCOBU est structurellement vampirisée par un népotisme assumé, l’ADG et la PCA étant de la famille de l’associé de Suguru, la BGF, elle, prospère sous la houlette de Mme Nziyumvira. Coïncidence ? Notre rédaction n’y croit pas.
« C’est un transfert de richesse organisé, méthodique, presque chirurgical », confie un agent de la BANCOBU qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. « On vide les caisses d’une banque à participation publique pour remplir les coffres d’une banque privée contrôlée par la famille. Les petits épargnants, les retraités, les fonctionnaires qui ont placé leur confiance et leur argent à la BANCOBU seront, si rien n’est, les victimes silencieuses de cette mafia ».
Un autre employé, visiblement ébranlé par ce qu’il a vu, ajoute : « Les alertes internes sont systématiquement étouffées. Ceux qui osent parler sont mutés, menacés ou licenciés. La banque est devenue une vache à lait pour une poignée d’initiés. Si rien n’est fait, elle fera faillite dans les deux ans ».
- Trafic de devises : quand la BANCOBU alimente le marché noir
Notre rédaction a récemment appris, de sources concordantes, que des agents de la BANCOBU seraient impliqués dans un trafic de devises alimentant le marché noir/parallèle à Bujumbura, déstabilisant ainsi davantage l’économie nationale.
Alors que le franc burundais atteint5 800 FBu contre un taux officiel bien inférieur, des complicités internes permettent à certains de s’enrichir sur le dos de la nation. « La persistance du marché noir des devises au Burundi prouve qu’il y a des mains sales dans les institutions financières », a déclaré un économiste renommé, un professeur d’universités sous couvert d’anonymat, dans une récente interview.
Selon nos informations, des employés de la BANCOBU, en connivence avec des bureaux de change parallèles, détournent des devises étrangères destinées à renforcer les réserves de la banque centrale. Ces devises sont ensuite revendues au marché noir à des taux exorbitants, générant des profits mirifiques pour une poignée d’initiés, pendant que le peuple burundais subit de plein fouet l’inflation et la dévaluation.
« Ce n’est pas un simple trafic ; c’est un acte de sabotage économique », s’indigne un ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances. « Chaque dollar détourné vers le marché noir est un coup de poignard dans le dos de l’économie nationale. Et derrière ce trafic, il y a une main, une seule : celle d’Olivier Suguru et de son réseau ».
- « Quis custodiet ipsos custodes ? » Qui gardera les gardiens ?
Quis custodiet ipsos custodes ? Cette question posée par le poète latin Juvénal résonne aujourd’hui avec une acuité particulière. Qui contrôle ceux qui sont censés contrôler ? Qui veille sur les veilleurs ? Car le scandale Suguru n’est pas seulement l’affaire d’un homme.
Olivier Suguru n’est pas un simple citoyen. Il est député, élu du peuple, censé voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Il est président de la Chambre fédérale de commerce et d’industrie, censé défendre les intérêts des entrepreneurs burundais. Il était jusque récemment président de l’ADB et de l’OBR, censé collecter les recettes et piloter le développement économique du pays. Il est le secrétaire général de SAVONOR, une entreprise qui a bénéficié de congés fiscaux sur base d’importations de matières premières fictives.
Et pourtant, c’est cet homme-là qui a siphonné la BANCOBU, qui a infiltré les projets de la Banque mondiale, qui a transformé l’État en vache à lait. « L’homme qui a siphonné la BANCOBU, qui a présidé l’Office Burundais des Recettes (OBR) tout en pilotant la société de cosmétiques SAVONOR, se voit aujourd’hui confier les clés du coffre-fort destiné à guérir l’économie qu’il a contribué à affaiblir ».
Comme le rappelle un proverbe sénoufo : « Le feu qui te brûlera, c’est celui auquel tu te chauffes ». Demain sera trop tard !
- « Dies irae, dies illa »– Le jour de colère approche
Dies irae, dies illa : jour de colère, jour de vengeance. La Bible nous enseigne que « Rien n’est caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doive être connu » (Luc 8:17). Le temps de l’omerta est révolu. Le temps de l’impunité touche à sa fin.
Le nouveau Ministre des Finances, le Dr Alain NDIKUMANA, a brisé l’omerta le 11 novembre 2025. Sans trembler, il a révélé que certaines banques burundaises sont au bord de la faillite à cause de crédits accordés sans garanties, fonds ensuite exfiltrés vers l’étranger. Il a lancé un défi clair : que ceux qui doutent viennent dans son bureau, rapports à l’appui. Ce discours, rare dans notre paysage institutionnel, sonne comme un accusé de réception des dérives que nous dénonçons depuis des mois.
Plus personne ne peut ignorer le problème. Plus personne ne peut se cacher. Et pourtant, malgré l’évidence, malgré l’urgence, malgré les dégâts, le réseau continue de respirer. Et cela est inacceptable.
- Métastase financière : quand le cancer s’étend aux projets de la Banque mondiale
Notre enquête exclusive révèle que le réseau Suguru, tel un cancer agressif, a désormais infiltré le comité de pilotage du projet PRETE-NYUNGANIRA, ce remède censé guérir l’économie burundaise. Lancé en grande pompe en 2024 par Son Excellence le Président de la République et soutenu à hauteur de 100 millions de dollars par la Banque mondiale, ce projet est censé être le fer de lance de la renaissance économique.
« Habemus papam financier » ,nous avons un pape financier : le vice-président de son comité directeur n’est autre qu’Olivier SUGURU, décret en poche ! L’ironie est cruelle, digne d’un scénario où le renard est nommé gardien du poulailler. La métastase est systémique. Seule une intervention chirurgicale urgente et radicale peut encore éviter la mort clinique de notre économie. Le temps du diagnostic est révolu ; celui de l’action héroïque a sonné.
- « Ad impossibilia nemo tenetur »: À l’impossible nul n’est tenu, mais au possible, oui !
Ad impossibilia nemo tenetur : à l’impossible, nul n’est tenu. Mais demander la restitution des milliards détournés, exiger que les responsables rendent des comptes, réclamer que la justice suive son cours : voilà des choses parfaitement possibles.
Notre rédaction exige des actes forts, immédiats, irréversibles. Les criminels économiques doivent être arrêtés, jugés, condamnés, privés de leurs biens mal acquis. La BANCOBU doit faire l’objet d’un audit indépendant et approfondi. Les responsables du trafic de devises doivent être démasqués et traduits en justice. Et Olivier Suguru, ainsi que tous ses complices, doivent répondre de leurs actes devant la nation.
Un économiste de renom résume la situation en ces termes : « La BANCOBU n’est pas seulement une banque ; c’est la colonne vertébrale de l’économie burundaise. La laisser s’effondrer à cause de la cupidité d’un seul homme, c’est condamner des milliers de familles à la pauvreté. Les autorités doivent agir, et agir vite. Chaque jour qui passe est un jour de plus où l’hémorragie continue, où le sang de l’économie burundaise s’écoule dans les poches de quelques prédateurs ».
- « Finis coronat opus »: La fin couronne l’œuvre
Finis coronat opus , la fin couronne l’œuvre. L’œuvre de notre rédaction, depuis des mois, est de mettre en lumière les dérives d’un système où un homme, Olivier Suguru, a pu, en toute impunité, saigner à blanc les institutions de la République. Aujourd’hui, nous appelons les autorités compétentes à mener des investigations approfondies pour rechercher la main d’Olivier Suguru dans ce trafic de devises et dans cette mafia financière qui gangrène notre pays.
Le gouvernement burundais ne peut plus détourner le regard. Les citoyens, eux, méritent la vérité : enquêtes indépendantes, audits financiers, limitation stricte des cumuls, et surtout, une barrière entre l’intérêt public et les affaires privées. Il y va de la crédibilité de l’État.
Olivier SUGURU n’est pas seulement « un homme puissant ». Il est le symbole d’un système qui menace de confisquer l’avenir collectif. La balle est désormais dans le camp des autorités : soit elles tracent une ligne rouge, soit elles laissent demain s’écrire sous l’ombre d’un seul homme.
Que la lumière soit faite. Que la justice soit rendue. Que la BANCOBU soit sauvée. Et que les prédateurs soient enfin arrêtés. « La vérité vous affranchira » (Jean 8:32). Il est temps que la vérité affranchisse le peuple burundais de l’emprise de cette mafia financière.
Il est temps d’arrêter l’hémorragie. Il est temps d’agir. Avant qu’il ne soit trop tard.
Par Jean Jolès Rurikunzira
Bujumbura, le 26 juin 2026






