Burundi / 64 ans d’indépendance : entre commémoration et réflexion sur la colonialité persistante

De la gerbe au mausolée de Rwagasore à la quête de justice historique africaine

Bujumbura, 107/2026 — À l’occasion de la célébration du 64ème anniversaire de l’indépendance du Burundi, le Président de la République, S.E. le Général-Major Ndayishimiye Évariste, accompagné de la Première Dame S.E. Ndayubaha Angéline, ainsi que d’autres hautes autorités du pays, a procédé au dépôt d’une gerbe de fleurs au mausolée du héros de l’indépendance nationale, le Muganwa Rwagasore Louis , et de son compagnon Mirerekano Paul, en hommage à leur engagement patriotique et à leur combat historique pour la souveraineté du pays.

Depuis le XIXème siècle, le Burundi — Ingoma y’Uburundi — est agressé par « la Croix et la Bannière ». Sous tension géopolitique avec les États-Unis, c’est le 1er juillet 1962 que la Belgique a été contrainte d’accorder l’indépendance au Burundi, signant ainsi la fin de la colonisation. Mais malheureusement pas la fin de la colonialité.

En effet, dès 1959, « la Croix et la Bannière » avait décidé d’en finir avec Ingoma y’Uburundi, État-Tambour millénaire des Barundi. Ainsi, entre 1965 et 1966, elle instaure une République en lieu et place d’Ingoma. Et en 1972, une économie de marché au Burundi, en lieu et place de l’Ubumu — mu étant une référence à Mukakaryenda, la femme du Tambour sacré Karyenda.

Jusqu’à aujourd’hui, le 1er juillet demeure un moment de très grande réflexion au Burundi : prisonnier d’une identité coloniale — chrétienne, ethnique, républicaine, marchande —, le pays doit, à l’instar de la Chine maoïste, opérer sa propre révolution culturelle pour réapproprier les fondements de l’Ubungoma : Ubuntu, umuryango, Ingoma, Ubumu.

En février 2025, l’Union africaine a officiellement qualifié l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide contre les peuples africains — décision adoptée le 16 février 2025 lors de la 38ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, marquant un tournant dans la quête de justice historique pour le continent. Le 25 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté à son tour une résolution qualifiant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé de « crimes les plus graves contre l’humanité ».

Références

  • Baranyanka Charles, Le Burundi face à la Croix et à la Bannière, Bruxelles, 2015. (L’expression « la Croix et la Bannière » désigne, selon cet ouvrage, l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXe siècle.)
  • Nahimana Karolero Pascal, Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi, Bruxelles, Génération Afrique, 2024. (nahimanakarolero.com)
  • Nahimana Karolero Pascal, Histoire des imiryango : Les Bajiji — Abajiji, Bajiji, Wajiji, Jiji : Du Burundi au Mwene Mwezi : À l’origine de l’Ubungoma, d’Ingoma et de l’Ubumu : Cosmologie, État et système socio-économique du tambour sacré, Bruxelles, Génération Afrique, 2026. (nahimanakarolero.com)
 
 
Sources : Nahimana P. : burundi-agnews.org, mercredi 1er juillet 2026 | Photo : Ntare Rushatsi House