L’archevêque de Bujumbura appelle les chrétiens à un temps de réflexion et de renouvellement, tandis que l’histoire de cette fondation missionnaire réinterroge la destruction de l’ordre traditionnel burundais.
Muramvya, 16/08/2026 (BDIAGNEWS) — La paroisse Saint-Édouard de Bukeye, relevant du CEDICOM-Bujumbura et située dans la commune Bukeye, province de Muramvya, a officiellement lancé, ce dimanche 16 août 2026, les activités marquant le début des préparatifs de son jubilé du centenaire.
À cette occasion, l’archevêque de Bujumbura, Mgr Banshimiyubusa Gervais , a invité les chrétiens à faire de cette année jubilaire un temps de réflexion, d’action de grâce et de renouvellement de leur engagement chrétien.
Fondée le 6 novembre 1927 à 11 h 30, après l’arrivée à Bukeye des Pères Blancs Pio Canonica et Dastroy, la paroisse Saint-Édouard s’apprête à célébrer son centenaire en 2027, a constaté l’ABP sur place.
Au Burundi, le Vatican a été un acteur de la Colonialité (Kentey Pini-Pini Nsasay ; Nahimana Karolero ; Mvuyekure). Entre 1879 et 1919, c’est l’agression de « la Croix et la Bannière » contre Ingoma y’Uburundi, c’est-à-dire la colonisation (Baranyanka ; Nahimana Karolero).
Entre 1920 et 1935, le Vatican organise le génocide contre les Banyamabanga, détenteurs de l’Ibanga des Barundi — la vérité des Barundi reposant sur les lois des mondes non manifesté (les mystères) et manifesté (les lois du cosmos et de la nature), soit l’Ubungoma (Nahimana Karolero ; Mvuyekure ; Gahama ; Mworoha). Dès 1929, ces Pères Blancs (cf. supra) convertissent de force Mukakaryenda, la déesse des Barundi ; Ruburisoni devient Maria Ruburisoni (Ndoricimpa ; Gahama ; Nahimana Karolero ; Mbonyingingo). Cette conversion forcée signe la fin de l’Ubungoma, la cosmologie du Tambour, ciment de la civilisation du Tambour qu’était Ingoma y’Uburundi, l’État-Tambour (Ingoma) du Burundi, et provoque la disparition du Tambour sacré Karyenda (Nahimana Karolero ; Gahama ; Mworoha ; Ndoricimpa).
La destruction de l’institution du Karyenda, le Tambour sacré, emporte avec elle les organes de cette institution, tels les Bami b’Ijuru (Ntare wi Nkoma, Nzobe yi Kirwa, Mutaga wa Magamba, Mwambutsa wa Magamba), ainsi que les Bahima, garants et protecteurs de la structure des Bataka — les chefs des imiryango, ou lignages (Nahimana Karolero ; Mworoha ; Ndoricimpa). Le palais de Buryenda tombe en désuétude (Mworoha ; Gahama ; Nahimana Karolero).
Tout cela ouvre la voie à la christianisation du Burundi (Kentey Pini-Pini Nsasay ; Mvuyekure), plaçant les Barundi dans un état d’aliénation spirituelle qui permet d’en faire des acteurs de la colonialité contre eux-mêmes (Nahimana Karolero ; Fanon).
En février 2025, l’Union africaine (UA) a officiellement qualifié l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide contre les peuples africains. Cette décision, adoptée le 16 février 2025 lors de la 38ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, marque un tournant décisif dans la quête de justice historique pour le continent. Le 25 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté à son tour une résolution historique, qualifiant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé de « crimes les plus graves contre l’humanité ».
Références
– Baranyanka, Charles. Le Burundi face à la Croix et la Bannière. Bruxelles, 2015. (L’expression « la Croix et la Bannière » désigne, selon cet ouvrage, l’alliance historique entre le Vatican, la France — notamment via les Pères Blancs de Lavigerie —, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis contre l’ordre traditionnel burundais depuis le XIXe siècle.)
– Fanon, Frantz. Peau noire, masques blancs. Paris : Éditions du Seuil, 1952.
– Gahama, Joseph. Le Burundi sous administration belge. Paris : Karthala, 1983.
– Kentey Pini-Pini, Nsasay. Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale. Tome I, Procès du christianisme meurtrier. Afric’Avenir, 2017.
– Kentey Pini-Pini, Nsasay. Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale. Tome II, La guerre permanente en Afrique. Afric’Avenir, 2018.
– Kentey Pini-Pini, Nsasay. Tribunal de l’Histoire africaine. Tome 1, Réquisitoire contre l’Europe christianisée, en hommage à E. D. Morel (1873-1924/2024). Collection Historiographie du Monde contemporain. Douala : Éditions Cheikh Anta Diop (Edi-CAD), 2024.
– Mbonyingingo, Leona. L’Épouse du tambour. Montréal, 2025.
– Mworoha, Emile. Institutions, rites et structures étatiques des anciennes monarchies des Grands Lacs africains (des origines au XIXe siècle). Thèse de doctorat de troisième cycle en histoire, Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 1975. Dirigée par Yves Person.
– Mvuyekure, Augustin. Le catholicisme au Burundi 1922-1962 : approche historique des conversions. Paris : Éditions Karthala, 2003.
– Nahimana Karolero, Pascal. Histoire du Burundi : Les grandes dates de l’histoire des Barundi et de l’État millénaire africain – Ingoma y’Uburundi. Bruxelles : Génération Afrique, 2024. nahimanakarolero.com
– Nahimana Karolero, Pascal. Histoire des imiryango : Les Bajiji — Abajiji, Bajiji, Wajiji, Jiji : Du Burundi au Mwene Mwezi : À l’origine de l’Ubungoma, d’Ingoma et de l’Ubumu : Cosmologie, État et système socio-économique du tambour sacré. Bruxelles : Génération Afrique, 2026. nahimanakarolero.com
– Nahimana Karolero, Pascal. Réfugiés du Burundi — Quand Ingoma s’est tu. Histoire géopolitique d’un peuple brisé par la colonialité. Bruxelles : Génération Afrique, 2025. nahimanakarolero.com
– Ndoricimpa, Léonidas, et Claude Guillet. L’Arbre-mémoire. Traditions orales du Burundi. Paris : Éditions Karthala & Centre de Civilisation Burundaise, 1984.

Sources : Nahimana P. , BDIAGNEWS | burundi-agnews.org | 17 août 2026 | Photo : ABPInfos






