Burundi : Nouveau souffle pour la médecine traditionnelle par la force du COVID-19

Bujumbura, Burundi, – Au Burundi, on assiste à un souffle nouveau de la médecine traditionnelle, suite à la montée en puissance de la pandémie du Coronavirus (COVID-19, 104 cas déclarés), sans vaccin, ni médicament connus du monde moderne.

Quelque 75 guérisons, 28 hospitalisations en cours et un décès sont les derniers chiffres actualisés du ministère burundais de la Santé publique et de la Lutte contre le VIH/SIDA.

Traditionnellement courue par le milieu rural où vivent plus de 80% de la population burundaise, cette médecine a gagné du terrain, ces derniers temps de psychose généralisée au COVID-19.

A Bujumbura, la capitale économique du Burundi, des vendeurs ambulants ont pignon sur rue, proposant, qui des feuilles vertes d’eucalyptus, qui du gingembre, qui des poudres prêtes à usage pour se mettre à l’abri du redoutable virus.

Les guérisseurs traditionnels ont néanmoins toujours conseillé les feuilles vertes d’eucalyptus en cas de détresse respiratoire ou de grippe qui sont les principales manifestations du COVID-19.

Pour s’en soigner, il suffisait de chauffer les feuilles dans un récipient, bien se couvrir la tête par-dessus le réceptacle et inhaler à fond la vapeur.

L’autre « recette de grand-mère » qui s’arrache sur les marchés populaires de Bujumbura est le gingembre aux vertus supposées curatives contre le virus.

La recette est encore radicale, associée, à de l’ail, du citron et de l’oignon rouge, conseillent les tradipraticiens.

Nombreux sont les citadins à Bujumbura qui témoignent ne pas dormir sans avoir ingurgité des gorgées chaudes de ce cocktail acerbe pour se protéger du virus.

D’autres apprenti-guérisseurs à Bujumbura proposent des poudres incertaines, car non homologuées.

Le ministre de la Santé publique et de la Lutte contre le VIH/SIDA, Dr Thaddée Ndikumna, a multiplié, ces derniers jours, des mises en garde contre le recours naïf et abusif aux guérisseurs traditionnels qui ne sont pas les mieux indiqués pour traiter le COVID-19.

Selon lui, ce recours aux « herbes et autres plantes faussement magiques» ne vaut pas la peine.

Au Burundi, dans 80% des cas, les malades du COVID-19 guérissent en consultant les structures sanitaires officielles, soutient-il.

Face aux critiques sur l’inaction du ministère de la Santé, Dr Ndikumana a assuré que, dès la semaine prochaine, tous les districts sanitaires du pays seront outillés pour prendre directement en charge les cas de COVID-19 au lieu de les référer systématiquement à Bujumbura.

Au Burundi, les deux premiers cas importés avaient été officiellement déclarés à Bujumbura, en fin mars dernier.

Au début, les cas étaient traités exclusivement à la clinique publique « Prince Louis Rwagasore » de Bujumbura.

Depuis peu, les hôpitaux privés de la capitale sont autorisés à prendre en charge les cas de COVID-19, longtemps minimisés et cachés pour diverses raisons, de l’avis des critiques.

Contrairement aux autres pays du monde, le confinement n’a pas été décrété pour ne pas pénaliser la majorité de la population burundaise qui gagne sa vie au quotidien, dans l’informel.

Les marchés, les transports en commun, les écoles et universités, les lieux de loisirs et les fêtes sont restés ouverts au public.

Par ailleurs, les élections générales de cette année ont été maintenues comme prévues malgré le tollé général face aux menaces du virus.

Lors de son investiture officielle, jeudi dernier, le nouveau président burundais, Evariste Ndayishimiye, a encore minimisé le « peu de cas » de COVID-19 au Burundi et des « grâces à la protection divine».

PANA